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Publié le 11/10/2007 à 23:03
Par Réjean Mélançon
Par Réjean Mélançon Rédigé le jeudi, 11 octobre 2007
LE BALCON Épisode 4 Le concierge fut le premier à me rendre une petite visite de courtoisie. Nous étions en mars (1) et pour un début de printemps, la journée était particulièrement chaude pour cette période de l’année. J’en ai profité pour ouvrir toute grande la fenêtre de mon appartement qui donnait, cela j’avais oublié de vous le mentionner, sur un balcon, duquel descendait un escalier qui passait par tous les balcons des étages qui suivaient. C’était en quelque sorte un escalier de secours. J’avais mon accès privé à ce balcon, mais les autres résidents de l’étage, pouvaient y accéder par une chétive porte faite de quelques planches en bois, maintenues ensemble par trois autres planches clouées en forme de Z. Le tout était maintenu fermé par un simple crochet à l’intérieur d’une sorte de cabanon, situé juste à côté de la porte extérieure de mon appartement, car j’avais deux entrées à cet appartement, l’autre étant évidemment la porte donnant sur le corridor de l’étage. Quant au cabanon, on y accédait « normalement », par l’intérieur, par une autre porte située au bout du corridor de mon étage. Ce cabanon servait aussi pour qu’on y dépose nos détritus dans une simple poubelle.
En principe, l’accès au balcon ne devait être réservé qu’aux sorties d’urgence, mais moi en tant que locataire de cet appartement, je pouvais me prévaloir de la jouissance de ce lieu. J’étais donc mollement étendu sur mon lit, en train de me délecter des notes sublimes du Requiem de Mozart, tout en entendant le gazouillis des oiseaux qui se chauffaient au soleil. J’avais presque traversé les portes du Paradis, quand soudainement apparue une tête à travers ma fenêtre grande ouverte, c’était le concierge qui venait pour sa corvée de vidanges et qui en profitait pour me faire un gentil coucou !!!
- Bonjour Monsieur Réjean, « y fa » beau aujourd’hui... Voulez-vous fumer un joint avec moi... ?
Terminé le Paradis, je suis très vite redescendu sur terre... J’esquivai poliment l’invitation tout en lui faisant comprendre que je préfèrerais qu’il frappe à la porte donnant sur le corridor, à sa prochaine visite, m’évitant du coup, dans le futur, de possibles crises de coeur. Ce qu’il accepta d’emblée. Il semblait tellement désireux de venir me rendre visite pour jaser (2) un peu avec moi, que je n’eus pas le coeur de lui refuser. Mais, depuis ce jour, j’ai appris à ne garder ma fenêtre ouverte qu’en croisé, et les stores demeuraient baissés, je n’ouvrais ou ne fermais que les lamelles, afin de me préserver un minimum d’intimité, car il y en avait un autre qui aimait passer par cette porte de planches, c’était mon ami Pierre, avec qui je m’entendais très bien au début. Il faut dire, qu’à mon arrivée au Carrefour, Pierre avait réussi « momentanément », à se sortir de l’enfer de la cocaïne et du crack, se contentant fort bien de la bière qu’il refusait catégoriquement de laisser tomber, ainsi qu’un peu de put à l’occasion. Il disait à qui voulait l’entendre, que c’était son choix de vie.
Étant sur l’aide sociale depuis l’incendie qui l’avait presque tué, ayant été gravement brûlé sur près de 30 % de son corps et ayant aussi eu les poumons très endommagés à cause de la fumée, Pierre ne pouvait se déplacer sur de grandes distances qu’à vélo, la marche le laissant rapidement à bout de souffle. Il était bricoleur et très habile de ses mains. Il a réussi à se fabriquer une petite remorque et un ingénieux système d’attache sur son vélo, et tous les matins, après avoir bu quelques bières qui restaient de la veille, il partait avec son carrosse et sa grosse bouteille de plastique remplie de son précieux liquide pour étancher sa soif au cours de sa randonnée.
