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Publié le 31/10/2007 à 04:01
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 30 octobre 2007


LA VIEILLE DAME
Épisode 13




Au Carrefour Lajeunesse on trouve de tout, de la misère et du pathétique aussi, comme cette vieille dame qui habitait dans sa petite chambre depuis les tous débuts du Carrefour Lajeunesse. Il ne lui restait pour toute famille qu’un neveu qui venait la voir de temps en temps, et qui occasionnellement, venait la chercher pour la conduire chez son médecin. Cela je le sais, parce qu’un jour qu’elle était dehors, devant la porte à attendre, je l’ai salué à mon habitude et lui ai demandé à brûle pourpoint, si elle attendait celui que je croyais être son fils. Elle m’a alors répondu qu’il s’agissait de son neveu et qu’à part lui, elle n’avait plus personne de sa famille. Il devait la conduire chez son médecin. Il s’agit de la seule conversation que j’ai pu avoir avec elle en près d’un an et demi. Elle ne parlait généralement à personne, tout au plus un bonjour discret, lorsque je la croisais et que je la saluais.

Durant cet été 2004, je pouvais de mon nouveau balcon, voir sa fenêtre de biais, l’étage juste au dessous. J’avais essayé de lui faire la conversation à une ou deux reprises, quand elle se tenait à sa fenêtre, mais elle préférait m’ignorer. Elle passait une grande partie de ses journées, accoudée à sa fenêtre, à simplement regarder circuler les gens sur le trottoir. Elle adorait nourrir les oiseaux, au point que ceux-ci étant habitué à sa présence, venait se nourrir sans crainte sur le bord de sa fenêtre, allant même jusqu’à picorer dans sa main. Je la voyais sortir à tous les matins, pour aller prendre son petit déjeuner au resto qui se trouve tout près du Carrefour, de l’autre côté de la rue. Elle portait toujours le même vieux manteau, style Colombo (1), et ce, été comme hiver.

Un après-midi de septembre 2004, alors que j’étais de nouveau sur mon balcon, je vis un des employés du restaurant qui sonnait à la porte d’entrée. De toute évidence il n’obtenait pas de réponse. Quand il m’aperçu, il m’a demandé si j’avais vu la vieille dame ce jour là. Je lui ai répondu que non. Au restaurant, on s’inquiétait de ne pas l’avoir vu le matin, car elle manquait rarement d’y aller, et quand cela arrivait, la propriétaire du resto, envoyait généralement un de ses employés pour s’assurer que tout allait bien.

La nuit suivante, vers les deux heures du matin, j’ai été réveillé par des bruits et des flashs lumineux provenant de l’extérieur. En allant sur mon balcon pour voir ce qui se passait, je vis que les flashs lumineux venaient des gyrophares d’une voiture de police et d’une ambulance. De la fenêtre de la vieille dame je vis sortir la tête de la propriétaire du restaurant, c’est elle qui avait sonné l’alerte et qui criait aux ambulanciers qui sortaient de leur véhicule, que la vieille dame était inconsciente, étendue sur son plancher.

Je l’ai vu pour la dernière fois, de mon balcon, sanglée sur une civière qu’on embarquait dans l’ambulance.

Le lendemain, en descendant pour faire mon ménage, j’ai vu que la porte de la vieille dame était grande ouverte. Le propriétaire du Carrefour Lajeunesse était là avec le gérant; ils étaient en train de vider les lieux. C’est comme ça que j’ai su que la vieille dame avait finalement rendu l’âme.

(1) Allusion à la série de films mettant en vedette Peter Falk.

Publié le 29/10/2007 à 04:20
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 28 octobre 2007



SEMESTRE TRANSITOIRE
Épisode 12



Le premier semestre de l’année 2004 avait été particulièrement traumatisant pour le Biquet, mais le deuxième, s’est passé quant à lui, sans trop d’histoires. Je prenais mon rôle de concierge avec beaucoup de sérieux. C’était en quelque sorte un passe-temps pour moi, car je préférais rester le plus souvent seul, ne côtoyant presque pas les locataires durant cette période, à l’exception de Pierre.

Deux fois par semaine, je faisais le ménage du Carrefour Lajeunesse et à presque tous les jours, depuis ma réconciliation avec Pierrot, je descendais le rejoindre chez lui en fin d’avant-midi, pour passer une petite heure avec lui, à parler de choses et d’autres et à écouter les potins qu’il avait à me raconter. Je dois vous avouer qu’il y avait aussi un certain intérêt à ces visites régulières chez Pierre, car depuis le milieu de l’été, le logement d’à côté, été habité par un nouveau venu qui était tombé dans l’oeil du Biquet. Pour l’instant, on ne se croisait que très rarement, et on se contentait de se saluer poliment. Vous le connaîtrez bien assez tôt, pas trop d’impatience, avec lui, le contact ne s’amorcera véritablement que vers la fin du prochain printemps. C’est ce fameux « amour platonique » dont je vous ai déjà parlé et qui me causera tant d’émoi, mais nous y reviendrons.

