Par Réjean Mélançon
Rédigé le vendredi le 22 juin 2007
Rien n’est jamais oublié. Ce qu’on croyait qui l’était, apparaît parfois soudainement à notre attention sans qu’on sache vraiment pourquoi. Ces souvenirs parfois pénibles, sont peut-être nécessaires pour exorciser hors de soi, des peurs ou des regrets qui nous ont hantés toute notre vie durant.
Lors d’un de ces après-midi d’été, que notre famille passait chaque année à la campagne, à Sainte-Élisabeth, je devais avoir environ 18 ans, maman m’avait soudainement annoncé avec beaucoup de dégoût dans l’expression de son visage, qu’une de ses jeunes cousines était lesbienne. Cela m’impressionna profondément et je me demandait qu’elle pouvait être la raison pour laquelle elle me parlait de cela. Se posait-elle les mêmes questions que je me posais à moi-même?
Beaucoup plus tard en 1987, je me suis retrouvé seul avec elle à son chevet d’hôpital. Elle souffrait beaucoup et savait qu’elle allait mourir. Elle m’avait alors regardé avec beaucoup d’intensité dans le regard, comme si elle cherchait à lire en moi, car je ne lui ai jamais avoué mon homosexualité. Elle n’était pas dupe, elle savait, papa me l’a confirmé 2 ans plus tard quand je suis finalement sorti du placard comme on dit, mais elle voulait sans doute que ce soit moi qui trouve le courage de lui dire. Je n’ai pas pu, me souvenant encore de cet après-midi d’été à Sainte-Élisabeth. Elle est morte le lendemain.
Maman est la seule personne que j’aime, à qui je n’ai jamais pu faire cet aveu. C’est ce souvenir qui a réussi à s’immiscer dans mon esprit en cette plutôt fraîche soirée d’été.