Durant ces randonnées, le long des rues et des ruelles, Pierre en profitait pour ramasser tout le métal, non ferreux qu’il pouvait trouver sur son chemin. Ce qui l’intéressait particulièrement, était l’aluminium et le cuivre, qu’il ramenait au Carrefour Lajeunesse, et là, dans la cour arrière, Pierre avait sa cabane dans laquelle il entreposait tous ses trésors. Quand il n’avait plus d’argent, il chargeait une partie de son butin dans son carrosse et allait vendre tout son contenu chez un ferrailleur. A son retour, il y avait toujours la petite halte chez Joe, l’épicier du coin chez qui notre Pierre avait réussi à obtenir du crédit pour sa bière lors des jours plus difficiles. Avec son argent en poche, il pouvait payer sa petite note en suspens et refaire sa provision pour terminer sa journée en beauté.
« Cet anneau d’or » de Georges Guéthary, comme il aimait la chanter cette chanson-là. Il arrivait même à nous sortir les plus hautes notes... C’était à l’extrême limite de son registre vocal mais il arrivait à les sortir quand même, à sa plus grande satisfaction. Celle que j’aimais le moins dans son répertoire, était « Voulez-vous danser grand-mère ». Que voulez-vous, c’était un grand nostalgique du passé, ou peut-être devrais-je dire de son passé... Mais quand Pierre chantait, cela voulait dire qu’il était heureux et que tout allait bien...!!! Il avait eu une bonne journée, il avait bien mangé, et il avait suffisamment de bières jusqu’au lendemain pour démarrer sa prochaine journée.
(1) Je suis arrivé au Carrefour Lajeunesse le 28 février 2003. (2) « Jaser » signifie « bavarder » en québécois.
Publié le 10/10/2007 à 21:04
Par Réjean Mélançon
Par Réjean Mélançon Rédigé le mercredi 10 octobre 2007

L’automne amorce la période annuelle où je suis généralement le plus fragile. La baisse de la luminosité, moins de soleil, plus de temps gris, tout cela peut affecter mon moral, si je n’y prends pas garde.
Je fais de longues marches à l’extérieur, couplées à la prise d’antidépresseur que je consomme désormais presque religieusement, tellement j’ai peur de retomber dans mes moments noirs et de redevenir le Biquetto Hyde irritable et querelleur que j’ai souvent été durant cette période de l’année.
Vivement qu’arrive l’hiver et son blanc manteau qui réfléchit la lumière. Il me reste à souhaiter que le trop rapide réchauffement de la planète ne perturbe pas trop les chutes de neige, car un hiver trop doux implique un hiver plus sombre... Alors là, il me faudrait être patient et très prudent jusqu’au printemps.
Si je sens venir la torpeur, je sais ce que j’ai à faire maintenant. J’ai vraiment pris une excellente décision en quittant le Carrefour Lajeunesse, mes gars me brûlaient beaucoup trop d’énergie.
Et en y repensant bien, je me rends compte que j’agissais exactement de la même manière pendant ma période de travail active, au laboratoire d’endocrinologie ainsi qu’au bureau de comptables agréés. Je prenais tout sur mes épaules, je craquais et je me métamorphosais en Mr. Hyde.
Publié le 09/10/2007 à 20:14
Par Réjean Mélançon
Par Réjean Mélançon Rédigé le mardi 9 octobre 2007 LE CONCIERGE Épisode 3
Comme il arrive très souvent, dans ce genre de milieu, le nouveau venu est généralement sujet à une évaluation exhaustive de la part des anciens qui ont établi leurs pénates sur les lieux, plusieurs années auparavant. Ceux qui ne sont que de passage et qui ne restent au Carrefour que quelques mois à peine, ou ceux qui se voient montrer la porte pour la fin du mois en cours, bien souvent même, quelques jours à peine après leur arrivée, ont déjà été évalués et en règle générale, ne sont pas habilités à participer au comité d’évaluation.