Pour le moment, rappelez-vous que j’ai emménagé dans mon appartement tout neuf au mois de juin.

Du 1er juin 2004 au 1er janvier 2005, la chambre contiguë à mon appartement a été louée tour à tour, par six individus différents. Il y a eu d’abord cette femme d’Amérique Centrale dont je vous avais parlé lors de mon arrivée au Carrefour Lajeunesse, qui a décidé de quitter à la fin de juin. Il y a eu ensuite un colombien qui a passé trois mois parmi nous avant de retourner dans son pays d’origine. Il y a eu ensuite un petit bonhomme aimant la tranquillité, qui trouvait la chambre trop bruyante et qui demanda au bout d’une semaine pour être transféré dans une autre de nos chambres qui était justement libre à ce moment. Il y a eu ensuite ce marocain qui devait emménager le 1er novembre; il m’avait donné un dépôt sur le loyer quelques jours auparavant, la balance, quant à elle, devait être versée lors de son emménagement. On ne l’a jamais revu, et deux semaines plus tard, le dépôt était confisqué et la chambre était de nouveau à louer. Le mois de décembre a été payé par un individu également en transit.

C’est finalement le 1er janvier 2005 qu’arriva notre sixième et dernier locataire et qu’on a pu espérer un peu de stabilité pour cette chambre.

Ce nouveau locataire s’est montré particulièrement méfiant au début. Il avait le regard fuyant et de toute évidence, il ne semblait pas à son aise avec moi. Il avait en fait, la même réaction envers moi que celle des autres locataires lors de mon arrivée au Carrefour Lajeunesse, près de deux ans auparavant. Il devait me trouver suspect, lui aussi. Mais, comme on le verra par la suite, cet individu va rapidement s’habituer au Biquet, et avec le temps, il va devenir lui aussi, un de mes fistons adoptifs.

Publié le 25/10/2007 à 21:52
Par Réjean Mélançon
Humeur : Gaie

Par Réjean Mélançon
Rédigé le jeudi 25 octobre 2007


 

INSTANT DE BÉATITUDE
Épisode 11

 
Sosie de Rocky


Tout est relatif, j’aime à le répéter souvent. Pour certain, le Carrefour Lajeunesse serait un enfer insupportable, pour moi, il a été à plusieurs reprises, un véritable paradis.

Même si j’ai bel et bien passé à travers un enfer, j’en étais en grande partie, l’unique responsable, tout simplement parce que je me détestais, et que je me laissais retomber dans mon état dépressif, en négligeant ma médication ou le plus souvent, en la neutralisant par un abus de bière, de vin et de marijuana. Cet état dépressif qui me rendait extrêmement irritable, était suffisant pour envenimer mes relations avec les locataires et pour me rendre par ma propre faute, encore plus malheureux. Mais, cette crise une fois surmontée, je reprenais tout doucement contact avec chacun de mes garçons, qui sans faire plus de façon, reprenaient là où les choses s’étaient arrêtées. Même si Biquet tempêtait, même s’il criait et qu’il râlait fréquemment dans ces moments sombres, ces derniers étaient capables de faire montre de patience et d’attendre tout simplement, en m’ignorant totalement, que je retrouve mes esprits. Les gens dits normaux peuvent-ils tous en faire autant, ou m’auraient-ils tous rejeté comme une vieille savate désagréable?

C’est pour cela que je les aime tant ces gaillards, même s’ils me faisaient souvent râler. Comment ne pas se sentir attendri devant eux, quand un était occupé à débuguer l’ordinateur qu’il m’avait prêté pour me tenir occuper, en chantonnant, le sourire aux lèvres, pendant qu’un autre était à quatre pattes en train de couper et d’aérer le tabac en vrac que le Biquet fumait à l’époque, en vue de le rendre plus léger et meilleur au goût. Tous ces petits services qu’ils me rendaient, n’étaient bien souvent que des prétextes pour rester chez moi, quand on n’avait plus rien à dire. Pendant ce temps, Rocky, bien repu, venait faire un petit roupillon sur les genoux de son tonton Biquet.

Et puis il y avait tous ces moments de confidences qu’ils aimaient me faire lorsqu’ils avaient la chance de se retrouver seul avec moi. Il y avait aussi ce fameux rire du Biquet qu’on se plaisait tant à noter, tellement ils le trouvaient savoureux. Avec le temps, le terme « biquet », venant de leurs bouches, sonnait de plus en plus comme un mot gentil, rempli de tendresse.

Que de bons souvenirs avec ma famille élargie, mes deux fistons, mes deux grands frères, Pierre étant l’un d’eux, mon Rocky adoré. Il y avait aussi ce lien très fort qui me liait à mon préféré, pour ne pas dire mon « amour platonique ».

