Plus ou moins l'heure de passer à la vitesse supérieure, se dit-il, à l'instant où sa conscience se rallume.
Disloqué de la sorte il s'étonne un peu d'arriver encore à songer.
En dépit des membres séparés les uns des autres, il réfléchit à la situation.
Me recentrer je dois, pense-t-il en fixant sa conscience sur son axe vertical, lui-même pour l'heure à l'horizontal.
Place l'image au centre.
Laisse monter les flux invisibles.
Donne du temps à l'énergie pour charger les pixels de cette réalité.
La vieille boîte à chapeaux est toujours sur la table.
De là où se trouve sa tête il ne parvient pas à voir s'il reste un des visiteurs à l'intérieur.
Chaque moment possède son action propre.
Traite cette action à son heure venue.
Rassemble-toi d'abord.
Remets ensemble tes morceaux épars.
Concentré sur la nécessité d'une telle prouesse, et tout en surmontant l'assaut répété des vagues de douleur physique qui traverse son système central, il regarde son bras droit glisser doucement vers son buste.
La sensation du contact entre les deux extrémités est presque aussi douloureuse que la déchirure elle-même.
Mais réjoui d'avoir retrouvé un de ses membres, il porte déjà son attention vers sa jambe gauche.
Celle-ci a été projetée sous le canapé lors de l'affrontement.
Il ne la distingue que très mal. Et il sait qu'il doit voir pour agir.
D'abord mon autre bras. Ensuite je pourrai m'approcher de mes jambes.
Le bras gauche est bien visible. La main est restée crispée sur le couvercle de la fatale boîte.
Comment ont-ils su que j'étais ici ? Qui ?
Chaque question a droit à son temps. Plus tard.
Canalisant sa conscience et sa vue sur ce bras sanguinolent, celui-ci se rapproche petit à petit.
Il ignore si cela est dû au couvercle que la main ne semble pas lâcher mais la progression s'avère plus pénible.
Au bout de plusieurs minutes qui lui paraissent des heures, le corps retrouve avec cette même sensation douloureuse, son bras gauche.
Contrôle de la main. Lâche le couvercle.
Le couvercle ne bouge pas.
Bras droit en action. Main droite en contrôle.
Le couvercle semble fixé à la main par des aiguilles tordues.
Non. Des griffes de visiteurs.
Une goutte de sang leur suffit pour reprendre vie. D'où est-ce que je me souviens de cela ?
Mes jambes. Priorité système.
A l'aide de ses deux bras fraîchement rassemblés, il s'avance doucement vers sa jambe droite. La plus proche.
Celle-ci est constellée de griffes affûtées.
Par précaution, et pour éviter de ne ressentir plus de désagrément que nécessaire, il retire rapidement les aiguilles tranchantes.
Puis, avec les doigts encore légèrement entaillés, il positionne sa jambe à sa place d'origine.
La reconnexion particulièrement douloureuse des systèmes de dialogues jambe-corps ne lui permet pas de contenir un violent cri.
Toujours se méfier des cadeaux inattendus.
Jamais faire confiance à une inconnue pareille, songe-t-il tout en sentant revenir le contrôle de ses orteils.
Il se dirige alors vers le dernier membre abandonné sous le canapé et perçoit une soudaine agitation dans la cage d'escalier.
Son cri ayant vraisemblablement alerté le voisin du dessous, il décide de faire au plus vite.
D'autant plus nécessaire d'agir rapidement que la porte de l'appartement est encore entrouverte, constate-t-il en rampant vers le canapé.
Il saisit sa jambe gauche au moment où des voix l'interpellent dans le couloir.
Effectuant une rapide rotation de celle-ci au-dessus de lui, il la positionne à sa place habituelle.
Et tout en mordant dans le coussin du canapé, il reconnecte le dernier membre en étouffant un cri.
Les voisins sont devant la porte maintenant je trouverai une explication pour tout ce sang.
Pourvu que du moins il ne reste plus aucun visiteur dans cette foutue boîte, se dit-il soudainement en ressentant enfin l'intégrité de son organisme.
A suivre...










