Par Réjean Mélançon
Rédigé le lundi 20 août 2007
Hôpital Royal Victoria de Montréal
affilié à l’université McGILL
L’une de mes soeurs m’a appris à son retour de vacances, ce qu’était le « syndrome de l’imposteur » dont avait souffert le journaliste de grand renom Gaétan Girouard, de la chaîne de télévision TVA, et qui l’avait mené tout droit au suicide. Je ne pouvais m’empêcher de faire aussitôt une corrélation frappante entre la carrière journalistique de M. Girouard et les deux carrières que j’ai moi-même menées pendant 23 ans dans le domaine de la recherche médicale (en endocrinologie moléculaire) et ensuite en comptabilité, dans une firme de comptables agréés, avant de sombrer au bord du gouffre, moi aussi.
J’ai si peu confiance en moi, que je me considérais et me considère encore comme une sorte d’imposteur sans aucune compétence, alors que j’avais dans les faits, l’entière satisfaction de mes employeurs respectifs.
Le premier employeur que j’ai eu, en recherche médicale, à Québec, dans les années 1977-1983, m’avait demandé si j’accepterais de le suivre à Montréal, lorsque ce dernier avait accepté la charge d’un nouveau laboratoire situé à l’université McGILL. J’avais alors accepté avec un peu d’appréhension, d’autant plus qu’au préalable, il me fallait d’abord aller en France pour suivre un stage de perfectionnement à l’INSERM de Jouy-en-Josas, près de Versailles. Six ans plus tard, ce même employeur qui avait décidé d’aller s’établir à Paris, après avoir accepté un poste de direction dans la Ville Lumière, m’avait encore une fois, invité à l’accompagner pour continuer de travailler pour lui. Cette fois, j’ai refusé, ne me sentant plus capable de suivre le rythme dans le domaine des biotechnologies.
J’étais l’homme à tout faire, des manipulations de labo à la programmation informatique, je touchais à presque tout. J’avais des connaissances dans tous les domaines, mais je n’avais d’expertise en rien, ce qui me traumatisait littéralement.
Je suis autodidacte et généralement, il me suffisait de lire les publications qui étaient faites dans ces domaines d’expertise, et de les approfondir avec confiance. En agissant de cette façon j’arrivais toujours à me tirer d’affaire dans les tâches qu’on me confiait, à la grande satisfaction de mes employeurs. Le hic est que je manquais trop souvent de confiance en moi.
Je me rappelle de certains jours où j’étais complètement paniqué quand on me demandait de programmer des logiciels utilitaires pour le traitement de nos données de laboratoire. J’avais beau protesté, sur tous les tons que je n’avais pas les compétences nécessaires pour faire ce travail, j’avais beau tempêté, rien à faire, le patron était certain que j’y arriverais, et généralement, c’était toujours le cas. Je réussissais souvent dans un temps record, à la satisfaction générale.
Plus je me perfectionnais dans mes nouveaux champs de connaissance, et plus on me proposait de nouveaux projets, augmentant du fait même, mon niveau de stress. Je ne pouvais plus et je n’osais plus dire non, en sachant que le patron aurait toujours gain de cause sur moi, mes réussites du passé le confortant dans ses arguments. Je me considérais comme un imposteur qui avait beaucoup de chance, rien de plus.
Le 11 septembre 2001, j’ai assisté en direct à l’effondrement des deux tours de New York. J’étais moi-même au bord de l’effondrement qui est survenu le 19 octobre suivant. Je me suis retrouvé aux urgences d’un centre hospitalier dans un état de dépression extrême, et suicidaire. J’avais presque atteint le point du non retour.
Depuis, je vis de l’aide sociale. J’ai atteint le niveau le plus bas de la société dans laquelle je vie, un moins que rien. Je ne me considère plus comme un imposteur puisque je reste quasi reclus chez moi et que je n’impose plus à personne, les talents qu’on me prête. En vivant ainsi, je me considère à ma vrai place et j’ai pu retrouver ma tranquillité d’esprit.