Il y a eu des moments tendres, joyeux, tristes, cocasses, pathétiques aussi. Je reviendrai sur tout cela.

Publié le 23/10/2007 à 21:03
Par Réjean Mélançon
Humeur : Gaie

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 23 octobre 2007

BALOUBALOU
Épisode 10


 

Chaque étage du Carrefour Lajeunesse, à l’exception du sous-sol, possède ou a la possibilité d’avoir deux appartements d’une pièce et demie avec balcon et deux chambres simples. Il restait encore trois chambres simples avec balcon prêtes à être transformer en une pièce et demie, dont une sur mon étage. Avant les travaux, un faux mur fermait tout simplement l’espace prévu pour la salle de bain, mais toute l’infrastructure en terme de plomberie, était déjà en place derrière ce mur.

Au printemps 2004, suite au déménagement du Gros Pierre au sous-sol, et sa chambre étant toujours vacante, le propriétaire décida qu’il était temps d’entreprendre les travaux de réfection de la chambre de Baloubalou, le futur appartement du Biquet.

Le transfert de Baloubalou dans l’ex chambre de Pierre, se fit en quelques minutes à peine, une commode contenant ses quelques vêtements, son lit, une table, deux chaises et quelques menus accessoires à peine, furent déménagés d’une porte jusqu’à l’autre en un rien de temps. On ne lui laissa pas le choix, de toute façon se disait le propriétaire, Baloubalou n’avait pas les moyens de payer plus que le coût d’une simple chambre, alors que suite aux rénovations prévues, le coût du nouvel appartement allait grimper d’un seul coup, de 290$ à 425$. De plus, dans ce cas précis, un simple préavis de quinze jours était suffisant. Baloubalou avait été à maintes reprises avisé de voir à garder son appartement propre sous peine d’expulsion, mais en vain. C’est que voyez-vous, Baloubalou est un peu demeuré, et la propreté n’était pas dans sa nature. Son plaisir, c’était de se balader la nuit pour faire du voyeurisme dans les fenêtres du quartier, et s’il avait la chance de tomber sur une fenêtre lui donnant à voir quelques scènes croustillantes, il s’en délectait en se masturbant sur les lieux. Il était bien connu par la police, pour ce genre d’activité. Enfin, passons!!

La famille de Baloubalou qui ne voulait pas le reprendre sous son toit, accepta en échange de garder Baloubalou dans l’ex chambre de Pierre, de venir y faire le ménage une fois la semaine.

Tout était à refaire dans son ancien logement... Et l’odeur qui y régnait, je ne vous dis pas, mais... Ça me rappelle une anecdote. C’était peu de temps après mon arrivée au Carrefour Lajeunesse. Le propriétaire passait de logement en logement en compagnie d’un technicien travaillant pour la compagnie responsable du système d’alarme contre les incendies. Ils voulaient s’assurer du bon état de fonctionnement de tous les détecteurs se trouvant à l’intérieur des logements. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Mes deux portes étaient toutes grandes ouvertes, pour profiter d’une douce brise printanière. Je venais de plus, de laver mon plancher avec un nettoyant liquide aromatisé à l’odeur d’orange. Le proprio et le technicien étaient justement rendu chez Baloubalou, quand j’entendis le propriétaire dire: « Les porcheries de ma région sentent moins mauvais qu’ici ». Je me suis esclaffé de rire en voyant le technicien arriver chez moi, blême comme un drap, et respirant goulûment l’air frais qui entrait chez moi, et qui me dit finalement: « Ici, au moins, je peux respirer !!! ».

La réfection de la chambre de Baloubalou commença fin avril 2004 et fut terminée pour le 1er juin.

Je vous ai déjà raconté que le couple de concierge avait été expulsé du Carrefour Lajeunesse. Le propriétaire avait donc besoin de les remplacer, et c’est à moi qu’il a pensé. Comme j’étais considéré beaucoup plus fiable, malgré mes périodes de déprimes, on m’a offert de prendre plus de responsabilités que ces derniers; j’aurais accès aux clefs de tous les logements et c’est moi qui ferait visiter les lieux vacants et qui occasionnellement, pourrait procéder à la location des simples chambres. Je verrais également à la collecte d’une partie des loyers. J’ai finalement accepté la proposition et j’ai en même temps demandé de déménager dans ce nouvel appartement avec balcon privé, qui donnait sur le devant de l’immeuble, vers le nord, donc plus frais en été. Le coût de mon loyer passa de 385$ à 425$, mais avec ma prime de concierge de 100$, je pouvais me le permettre. L’accord fut conclu et le 1er juin 2004, Biquet emménagea dans son nouvel appartement flambant neuf.

