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Publié le 14/11/2007 à 06:03
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 13 novembre 2007

 

 

TRIP ULTIME
Épisode 17



C’était écrit, que la bonne entente revenue entre le Gros Pierre et moi, ne ferait qu’un court moment.

Quand j’avais connu Pierre au tout début de mon séjour au Carrefour Lajeunesse, il ne consommait que de la bière et c’était déjà un problème. Désormais, avec la présence de Simon comme voisin immédiat, la tentation était devenue trop forte pour Pierrot, et les occasions de discordes ne pouvaient aller qu’en s’accroissant, dès l’instant que le Biquet entrerait dans l’univers de Simon.

Peu de temps avant mon arrivée au Carrefour, le propriétaire avait déjà servi un sérieux avertissement à Pierre concernant sa consommation de crack. Quand il fumait cette substance, il passait son temps à faire des problèmes avec ses voisins. L’ultimatum qu’il avait alors reçu, était sans équivoque, c’était le crack ou la porte!!! La menace était suffisamment sérieuse pour que Pierre se tienne tranquille, plusieurs mois durant.

Le plus curieux dans cette histoire, c’était que Simon, qui causait des problèmes dans une autre de ses maisons de chambres, s’était vu forcé par ce même propriétaire, de déménager au Carrefour Lajeunesse, avec l’avertissement de cesser le crack lui aussi. Et nos deux compères étaient voisins. Nous étions en juillet 2004.

Au début, tout allait bien. Le propriétaire venait voir Simon régulièrement, sans s’annoncer, pour s’assurer qu’il ne consommait pas. Simon avait même arrêté la consommation de bière. Après un certain temps, se considérant sans doute satisfait, les contrôles n’ont plus été que mensuels, soit le jour du loyer.

Gros Pierre, connaissait Simon de réputation, il savait que si ce dernier retouchait à la bière, le crack allait suivre presque aussitôt, et que lui, Gros Pierre, pourrait en profiter, car Simon n’aime pas boire seul; il y avait toujours une nuée de prédateurs dont je vous ai parlé à la chronique précédente, et qui bourdonnait autour de lui pour s’approprier les restes potentiels, quand Simon avait finalement perdu la carte et qu’il sombrait dans l’inconscience.

Le plan de Gros Pierre était tout simple; comme Simon s’ennuyait à mourir, seul dans sa chambre, Pierre n’avait qu’à l’inviter à le rejoindre chez lui pour discuter comme deux bons voisins. Naturellement il ne manquerait pas d’offrir quelques bières à Simon... Il pouvait se permettre ce petit sacrifice, car il le savait, les dividendes seraient très intéressants pour lui.

Et il en a bien profité pendant plusieurs mois avant que le Biquet n’entre dans le décor au printemps 2005.

Gros Pierre ne voyait donc pas d’un bon oeil, la présence du Biquet modérateur, venir perturber ses petites magouilles. D’autant plus que la présence du Biquet amenait parfois Simon à arrêter pour quelques jours, parfois même pour une semaine complète, la consommation et de bière et de crack.

Dans ces moments que je dirais privilégiés que je passais avec mon ami Simon, on se contentait tous les deux de ne boire que des boissons sans alcool, ce qui diminuait l’envie du crack chez Simon. En revanche, on continuait à consommer la marijuana en grande quantité, ce qui lui permettait de tenir le coup. On parlait beaucoup tous les deux. Pierre était généralement exclus dans ces moments là. Et pire que tout, Simon lui a un jour signifié qu’il ne voulait plus le voir chez lui.

Lors de l’automne 2005, la frustration de Pierre envers le Biquet, a atteint son paroxysme.

Un soir, l’ouragan Pierre a déferlé sur le Carrefour Lajeunesse avec une violence sans précédent, mais cette fois, comme j’étais l’employé du propriétaire, il n’a pas osé sans prendre à moi de façon trop directe, tout au plus une taloche derrière la tête qui m’a tout de même fait voir quelques étoiles, et comme j’étais le concierge, il a décidé de me donner un surplus de travail.

Les plantes et la terre des plates-bandes qu’il y avaient à l’extérieur, ainsi que des détritus de toutes sortes, se sont trouvés comme souffler par un vent violent et disperser à la grandeur de l’immeuble. Ce n’était que cris et vociférations, personne n’osait plus sortir de chez soi. Tous les murs ont eu droit à ses coups de poings, plusieurs portes ont tremblé sous la violence de ses coups de pieds. Et pour couronner le tout, c’est à coup de ballet, qu’il a fracassé quelques luminaires.

Je n’eus d’autre choix que d’appeler le propriétaire à la rescousse, pour qu’il se charge de calmer son protégé, car appeler la police était très mal vu au Carrefour Lajeunesse.

Le propriétaire n’est venu que le lendemain, pour ne donner, qu’à contrecoeur, à un Pierre tout penaud, un avis d’expulsion « verbal », qui devait être effectif pour la fin d’octobre 2005.

Comme je m’y attendais, Pierre a si bien braillé sa cause auprès du proprio, que ce dernier a finalement décidé ce qui suit; Pierre pourrait rester au Carrefour Lajeunesse, si les deux conditions suivantes étaient respectées:



Pierre devait offrir ses excuses en personne, à tous les locataires de l’immeuble.

Même si Pierre obtenait le pardon de tous les locataires, la décision finale de garder ou d’expulser le Gros Pierre, reviendrait au concierge, en l’occurrence, votre humble serviteur, puisque j’étais la principale victime. J’ai trouvé cela un peu vache !!!

 


Au début, tout de suite après la tempête, il y eut une quasi unanimité pour que Pierre parte, je me sentais donc conforté dans ma décision de le faire expulser.

Mais Pierre avait l’air si malheureux, si piteux, que tous les consommateurs de crack pouvaient comprendre sa frustration et son comportement, y compris Simon qui se culpabilisait de ce qui s’était passé.

Simon a permis a Pierre de revenir chez lui, faisant ainsi pression sur moi, et j’ai cédé, je lui ai pardonné pour faire plaisir à Simon.

Pierre a ainsi obtenu un sursis, qui comme on le verra bientôt, sera de courte durée.

Un après-midi de novembre 2005, alors que j’étais chez Simon en compagnie également de Pierre, ce dernier me dit:

 

On l’sé ben toé, Réjean qu’tu viens chez Simon dans l’seul but d’fumer son put...

 

J’ai trouvé la remarque profondément blessante, d’autant plus que je contribuais souvent avec mon propre argent, et que tout le monde savait que Simon passait son temps à m’appeler pour que je descende fumer avec lui.

Mais ce qui m’a surtout laissé perplexe, c’est le fait que Simon n’ait pas réagis à ce commentaire de Gros Pierre. Que ce passait-il, Gros Pierre aurait-il usé de son venin ?

Le soir même, Simon m’a rappelé chez moi pour m’inviter à le rejoindre. Il avait un air bizarre. Il me fit comprendre à mots à peine couverts, que je lui coûtait trop cher et qu’il valait mieux qu’on arrête de se voir.

J’étais évidemment sous le choc d’entendre ces paroles, moi qui ne fumait que du cannabis alors que les autres profitaient à profusion d’une drogue qui lui coûtait nettement plus cher. Je comprenais toutefois, que je n’y pouvais rien, que le venin avait sans doute fait son effet et que tout de suite après mon départ, l’orgie de crack allait recommencer, une orgie qui je le su plus tard, allait durer jusqu’au 4 janvier 2006.

Simon se payait son dernier trip avant d’entamer son sevrage... Ma présence le gênait sans doute.

 

A SUIVRE...

 

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