Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 14 octobre 2007
UN BEL ÉTÉ
Épisode 5
Il faut croire qu’on peut lire dans le Biquet aussi facilement que dans un livre, puisque en très peu de temps, toutes les lumières clignotantes sont redevenues fixes et au vert, et que se sont tus tous les signaux d’alarme.
Mais je réalise maintenant à quel point le personnage du Biquet était faible. Pensez donc, dans la société, Biquet ne croit pas en lui et en ses capacités, il n’a aucune confiance en lui. Il fuit donc cette société qui l’effraie tant... Il est seul. Au Carrefour Lajeunesse, Biquet est considéré désormais, comme un grand Monsieur, alors Biquet se sent bien, il s’enfle la tête, et se plait à s’imaginer que le Carrefour Lajeunesse est l’Éden qu’il avait toujours recherché. Il se prend d’affection petit à petit pour ces gars au passé difficile.
La résultante en est que Biquet ne veut plus faire le moindre effort pour se sortir de sa situation actuelle. N’ayant plus à subir de pression ni de stress, étant bien considéré (en apparence, car il y a toujours un peu de suspicion) par ses nouveaux voisins, il se dit que tout compte fait, cette vie de bohême était la vie idéale pour lui, et il en vient aussi à bénir cette dépression qui l’avait sorti de son passé.
Il compare justement sa vie passée, à celle d’un naufragé au milieu de l’océan, où il devait batailler ferme pour rester à la surface, s’accrochant à toutes les épaves qu’il pouvait rencontrer, pour ne pas couler à pic. Un beau jour, par le plus grand des hasards, il a finalement abouti sur une île déserte, au milieu de nulle part. Il avait enfin les deux pieds sur une terre ferme. Le seul moyen de retrouver le continent, était soit d’attendre qu’un navire s’approche de l’île, ou bien, qu’il s’arme de courage, et qu’il retourne à la mer pour tenter de retrouver ces côtes qu’il savait être très éloignées. De se remettre à l’eau, il n’en avait plus le courage. Il vivait pauvrement, mais au moins, il avait désormais les deux pieds au sec, et il voulait par dessus tout, cesser le combat, et jouir d’un repos bien mérité, pour le reste de ses jours. Il n’empêche que son choix de vie le gênait beaucoup, craignant de passer pour un lâche ou un paresseux aux yeux de sa famille, de ses amis et surtout aux yeux de la société bien pensante.
Une journée à la fois, telle était maintenant ma devise. Je vivais désormais en espace clos; le Carrefour Lajeunesse était devenu mon Univers, et ses habitants commençaient à devenir, petit à petit, ma famille élargie.
L’été 2003 fut tout compte fait un très bel été. Mon balcon est devenu un lieu de rencontre, j’y étais rarement seul. C’est Pierre qui au début m’honorait le plus souvent de ses visites. Après sa journée de cavale à rechercher les métaux, il venait s’asseoir avec moi, et tout en buvant sa grosse bière, il me parlait de sa vie. C’est en l’écoutant et en écoutant également les autres qui tout doucement commençaient à se greffer à mon entourage, que j’ai amorcé mon cheminement intérieur.
C’était des soirées paisibles que j’aimais beaucoup. Ces soirées se terminaient généralement vers vingt heures, quand Gros Pierre décidait qu’il avait envie de se saouler, alors on se disait au revoir jusqu’au lendemain. De retour dans sa chambre, Gros Pierre remettait ses cassettes de chansons, et se remettait à ses duos... « Voulez-vous danser Grand-mère »... À 22 heures, tout devenait silencieux, Pierrot était au pays des songes.