En passant, ça me reviens justement, c’est pendant que je m’occupais à transférer mes effets et le mobilier de mon ancien appartement vers le nouveau, avec l’aide du gérant de l’immeuble, que Gros Pierre avait gravi courageusement toutes les marches de l’escalier depuis le sous-sol, malgré ses problèmes pulmonaires, pour venir faire la paix avec moi.

Le nouvel été 2004 augurait bien!!!

Publié le 21/10/2007 à 20:46
Par Réjean Mélançon
Humeur : Rebelle

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 21 octobre 2007




Je suis assis devant ma fenêtre à écrire sur mon clavier. L’arbre qui trône majestueusement devant moi a déjà perdu presque toutes ses feuilles. S’en est terminé donc, pour la verdure, mais en contrepartie, je peux désormais voir entre les branches dénudées, la pureté d’un ciel bleu magnifique. Ce devrait pourtant être une invitation à sortir pour profiter de cette belle journée d’automne. Je sais que cela me ferait le plus grand bien, mais allez donc savoir pourquoi, je préfère rester dans ma flemme.

Paradoxalement, je ne souffre pas de cette solitude, je n’ai le goût de pas grand chose d’ailleurs, si ce n’est écrire les mots qui passent dans mon esprit, ou m’étendre sur mon lit, le vague à l’âme, à attendre que les idées sortent.

Heureusement que j’ai cet ordinateur qui me sert de lien avec l’extérieur, sans quoi, je serais totalement isolé.

Dom Biquetto semble avoir atteint un plateau au niveau de son évolution. Il s’accommode mieux des contacts virtuels, est-ce par peur des contacts directs, je dois en convenir, mais s’en m’en priver complètement, je préfère, tel le renard solitaire, vivre ma liberté dans la tranquillité de mon territoire, ne me laissant approcher que par ceux en qui j’ai le plus confiance. Dom Biquetto s’attache tellement rapidement et tellement fort à ceux qui l’aiment, qu’il devient vite submerger par leurs problèmes, au point d’étouffer. En gardant une certaine distance, je me protège.

Avant je m’inquiétais pour mes gars au Carrefour Lajeunesse, maintenant je commence à m’inquiéter pour mes amis blogueurs sur le net. Actuellement, pour certains d’entre eux, les problèmes non résolus de Ifrance, ont causé des torts irréparables. Ce serveur merde trop souvent, il n’a aucune fiabilité. Pour ma part, je m’en sors pas trop mal, ayant des copies un peu partout. Ifrance pourra-t-il réparer cette gourde? Ifrance deviendra-t-il fiable, un jour? J’y crois de moins en moins. Peut-être faudra-t-il songer à entreprendre une grande migration automnale tous ensemble, très bientôt !!!

Publié le 20/10/2007 à 18:40
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le samedi 20 octobre 2007

JUIN 2004
Épisode 9


Quand Biquet-Hyde se met en rogne contre quelqu’un, ce ne sera jamais lui qui fera les premiers pas pour rétablir l’harmonie, son orgueil est à ce point démesuré. Et même si Biquet-Jekyll reprend du service, Biquet-Hyde reste toujours aux aguets pour empêcher Biquet-Jekyll de faire la moindre concession.

Ouvrons une nouvelle petite parenthèse... Dans le cas de la dispute avec l’ex « meilleur ami » du Carrefour, je vous ai dit que la querelle avait duré près de quinze mois, car cet ami a également un orgueil démesuré. Il fallait donc un événement exceptionnel pour nous rapprocher. Ce petit miracle n’est arrivé qu’au printemps 2005. Un événement que je qualifierais de tragique tant pour le Biquet que pour mon ami, s’est produit... La disparition de Rocky, le petit Shih-Tzu que j’aime tant, et dont mon ami était le maître. Bien souvent, il n’y a que les malheurs qui rapprochent les gens. Nous étions tous les deux à la recherche du petit chien. Heureusement, Rocky avait été recueilli par un habitant du quartier, qui s’était empressé de placer une annonce sur le babillard de l’épicerie du coin... De bouche à oreille, la nouvelle nous parvint assez rapidement et notre itinérant en herbe a vite fait de réintégrer le domicile paternel. Mon copain et moi avons repris nos relations là où on avait laissé les choses, cependant cette fois, nous y allions avec beaucoup de modération, les parties de scrabbles sur fond d’Aznavour ou de Jazz, un petit joint occasionnellement et une bonne bouteille de rougeaud une fois par mois, pas plus... Fermons cette parenthèse.

Revenons maintenant un peu en arrière. Nous étions en janvier 2004, lorsque c’est produit cette engueulade mémorable avec le Gros Pierre. En mars de cette année, dans le but de faire baisser la tension, le propriétaire a décidé de faire déménager ce dernier dans un appartement situé au sous-sol, à la grande satisfaction de tous, Pierre y compris, car il aurait désormais sa sortie privée qui donnait directement sur la cour arrière; il n’avait donc plus ces interminables marches à monter qui l’essoufflaient tant.

