Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche le 17 juin 2007
J’ai travaillé dans le domaine des sciences pures, en endocrinologie moléculaire. J’ai connu le monde de la finance, secteur pas toujours très propre; pensez au scandale des commandites, j‘en sais un tout petit bout sur ce sujet. Bien que je m’intéresse à tout ou presque, je ne me sentais pas particulièrement bien dans aucun de ces domaines. Je n’y étais pas satisfait. J’étais frustré par le manque d’un je ne sais quoi d’indéfinissable qu’il me restait à découvrir.
Hier soir, comme il m’arrive souvent de le faire, j’écoutais de la musique tout en étant étendu sur mon plumard. J’étais une fois de plus revenu à mon cher Aznavour.
« La Bohême » disait la chanson, et je me portais à penser que c’était moi le bohême. Doit-on considérer cela comme de la paresse? Je ne sais trop. En tout cas, le domaine du rêve ne m’est pas inconnu. Il est fortement incrusté en moi et m’entraîne fréquemment dans des songes éveillés, parfois, en pleines activités ou en pleines conversations avec des parents ou amis. On me voit alors silencieux, le regard fixant un point précis de mes pensées.
J’aurais aimé être un artiste, et qui sait, peut-être me fallait-il avant de le devenir, vivre au préalable, toute une panoplie d’expériences diverses, pour me donner les outils nécessaires à mon accomplissement.
Tous ces emplois que j’ai connus, ces joies et ces peines, cet homosexualité qui me terrifiait et qui me gêne encore, ma solitude et finalement ma chute dans une profonde dépression qui m’ont fait aboutir dans l’alcool et la drogue avec pour compagnons, des hommes pour la plupart sans instruction, issus de la rue et vivant de rapines. Sur la rue Lajeunesse, j’y ai connu mes instants d‘euphorie, car j’étais hautement considéré à cause de mon instruction. J’étais devenu le confident de mes gars, on m’appelait « Le Biquet » et parfois « dom Biquetto » à la blague, tel le « Parrain ».
Je trouverais sans doute difficile d’avoir à revivre ma vie, mais somme toute, je suis heureux de l’avoir vécue car j’ai accumulé en moi une somme d’expériences susceptibles de me tenir occupé simplement à écrire, pour le reste de mes jours.
Je suis devenu un « Bohême » et je suis heureux de l’être!