Qui a-t-il à évaluer me diriez-vous? Mais tout plein de choses, voyons!!! D’abord, il y avait mon apparence qui ne cadrait pas vraiment avec le look usuel du chambreur qu’ils avaient l’habitude de voir dans ce type d’établissement, il y avait aussi mon langage qui était comment dire, un peu plus raffiné que le leur; j’étais le monsieur instruit qui avait été à l’université et qui se disait être sur l’aide sociale. Je le sus plus tard, mais pendant ces quelques premiers jours passés sur les lieux, toutes les lumières étaient tournées au rouge clignotant et les systèmes d’alarme résonnaient de toutes parts. Étais-je un agent à la solde des boeufs (1), étais-je un espion travaillant pour le gouvernement, à la recherche de fraudeurs de l’aide sociale, ou un agent du fisc. La situation était délicate, on se devait d’être gentil avec moi tout en restant sur ses gardes.
A mon arrivée, on avait déjà une petite idée de qui j’étais, parce que au préalable, avant d’arriver au Carrefour, il m’a fallu rencontrer le gérant de l’immeuble pour une présélection des candidats potentiels.
Ici je me dois d’ouvrir une parenthèse pour revenir un peu en arrière. Au Carrefour Lajeunesse, les appartements de une pièce et demie étaient loués avec bail de douze mois, et pour résilier un bail, il faut passer devant la Régie du Logement du Québec avec tous les troubles administratifs que cela implique, alors que les simples chambres, sont louées au mois, et que leurs résidents peuvent quitter ou être expulsés avec un simple préavis de quinze jours. D’où, le plus grand soin apporté à la sélection des locataires avec bail. Pour les chambreurs on prend un peu n’importe qui, en autant qu’il ou elle ne cause pas de trouble et que le loyer soit payé dans les temps, on se dit que si le zigoto cause trop de perturbation dans la faune locale, on n’a qu’à l’expulser tout simplement.
Mon entrevue devait avoir lieu dans ce qui devait devenir mon nouvel appartement. À mon habitude, je suis arrivé une bonne demi-heure avant l’heure prévue au rendez-vous, et c’est le concierge qui m’a reçu chez lui en attendant l’arrivée du gérant. Un gentil monsieur, mais... Il s’était présenté comme étant le cousin du premier ministre du Québec de l’époque, m’a raconté avec moult détails, sa visite à l’hôpital de cet après-midi là, où on lui avait injecté dans une fesse un médicament qu’il devait recevoir tous les mois sans exception, sinon il risquait de devenir supposément fou... Je me disais en moi-même qu’il était déjà un peu dérangé de toute façon. Il m’a raconté avoir une épouse, qu’elle était sortie pour faire une course, et qu’elle aussi avait droit à sa piqûre à tous les mois. Ça augurait bien!!!
En tant que « concierge », son unique tâche consistait à sortir les détritus de l’immeuble pour les porter au chemin, deux fois par semaine, et c’est sa tendre moitié qui s’occupait de passer la serpillière dans les corridors, les escaliers et nettoyer les salles de bain communes, une fois la semaine.
Il n’empêche qu’il n’était pas si fou que ça, et qu’il me posait beaucoup de questions pour mieux me connaître, et moi comme de raison, n’ayant rien à cacher, je lui disais tout ce qu’il voulait savoir. Et comme je le sus plus tard, il répétait scrupuleusement tout ce qui lui était rapporté... Il était en quelque sorte, l’avant-poste de la garnison, celui qui servait d’éclaireur. Je mets fin ici, à ma longue parenthèse.