Avec Pierre, la réconciliation fut plus rapide. Ce dernier n’aime pas faire durer les choses trop longtemps et c’est lui-même qui fit le geste pour apaiser notre relation. Nous étions en juin 2004, alors que Biquet-Hyde avait quitté momentanément l’avant scène pour laisser la place à son opposé, Biquet-Jekyll, et, lors d’une rencontre inopinée, il me salua avec un large sourire. Comme c’était Pierre qui était l’instigateur de l’apaisement, Biquet-Hyde se tu, il n’en fallait pas plus pour que Biquet-Jekyll revienne définitivement à la surface.

Au cours de ce même mois de juin 2004, Biquet a emménagé lui aussi dans un nouvel appartement fraîchement rénové, toujours sur le même étage mais, cette fois, le logement était situé de l’autre côté de l’immeuble et le balcon entièrement privé cette fois, donnait sur la rue Lajeunesse. Le coût du logement était plus cher, mais pour compenser, la différence de 100 $, Biquet accepta de devenir le concierge de l’immeuble, en remplacement du couple qui en avait la charge jusque là et qui venait d’être expulsé.

La vie redevenait belle au Carrefour Lajeunesse, même s’il y avait toujours ce froid avec l’ex « meilleur ami » qui allait durer, je vous le rappelle, jusqu’au printemps 2005. Cependant il n’y avait aucune escarmouche, on se contentait de s’ignorer tous les deux.

Publié le 19/10/2007 à 04:05
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le jeudi 18 octobre 2007

 

HIVER SOMBRE
Épisode 8

 

Dans ce milieu si « charmant », tout le monde parle généralement à tout le monde, et tout le monde parle dans le dos de tout le monde, mais on ne prend pas nécessairement les moyens nécessaires pour empêcher que les personnes concernées par les commérages, entendent ce qui ce dit à leur sujet. L’insonorisation des lieux laisse beaucoup à désirer au Carrefour, et même au dernier étage, on entendait souvent des conversations plutôt inamicales pouvant provenir même du sous-sol, qui se trouvait trois étages plus bas.

J’ouvre ici, une petite parenthèse... Plusieurs parmi vous, savez déjà que le Biquet est homo, évidemment, au Carrefour Lajeunesse, tout le monde le sait aussi. Au cours d’une soirée de cet été 2003, passée en compagnie de Gros Pierre et d’une bouteille de vodka qu’on se partageait tous les deux, Gros Pierre fit une confidence au Biquet, lui laissant entendre qu’un de ses amis, dont je tairai évidemment le nom, aimait lui rendre, en échange de bière, quelques petits services d’ordre sexuel... J’ai très vite saisi l’allusion et lui ai clairement fait comprendre que je ne rendais pas ce genre de service. Pierre revint sur le sujet à un autre moment au cours de cet été là, me disant encore, que cet ami aimait beaucoup « son instrument »... Je n’en fis évidemment pas plus de cas, cette fois là aussi... Fermons la parenthèse !!!

Nous étions en janvier 2004, tout les habitants du Carrefour étaient désormais au fait que le caractère du Biquet avait considérablement changé, et on s’inquiétait du fait qu’il ne sortait presque plus de chez lui. On savait Biquet en froid avec son « meilleur ami » local et ils avaient tous entendu les engueulades qui s’étaient produites entre lui et Gros Pierre, depuis le début de l’Année.

Cette situation a entraîné un après-midi, une conversation très animée dans la cage d’escalier, presque au niveau de l’étage du Biquet. J’ai reconnu plusieurs voix dont celles de Gros Pierre et de mon ex « meilleur ami »... Le sujet de conversation portait évidemment sur ma personne et je pouvais entendre pratiquement tout ce qui se disait.

Gros Pierre - « Tu t’tiens pu avec ta tapette » ?

Ex « meilleur ami » - « Ch’pense quiai en train d’virer guerlot »...

Et autres commentaires du même genre...

Biquet-Hyde fulminait, et là, je dois l’avouer, en entendant ces échanges, il est même devenu, complètement hystérique. Il n’a pas pu s’empêcher de sortir de son appartement pour dire sa façon de penser à ces polissons, et pour les enjoindre en mots pas très catholiques, d’entrer dans son appartement s’ils voulaient tant parler de lui... Il y eut de nouvelles engueulades avec Gros Pierre, avant que je réintègre mon trou en claquant la porte. Gros Pierre décida de retourner à sa chambre, lui aussi, en compagnie d’un de ses amis, non sans m’invectiver abondamment en passant: « Hostie d’Christ de tapette... ». Biquet-Hyde n’avait pas terminé, il sorti de nouveau pour augmenter les enchères au niveau des insultes, et Pierre, de chez lui, enchérissait encore plus. Biquet-Hyde asséna alors le grand coup... Les confidences sexuelles du Gros, il ne se gêna pas pour les crier à tue-tête pour que tout le Carrefour Lajeunesse l’entende. Et puis une fois satisfait, il réintégra son appartement en claquant de nouveau la porte.

