Voilà le type même de témoignage qui circule depuis bien des mois déjà dans le milieu médical et hospitalier... Et qui a bien du mal à en franchir le seuil... Pour s’affranchir du lieu et du milieu, se répandre dans le monde extérieur, celui des patients d’hier, d’aujourd’hui et de demain...
Il serait temps d’écouter, d’entendre, de prêter véritablement attention, de prendre conscience et de relayer ce type de témoignage par une action citoyenne. Il s’agit de nos soignants, de notre santé, d’un système mis en place par nos aînés au prix d’efforts, de dévouement, et de sacrifices...Sachez que c’est le quotidien de tous les hôpitaux de France.
Bonne lecture et Bonne santé.
Je suis assez catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se passe du côté de l’hôpital public... Et pourtant, moi qui le vis de l’intérieur, je vous garantis qu’il y a de quoi sauter au plafond (peut-être autant que les fautes d’orthographe dans ce mail, je m’en excuse... !).
Les femmes de ménage (ASH) ont, elles aussi un rôle important, car au détour d’un couloir ou pendant qu’elles nettoient une chambre, elles peuvent être les premiers signaux d’alarme d’un patient en détresse. Sans parler de leur travail primordial pour assurer l’hygiène des services, rôle majeur dans la lutte contre les infections nosocomiales.
Nos équipes s’organisent ainsi : (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne travaille que le jour matin-soir)
2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le matin
2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le soir
1 infirmière + 1 aide-soignante la nuit
Ceci est ce qu’on appelle le service minimum, autrement dit, c’est le minimum réglementaire pour assurer la sécurité des patients.
Or il faut savoir que nous n’avons jamais de personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire tourner en sous-effectif de manière presque systématique les soirs et les week-ends, soit un seul infirmier pour 21 patients.
Depuis 2 mois, une de mes collègues infirmières a démissionné et n’est pas remplacée, une autre est en arrêt de travail qui risque d’être prolongé cet été et n’est pas non plus remplacée... Nous ne sommes donc plus que 6 infirmiers au lieu de 8 à assurer un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-ends et joursfériés compris.
Alors nous effectuons 1 puis 2 puis 3 week-ends supplémentaires (nous en travaillons déjà 2 sur 4 habituellement) et ainsi de suite pour que le service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des alternances de rythme incessantes. Si bien qu’ il devient impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU, sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot !
Le 14 juin 2008, une autre collègue s’est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n’y avait donc personne pour prendre la relève du matin... C’est un infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu’il ne les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation d’urgence vitale pour l’un d’eux...
Une des ASH est arrêtée depuis 1 an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les 3 ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-ends et jours fériés compris. Leur tâche est de nettoyer à elles seules, tous les jours, la totalité des 16 chambres du service de fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les pièces de vie (office, douche, WC, couloirs), la salle de soins...
Il faut savoir que le CHU de St-Etienne est en pleine réorganisation, puisqu’un gros complexe est en fin de construction à l’hôpital Nord, promettant parait-il des technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins efficaces et de qualité...
L’hôpital refuse d’embaucher, car déficit budgétaire, mais préfère faire appel à l’intérim, qui coûte plus cher que des contractuels...
Hier, j’étais normalement en "repos" et j’ai passé une bonne partie de ma journée à démarcher
Je dors très mal et, pour être honnête, je pense au boulot constamment. J’ai peur que le stress me fasse oublier un soin, que la pression m’empêche de prendre le temps avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient... J’ai peur que ce métier que j’aime me transforme en assassin, involontairement, parce qu’on aura laissé la situation se dégrader.
Parce que nous sommes tous responsables : je suis l’infirmière d’aujourd’hui mais nous sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma seringue, ou votre mari, votre enfant, votre proche.
Faut-il attendre qu’il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de ce qui se passe dans les hôpitaux ???
Aujourd’hui, j’ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce mail de la manière la plus large, pour informer le plus de monde possible. Si vous connaissez des personnes du monde hospitalier, journalistique, politique ou autre, n’hésitez pas à les solliciter.