Bref, j’ai passé l’examen de passage de la haute direction de l’immeuble, il me restait à passer celui de ceux qui se prenaient pour les véritables patrons des lieux. Après la suspicion, restait à évaluer le potentiel économique du nouvel arrivant, pouvait-on espérer l’avoir comme éventuel client, vous me voyez sans doute venir. On a vite fait de découvrir que le Biquet avait un faible pour le rougeaud ainsi que pour la chère Marijane. Et suprême trésor, le Biquet avait aussi une carte de crédit encore utilisable. Vous comprendrez sans doute que le Biquet est vite devenu très populaire à son arrivée, que cette popularité lui a fait tourner la tête. Ce premier été qui s’amorçait au Carrefour Lajeunesse, s’annonçait être un enchantement avant l’arrivée de la froidure de l’hiver qui arrivera bien assez tôt!!!
(1) Agents de police très en dessous de la moyenne.
Publié le 07/10/2007 à 00:50
Par Réjean Mélançon
Par Réjean Mélançon Rédigé le samedi le 6 octobre 2007 PIERRE Épisode 2 (Mise au point)
Gros Bidule et moi, c’est une histoire d’amour très particulière.
J’ai eu plusieurs amours dans ma vie qui ont littéralement enflammés mon coeur et mon esprit, dans le sens du terme « amour », que tous comprennent, sans exception. Il y a plusieurs sortes d’amours, il en ait une qui vient nous chercher jusqu’au fond de notre âme, sans trop savoir pourquoi. L’âme le sait, notre conscient lui, l’ignore, mais il peut le ressentir par le biais de ce que j’imagine être notre inconscient. Je voulais le haïr pour ce qu’il était, et pourtant mon coeur ne peut pas penser à lui sans s’émouvoir.
Pourquoi cet amour pour Gros Bidule... Oh, hé puis non, je préfère l’appeler Pierre, j’ai trop de respect pour cet homme extrêmement malade. Au pire je l’appellerai le Gros Pierre. Je me fous désormais éperdument de ce que pourront penser ses détracteurs, et j’ai décidé aussi de me foutre de ce que les gens pensent ou penseront de ma personne, et c’est déjà toute une libération pour moi.
J’aime Pierre, parce qu’il est moi-même, mais vivant ma vie, dans un autre espace-temps, avec un milieu de vie, une famille et tout un environnement complètement différents du mien. C’est pourquoi, nous nous trouvons être semblable mais avec des outils différents pour affronter la vie. Moi j’ai trouvé une clef pour m’aider, et qui n’est utilisable que par moi. Mon ami Pierre, lui, n’en a pas et au lieu de se redresser, il s’enfonce de plus en plus; ce que j’aurais sans doute fait moi aussi, si j’avais connu les mêmes conditions de vie que lui.
J’ai appris à m’apprivoiser au contact de la misère et c’est cette misère qui fut pour moi la clef nécessaire pour ouvrir cette Porte Bleue qui vous a peut-être déjà intriguée et qui n’est autre que la porte de mon âme.
J’en ai sué, j’en ai bavé, j’en ai pleuré toutes les larmes de mon corps, mais pour rien au monde, je n’accepterais de revenir en arrière, pour revivre ma vie différemment. Je considère cette vie comme ayant été une sorte d’initiation à la « VIE ». Mon séjour au Carrefour Lajeunesse se voudra être mon examen de passage.
Début de l’histoire très bientôt
Publié le 06/10/2007 à 04:22
Par Réjean Mélançon
Humeur : Tendre
Par Réjean Mélançon Rédigé le vendredi le 5 octobre 2007
Pourquoi tant de violence en toi, mon ami ? Pourquoi tant d’acharnement à te détruire ? Cherches-tu à devenir un pauvre martyr, À demeurer toute ta vie, un insoumis ?
Tes ennemis t’ont donné de nombreux surnoms, Tous plus détestables les uns que les autres. Je sais, tu les a bien mérité, et d’autres. Mais au tréfonds de ton coeur, Pierre est ton nom.