Le silence devint lourd, et peu de temps après, le copain de Pierre décida de se retirer. C’est alors que Gros Pierre explosa. Si Biquet-Hyde gueulait beaucoup et fort, Gros Pierre pouvait gueuler tout autant, mais en y ajoutant le geste.

D’habitude, Biquet-Hyde, a assez de culot pour affronter son adversaire verbalement, face à face, au risque même de s’attirer des mauvais coups, ce qui a d’ailleurs failli se produire, deux ans plus tard, toujours avec Gros Pierre, peu de temps avant que ce dernier soit finalement expulsé. Mais là, Biquet-Hyde, devant la violence de la tempête qu’il avait provoquée, jugea plus sage de rester coi.

Quand la fureur de Gros Pierre est déchaînée, chacun reste chez soi et attend que la tempête se calme. Gros Pierre passa de la porte de mon appartement donnant sur le corridor à celle donnant sur mon balcon, en les martelant tour à tour de coups de poings et de pieds. Serez-vous surpris d’apprendre que la chétive porte en planches fermant le cabanon a pratiquement volé en éclats d’un simple coup de pied.

Voyant cela, Biquet-Hyde n’eut d’autre choix que de sortir son Laguiole et de se tenir prêt. J’étais fermement décidé à m’en servir si jamais il défonçait l’une de mes portes. Heureusement pour moi, Gros Pierre est un homme malade des poumons, et il s’épuise très rapidement. Il ne tarda pas à retourner chez lui non sans continuer à vociférer après moi pendant un bon moment encore. Il devait sans doute lui rester plusieurs bières car les sons se firent petit à petit moins distincts.

Le calme revint enfin au Carrefour Lajeunesse, mais dans la tête du Biquet, quel gâchis il y avait !!! Il était en train de retomber en dépression profonde, et il lui faudra bien tout l’hiver et une partie du printemps pour retrouver un semblant de courage.

Publié le 17/10/2007 à 00:20
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 16 octobre 2007


COMPTE À REBOURS
Épisode 7


Je suis persuadé que plusieurs d’entre vous croyez déjà, que le Biquet va devenir une pauvre petite victime des mauvais coups que lui fera subir le Gros Pierre, pendant cinq longs mois. Hé bien, vous avez déjà tout faut. Il est vrai, que Gros Pierre a à quelques occasions, durant cette période, passé sa rage sur les murs du corridor, parfois aussi sur une ou l’autre des deux portes de mon appartement. La chétive porte en planches du cabanon donnant sur mon balcon, n’a pas résisté quant à elle, et il a fallu y apporter quelques rafistolages à deux ou trois reprises.

Mais en attendant le déclenchement de l’explosion qui n’arrivera que peu de temps après le Jour de l’An, rappelez-vous les fameux sigles du Biquet d’Or. Rappelez-vous, le Biquet est dépressif et anxieux chronique, et même s’il a passé tout l’été sous antidépresseur et anxiolytique, à cela il faut ajouter tous ces litres de vin et ces nombreux grammes de cannabis qui se sont succédés presque à tous les jours. Cela ne fait pas une très belle équation... antidépresseur + dépresseur = effet zéro. Avant même ce dernier incident avec Pierre, Biquet était déjà une bombe en puissance. L’effet dépresseur de l’automne sur le moral, n’a fait que transformer la bombe conventionnelle en bombe de destruction massive. Et Pierre sera dans un proche avenir une méchante grosse amorce.

Biquetto-Hyde est malfaisant oui, mais surtout pour lui-même. Les autres locataires n’en avaient cure, de ses crises de rage, de son côté irascible, râleur, querelleur. La plupart se disaient, cela va finir par passer, après on va tourner la page et on fera comme si rien n’était arrivé.

Il en allait un peu différemment avec la ou les personnes visées par les sautes d’humeur du Biquet, car ce dernier ne se calmait pas facilement, et n’avait de cesse d’asséner à ses victimes, de ces mots empoisonnés qui ne pouvaient que maintenir, voir même aggraver la confrontation existante.

Je dis que Gros Pierre était l’amorce, c’est en partie vrai, mais il y a aussi une large part de l’élément déclencheur qui a été allumé par ma paranoïa et ces fameuses distorsions cognitives qui me portaient à faire des interprétations indues des événements, me gardant par le fait même, prisonnier de peurs que je m’étais moi-même créer.

Il n’est pas évident d’expliquer à une personne n’ayant jamais connu ce que c’est qu’une dépression majeure, toute la souffrance qui peut être ressentie intérieurement. Il y a beaucoup de préjugés qui courent à propos de la dépression nerveuse et on a trop tendance à banaliser ce qui est dans les faits, une maladie bien réelle, destructrice et souvent mortelle.

