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Publié le 11/11/2007 à 21:49
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 11 novembre 2007

 

 

 

MARIE-JEANNE LA DOUCE
Épisode 16

 

La consommation abusive de drogues ou d’alcool n’est pas en soit, un motif d’expulsion au Carrefour Lajeunesse. Si tel avait été le cas, Gros Pierre et d’autres aussi, auraient pu être expulsés à maintes occasions.

En règle générale, si le locataire consomme, mais qu’il le fait dans le respect de ses voisins, il n’y a pas de problème.

Si le locataire dérange ses voisins, mais qu’il est en bon terme avec le propriétaire, il se verra vertement réprimandé, et si la situation se calme, il n’y a pas de problème non plus, il pourra poursuivre son séjour au Carrefour Lajeunesse; dans le cas contraire, le propriétaire va tout simplement séparer les belligérants, en déménageant l’un de ceux-ci dans une autre de ses maisons de chambres, le plus loin possible du Carrefour Lajeunesse.

Dans le cas de la dispute entre Gros Pierre et Biquetto, le changement d’étage de Gros Pierre s’était avéré, pour le moment du moins, amplement suffisant, et entraîna même une période très heureuse pour le Biquetto au sein du Carrefour Lajeunesse.

Cependant, après sa réconciliation avec Gros Pierre, la consommation de cannabis du Biquetto s’est accrue à vitesse exponentielle, car Biquetto a fait la connaissance de son très grand ami, Simon.

Actuellement, je me suis débarrassé de cette mauvaise habitude, qu’est l’abus de l’alcool et des drogues, mais ce faisant, j’ai été mis dans l’obligation de tirer un trait sur certaines amitiés auxquelles je tenais beaucoup. C’est cela qui est le plus difficile à vivre, surtout, quand l’un de ces amis délaissés, nous est particulièrement cher.

J’ai commencé à fréquenter mon ami Simon, au printemps 2005 et la chimie a très vite opéré entre nous deux. Bien qu’hétérosexuel, il ne s’est jamais formalisé du fait que moi, le gay, j’étais tombé amoureux de lui. On était presque toujours ensemble, et quand il s’absentait de chez lui, la première chose qu’il faisait en rentrant, c’était de me téléphoner pour que je descende le rejoindre afin de fumer un joint avec lui. Il lui arrivait même de m’appeler en pleine nuit, lorsqu’il n’arrivait pas à dormir et qu’il avait envie de compagnie. On pouvait rester ensemble pour parler des heures durant. Les sujets de conversations étaient presque toujours les mêmes, on parlait de nos joies, de nos peines, des difficultés qu’on vivait chacun de notre côté, de nos dépendances et de nos rêves.

Ce que j’aimais plus que tout, c’était être avec lui, peu importe les circonstances. Je ne portais jamais de jugement sur sa consommation excessive de bières, de marijuana et de crack.

Pour être sur le même niveau que lui, je n’avais pas besoin de boire autant de bières que lui, ni même de fumer autant de marijuana, mais je consommais tout de même, de plus en plus. Gros Pierre se joignait souvent à nous, surtout si Simon avait fait un peu d’argent et qu’il l’avait entièrement dépensé en cocaïne. C’est Pierre qui se chargeait de faire l’extraction de la cocaïne pure sous forme de roches, qu’ils se partageaient ensuite en la fumant chacun avec sa petite pipe à crack. J’étais le seul à ne pas y toucher.

À au moins deux reprises toutefois, j’ai eu envie d’essayer pour voir ce que ressentait mon ami. La première fois, c’était lui qui me l’avait offert, mais j’avais alors refusé. Je venais de voir le Gros Pierre le visage tout en grimace, sous l’effet de cette merde et ce fut suffisant pour m’en dissuader. La deuxième fois, c’est moi qui lui avait demandé pour prendre un bouffée de fumée à même sa pipe, cette fois, Simon a eu assez de lucidité pour m’en empêcher. Il n’eût qu’à me dire que si je m’embarquais dans cette merde à mon tour, qu’on ne serait plus des amis.

Évidemment, quand il était sous l’effet du crack, il n’y avait plus de dialogue possible. Ce n’était plus qu’un légume. Je restais néanmoins sur place, pour veiller sur lui, car généralement, il y avait une nuée de profiteurs qui bourdonnait autour de Simon pour s’accaparer d’une partie du butin, voir même de son argent. Quand tout le monde était parti et que Simon était endormi, je quittais finalement les lieux en verrouillant soigneusement sa porte avec la clef que je possédais.

Les relations n’ont pas toujours été au beau fixe entre nous, cependant. Vous pouvez facilement vous imaginer l’effet dévastateur que le crack et l’abus de la boisson peuvent avoir sur le caractère d’un individu. On s’est disputé à deux reprises et on a cessé de se fréquenter le même nombre de fois.

Simon cherchait à se sortir de sa dépendance par ses propres moyens. Comme j’étais trop mère poule, j’avais le don de lui taper sur les nerfs durant sa période de sevrage. Aussi, de novembre 2005 à juillet 2006, nous avons coupé tous les ponts. L’aide dont il avait besoin, il a préféré la trouver auprès des alcooliques anonymes. Quand il ne buvait pas, il n’éprouvait pas la même attirance pour le crack, la marijuana lui suffisait amplement, mais il en consomme en quantité quasi industrielle.

Nous avons repris nos relations en juillet 2006. Simon en était à son sixième mois d’abstinence complète à la boisson et au crack.

Cependant, je fumais énormément de marijuana, quand j’étais en sa compagnie, et les autres, quand je n’étais pas avec Simon, en profitaient pour venir chez moi, et me faire profiter à leur tour de leurs petits joints. Le Biquetto était « gelé » du matin au soir. Cela finira par avoir une sérieuse incidence sur mon état mental...

 

A SUIVRE...

 

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