C’est de ce prénom dont je veux me souvenir, Et les bons moments passés en ta compagnie. Sobriété éphémère, émoi terni, Trop courts échanges dont j’aimais t’entretenir.
Je ne perd pas espoir de te revoir un jour, D’établir un lien durable avec ton coeur, Qu’ensemble, on puisse éliminer tes peurs. Tu apprendras à te laisser parler d’amour.
Publié le 05/10/2007 à 16:45
Par Réjean Mélançon
Par Réjean Mélançon Rédigé le vendredi 5 octobre 2007
ARRIVÉE AU CARREFOUR Épisode 1 Selon un de mes fistons adoptifs, Biquetto-Hyde est braillard, irascible, querelleur, ubuesque, entêté, taciturne, déprimé, obstiné et râleur. Hé oui, Dom Biquetto a été tout cela. Mais il a dû batailler ferme pendant quatre longues années avant d’obtenir ce titre de noblesse.
Ayant dégringolé les échelons dans cette belle civilisation qui est la nôtre, Petit Biquet est passé en l’espace de douze mois à peine, de technicien comptable à l’emploi d’une firme de comptables agréés de Montréal, à prestataire de l’aide sociale. Il va de soit, que les revenus ne sont plus les mêmes. Le spacieux trois pièces et demi (la demi est pour la salle de bain, je n’ai jamais su pourquoi on la comptait comme une demi-pièce) était désormais beaucoup trop coûteux pour mes moyens.
J’ai pu m’entendre avec mon propriétaire pour résilier mon bail, mais il y avait une condition, je demeurais responsable des lieux et du coût du loyer pour encore trois mois supplémentaires. Avec le peu de moyen que j’avais, j’ai vite réalisé que je ne pouvais me payer qu’une simple pièce, meublée d’un lit, d’une table et d’une chaise, ainsi qu’une petite commode, dans une maison de chambres pour personnes à bas revenus. Comment faire pour payer ces trois mois supplémentaires de mon grand appartement. La réponse était toute simple, n’ayant plus besoin de son contenu, je pouvais faire une vente de débarras et liquider tout ce que je possédais.
Jour après jour, semaine après semaine, je vendais ainsi, par le biais de petites annonces, tous les biens que j’avais. Le dernier item à être vendu, fut mon sofa lit qui n’est sorti de l’appartement, que quelques heures à peine avant ma propre sortie afin de me rendre vers ce qui allait devenir mon nouveau foyer pour les quatre prochaines années. J’appellerai cette résidence le Carrefour Lajeunesse, car c’est véritablement un carrefour où on trouve plein d’échantillons de tout ce que la misère peut nous donner comme exemple.
Avec l’aide d’une de mes soeurs, nous avons chargé dans sa voiture le peu de choses que j’avais conservé, mes vêtements, un peu de vaisselles, quelques couverts, deux chaudrons, une poêle anti-adhésive, un peu de literie, une radio, un lecteur de CD avec mes CD de musique classique et un petit téléviseur.
Cela va peut-être vous paraître paradoxale, mais j’étais soulagé de déménager dans ce petit appartement. Pour un temps du moins, j’espérais ne plus avoir à me faire de souci autre que de me refaire une santé mentale, suite à la grave dépression que j’avais subie. Je vivais pauvrement certes, mais je me disais que là au moins, je n’aurais qu’à m’occuper de moi, sans le stress et la pression du travail que j’avais auparavant, et sans le souci des entrées d’argents, puisque j’étais désormais à la charge de l’état. J’avais pensé à tout cela, mais j’avais omis de me poser des questions sur la faune locale qui hantait les lieux.
À notre arrivée au Carrefour Lajeunesse, nous avons tout de suite rencontré ma soeur et moi, celui qui allait devenir après moult péripéties, un de mes fistons adoptifs, l’auteur du Biquet d’Or. Il sortait justement de l’immeuble en compagnie de son fidèle compagnon Rocky Balboa, alias Ben La Dent, alias Bite d’Acier, un charmant Shih Tzu mâle comme de raison, si on se fie à son alias, et qui allait très vite devenir un des amours de ma vie.