Qu’est-ce qui va provoqué la rage incontrôlable du Biquet? Préamorçage du compte à rebours...!!!

Vous vous rappelez cet ami avec qui Biquet aimait faire la fête à tous les jours... On était en décembre, à quelques jours de Noël, je fis à mon habitude une petite visite à la banque pour retirer des sous à l’aide de ma fameuse carte de crédit... Cette fois, le message habituel qui apparaissait généralement en vert sur l’écran du guichet était différent et écrit en lettres rouges... Mon compte était bloqué. À mon retour au Carrefour Lajeunesse, chez mon ami, je n’eus d’autre choix que de lui dire, que dorénavant, c’était terminé pour la fiesta et que désormais ce serait chacun pour soi et chacun chez soi. J’étais très en colère, et je crois que je lui ai dit les choses de façon telle qu’il a sans doute cru que je le tenais responsable de ma folie et qu’il avait somme toute bien profité avec moi de cette carte de crédit, dont le solde est passé en quelques semaines de 2,800 $ à plus de 3,800 $. Il n’empêche, qu’on s’est disputé, qu’il a levé le ton d’impatience envers moi et que je suis sorti de chez lui en claquant la porte inaugurant une brouille avec ce copain qui allait durer plus de quinze mois.

Noël s’annonçait triste et particulièrement morose. Je n’étais pas encore en froid avec Gros Pierre. Lui était dégrisé de sa fameuse cuite qui m’avait tant déplu et dont il ne se rappelait strictement de rien d’ailleurs. Pour lui, tout était comme avant, et il se montrait encore très amical avec moi. Mais en ce qui me concerne, l’irascible Biquet était réveillé, et il ne fera que se montrer avec les jours à venir de plus en plus irritable envers Gros Pierre. La Nouvelle Année 2004 qui approche ne s’annonce pas très joyeuse.

Publié le 15/10/2007 à 20:57
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le lundi 15 octobre 2007

LA CORDE RAIDE
Épisode 6



J’avais naturellement mon préféré parmi tous ces visiteurs réguliers. Tout comme moi, il aimait le bon vin et la bonne bouffe qui l’accompagne, il aimait aussi Aznavour, jouer au scrabble et passer la soirée avec quelques bons petits joints, tout en continuant à siroter du bon vin, encore et encore. Aussi, avons-nous convenu de mettre nos ressources en commun pour nous payer occasionnellement, quelques bons gueuletons. Il avait un petit peu plus de moyens que moi, aussi, pour me mettre au même niveau de dépenses que lui, je devais user malheureusement très largement de ma carte de crédit qui était encore active, mais je n’y prenais pas garde, seul le nouveau plaisir retrouvé était devenu important pour moi. Je me disais au diable la dépense, j’aviserai en temps et lieu. Rappelez-vous ma nouvelle devise, « une journée à la fois... ».

J’étais de plus en plus insouciant, mais heureux. Les soirées bien arrosées se faisaient plus fréquentes, les bons petits joints aussi, et mine de rien, le compte Visa grimpait également. L’été s’écoula comme un enchantement, puis vint l’automne qui se passa sans trop de tracas. J’étais toujours béat, de plus en plus insouciant, je ne réalisais même pas que j’étais sur la corde raide et que je n’avais rien du funambule. Il suffisait d’un événement malheureux pour que se déclenche en moi, une alchimie implacable, qui transforme très rapidement, ce bon Biquetto-Jekyll en Biquetto-Hyde.

Gros Pierre commençait à trouver que j’avais de moins en moins de temps à lui consacrer, et il en éprouvait beaucoup de dépit. Un soir que j’étais avec mon nouveau « meilleur ami » en train de déguster une découverte viticole d’Argentine tout à fait sublime (les français qui s’attristeront de mon choix de vins, seront consolés d’apprendre que ce vin était produit par un vigneron d’origine française), Gros Pierre, en passant par la porte du cabanon, décida de s’inviter chez moi en entrant tout simplement par la porte de mon balcon que j’avais laissée grande ouverte. Il était dans un état d’ébriété très avancé pour l’heure, se prit une chaise et s’installa sans plus de façon.

Mon copain et moi, en éprouvions naturellement beaucoup de gêne, d’autant plus que nous étions à converser agréablement, et même si nous avions déjà bu l’équivalent d’une bouteille de vin chacun, nous étions encore bien droit tous les deux, ce qui n’était pas le cas de Gros Pierre qui était inaudible avec ses grognements. Je n’eus d’autres choix que de lui suggérer de rentrer chez lui pour s’étendre car il tenait à peine debout. Pierre le prit malheureusement très mal, et en se levant péniblement en vue de nous quitter, il dit en s’adressant à mon copain:


- Ch’te laisse avec ta tapette...