Mon petit une pièce et demi se trouvait au troisième et dernier étage de l’immeuble. Mon étage se composait alors d’un une pièce et demi, de trois chambres et d’une salle de bain commune pour les trois chambres simples. J’étais en quelque sorte un privilégié, étant le seul à bénéficier d’une salle de bain privé et d’une cuisinette incluant la cuisinière électrique avec four et réfrigérateur à même ma chambre. Les autres chambreurs n’avaient qu’un petit poêle portatif à deux ronds ainsi qu’un petit réfrigérateur. Je payais un peu plus cher que les autres, mais c’était un petit luxe auquel je tenais et que je pouvais me permettre.
A mon arrivée devant ma porte, il y avait déjà des curieux sur le pas de chacune des trois autres portes, pour évaluer le nouveau venu qui arrivait. Ma porte avais le numéro 43.
Le 41 était habité par une femme en provenance d’Amérique Centrale. D’où je me trouvais, je pouvais voir l’intérieur de sa chambre ainsi que la propreté douteuse des lieux, de même que celle de ladite personne. C’était une habituée de la bouteille. Le 42 était habité par un immigrant d’origine Tamoul, qui je l’appris plus tard, n’avait pas toute sa tête, ce qui est peu dire. Tout le monde sans exception, l’appelait Balou-Balou, et n’étant pas près de sa porte à ce moment, je ne pouvais pas encore avoir une idée bien précise de l’odeur réelle qui s’exhalait de chez lui, et qui était dans les faits, irrespirable pour un non initié.
J’ai gardé le 44 pour la fin. Vous allez apprendre à le connaître rapidement et vous le rencontrerez très souvent au cours de ces quatre années que je vais passer en ces lieux. Une véritable barrique de bière et un grand amateur de crack. La première idée qui m’est venu à l’esprit en le voyant, c’était le souvenir du Gros Dégueulasse de Reiser dans ces fameuses bandes dessinées. Il avait vraiment tout de ce personnage, mais en beaucoup plus sournois, selon moi. Il était onze heures du matin, et il avait déjà les yeux embués par la bière qu’il tenait à la main. Certains l’appelaient Big Fat Rat, mais, même s’il m’en a fait pas mal baver, même si c’est à cause de lui que j’ai passé les moments les plus noirs de ma vie, je préfère le surnommer Gros Bidule, car dans ses trop rares moments de sobriété, il m’est arrivé de passer de bon moment en sa compagnie, si, si, je vous assure. Avec lui, je suis passé par toutes les gammes d’émotions, d’un sentiment de tendresse à un goût de tuer s’il l’eût fallu. Dans ces moments les plus sombres, j’avais toujours mon Laguiole sur moi, petit souvenir de mon dernier passage en France et que je n’ai jamais voulu vendre.
Publié le 03/10/2007 à 19:49
Par Réjean Mélançon
Humeur : Souriante
Par Réjean Mélançon Rédigé le mercredi le 3 octobre 2007

Il semble bien que les résidents de mon ancienne résidence, ne m’aient pas oublié. Je vous avais déjà parlé du « Biquet d’Or », que j’avais octroyé à celui de mes fistons du Carrefour Lajeunesse, qui m’avait le plus fait sourire avec sa contrefaçon de la chanson de Joe Dassin, « Moustique ». La double personnalité du gémeau que je suis, a entraîné la création, par ce même fiston, du double sigle que voici: Biquetto - Jekyll | Biquetto - Hyde | Bienveillant Imaginatif Qualifié Universel Empathique Transparent Diligent Ordonné Ricaneur | Braillard Irascible Querelleur Ubuesque Entêté Taciturne Déprimé Obstiné Râleur |
Je suis généralement doux comme un agneau ou un biquet si vous préférez. Mais je pouvais me métamorphoser en taureau furibond et mugissant quand il le fallait, pour rappeler à l’ordre tous ces petits garnements. Mes sautes d’humeurs lorsque j’habitais encore les lieux, ne passaient pas inaperçues, d’autant plus qu’elles étaient souvent imprévisibles et pouvaient apparaître subitement.
Le passage d’un personnage à l’autre se faisait non pas par le biais de la consommation d’un breuvage concocté par le bon docteur Jekyll, mais par le biais de diverses émotions. Et Dieu seul connaît toute la gamme d’émotions qu’ont pu me faire subir tous ces adorables chenapans que j’aime beaucoup malgré leurs défauts. Cependant, je dois aussi en convenir, ils possèdent tous de très grandes qualités, et l’une d’entre elles et non la moindre, est leur grand coeur.
Mon copain m’a suggéré l’idée d’user de mon imagination et de mon vécu, pour pondre des petites histoires racontant les aventures de Biquetto - Jekyll et de Biquetto - Hyde au Carrefour Lajeunesse. Mais il faudrait qu’il y ait toujours un aspect un peu romancé dans ces histoires, afin que vous ne sachiez jamais quand la réalité rejoint la fiction, car il faut préserver l’anonymat et l’intimité de ses locataires, ce qui suppose un gros défi.
Je trouve l’idée de faire un parallèle entre Biquetto - Jekyll et Biquetto - Hyde très intéressante, mais un peu casse coup. Je vais néanmoins y songer comme il faut, on ne sait jamais. Vous connaissez déjà un peu le premier personnage, beaucoup moins le deuxième, mais n’ayez crainte, le Biquetto - Hyde n’a rien à voir avec le véritable Mr. Hyde. Il ne châtie bien que ceux qu’il aime.
Publié le 02/10/2007 à 20:32
Par Réjean Mélançon
Humeur : Maussade
Par Réjean Mélançon Rédigé le mardi le 2 octobre 2007
La terre à des milliards d’année, l’homme n’en est qu’à l’aube de sa vie
L’Énergie est omniprésente autour de nous, et l’Amour est Énergie. L’Amour s’auto suffie donc lui-même avec sa propre substance. A nous donc d’apprendre à le canaliser à bon escient.
N’allez pas croire que l’Amour est toujours ce sentiment baignant dans l’eau de rose, tel qu’on le voit dans nos rêves les plus fous. Non, l’amour peut se métamorphoser en plusieurs visages disparates. Il peut être gai, romantique, triste, malheureux. Il peut être pathétique, incompris, et bien d’autres choses encore.
Il peut générer des passions enivrantes comme il peut entraîner des conflits et des guerres.
L’Énergie ou l’Amour, étant omniprésent, l’aspect que nous désirons lui donner, relève essentiellement de notre libre arbitre.
L’aspect de la spiritualité semble déranger une bonne partie de la population. Son approche entraîne généralement une certaine gêne. On voit souvent la spiritualité comme un aspect d’un passé révolu. Les tenants de la spiritualité moderne sont perçus comme des fous ou des originaux un peu gaga, genre granola. Cela ne me gêne nullement, j’en ai tellement bavé au cours de ma vie, que ces petits désagréments sont devenus pour moi, tout à fait insignifiants.
Je le dis depuis le début de mon blog sur les Chroniques de la Porte Bleue, il n’y a ni bien ni mal, ni bon ni mauvais, « il n’y a que ce qui EST », nous faisons tous parti d’une seule et même chose.
Parlons d’avantage au premier degré, c’est peut-être le meilleur moyen d’éviter les mésententes et les conflits, parce que contrairement aux animaux qui ont plusieurs longueurs d’avance sur nous, en terme d’évolution sur notre planète, les humains ne sont que des enfants.
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