Et il nous quitta en titubant, non sans ronchonner sans cesse: « Hostie d’tapette... Hostie d’tapette... ».

Le reste de la soirée se passa à entendre le Gros Pierre gueuler de chez lui, en déblatérant sans cesse sur mon compte. L’ambiance n’était plus à la fête, je commençais à éprouver beaucoup d’antipathie pour lui. C’était la première fois que je le voyais aussi bourré; pour mon copain, c’était tout naturel, lui le connaissait de longue date, et il termina la soirée à me compter tous les mauvais coups que Gros Pierre leur avaient fait subir durant toutes ces années... Le récit qu’il m’en fit, était assez édifiant... Jusqu’alors, j’ignorais tout de sa période de consommation de cocaïne et surtout de crack... Ses crises de rage quand il était en manque, les coups de poing sur les murs et même des portes défoncées dont la fameuse porte en planches du cabanon, donnant sur mon balcon.

Gros Pierre mis plus de temps à s’endormir ce soir là, mais petit à petit, ses grognements diminuèrent. Cette nuit-là, je dus prendre un double cachet d’anxiolytique pour arriver à m’endormir... L’alchimie commençait à s’opérer en moi.

Publié le 14/10/2007 à 19:12
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 14 octobre 2007

UN BEL ÉTÉ
Épisode 5

 

Il faut croire qu’on peut lire dans le Biquet aussi facilement que dans un livre, puisque en très peu de temps, toutes les lumières clignotantes sont redevenues fixes et au vert, et que se sont tus tous les signaux d’alarme.

Mais je réalise maintenant à quel point le personnage du Biquet était faible. Pensez donc, dans la société, Biquet ne croit pas en lui et en ses capacités, il n’a aucune confiance en lui. Il fuit donc cette société qui l’effraie tant... Il est seul. Au Carrefour Lajeunesse, Biquet est considéré désormais, comme un grand Monsieur, alors Biquet se sent bien, il s’enfle la tête, et se plait à s’imaginer que le Carrefour Lajeunesse est l’Éden qu’il avait toujours recherché. Il se prend d’affection petit à petit pour ces gars au passé difficile.

La résultante en est que Biquet ne veut plus faire le moindre effort pour se sortir de sa situation actuelle. N’ayant plus à subir de pression ni de stress, étant bien considéré (en apparence, car il y a toujours un peu de suspicion) par ses nouveaux voisins, il se dit que tout compte fait, cette vie de bohême était la vie idéale pour lui, et il en vient aussi à bénir cette dépression qui l’avait sorti de son passé.

Il compare justement sa vie passée, à celle d’un naufragé au milieu de l’océan, où il devait batailler ferme pour rester à la surface, s’accrochant à toutes les épaves qu’il pouvait rencontrer, pour ne pas couler à pic. Un beau jour, par le plus grand des hasards, il a finalement abouti sur une île déserte, au milieu de nulle part. Il avait enfin les deux pieds sur une terre ferme. Le seul moyen de retrouver le continent, était soit d’attendre qu’un navire s’approche de l’île, ou bien, qu’il s’arme de courage, et qu’il retourne à la mer pour tenter de retrouver ces côtes qu’il savait être très éloignées. De se remettre à l’eau, il n’en avait plus le courage. Il vivait pauvrement, mais au moins, il avait désormais les deux pieds au sec, et il voulait par dessus tout, cesser le combat, et jouir d’un repos bien mérité, pour le reste de ses jours. Il n’empêche que son choix de vie le gênait beaucoup, craignant de passer pour un lâche ou un paresseux aux yeux de sa famille, de ses amis et surtout aux yeux de la société bien pensante.

Une journée à la fois, telle était maintenant ma devise. Je vivais désormais en espace clos; le Carrefour Lajeunesse était devenu mon Univers, et ses habitants commençaient à devenir, petit à petit, ma famille élargie.

L’été 2003 fut tout compte fait un très bel été. Mon balcon est devenu un lieu de rencontre, j’y étais rarement seul. C’est Pierre qui au début m’honorait le plus souvent de ses visites. Après sa journée de cavale à rechercher les métaux, il venait s’asseoir avec moi, et tout en buvant sa grosse bière, il me parlait de sa vie. C’est en l’écoutant et en écoutant également les autres qui tout doucement commençaient à se greffer à mon entourage, que j’ai amorcé mon cheminement intérieur.

C’était des soirées paisibles que j’aimais beaucoup. Ces soirées se terminaient généralement vers vingt heures, quand Gros Pierre décidait qu’il avait envie de se saouler, alors on se disait au revoir jusqu’au lendemain. De retour dans sa chambre, Gros Pierre remettait ses cassettes de chansons, et se remettait à ses duos... « Voulez-vous danser Grand-mère »... À 22 heures, tout devenait silencieux, Pierrot était au pays des songes.

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