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Les chroniques de la porte bleue
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Publié le 28/11/2007 à 01:27
Par Réjean Mélançon
Humeur : Souriante

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 27 novembre 2007

 

 


BIQUET EN POT

Viande Blanche

Pour 6 personnes

1 gros bouquet de ciboulette
1 gros bouquet d'estragon
5 gousses d'ail
2kg de chevreau découpé en morceaux non désossés
1 ou 2 feuilles de laurier émiettées
3 branches de thym
1 pointe de curry
10 cl de madère
10 cl de cognac
35 cl de vin blanc de Touraine
70 cl de bouillon bine concentré
Sel, poivre

Préparation: 30mn (24h à l'avance)
Marinade: 1 ou 2h
Cuisson: 2h30

Hachez la ciboulette et l'estragon.
Pelez l'ail et écrasez-le au presse ail.
Garnissez le fond d'une terrine en terre à feu avec des morceaux de chevreau en les serrant bien.

Saupoudrez de ciboulette, estragon, thym, laurier, ail et 1 pointe de curry.
Salez et poivrez.

Remplissez la terrine en alternant les couches de viande et le mélange d'herbes.
A la fin, versez le cognac et le madère.
Couvrez et laissez au frais pendant 1 ou 2h.
Préchauffez le four à 165° C.

Versez le vin et complétez à hauteur avec le bouillon.
Couvrez la terrine et laissez cuire 2h30.

A la sortie du four, posez une planchette et un poids sur la viande.
Laissez refroidir avant de mettre la terrine dans le réfrigérateur, où elle se conservera pendant 8 jours.

Publié le 27/11/2007 à 04:13
Par Réjean Mélançon
Humeur : Rebelle

Par Réjean Mélançon
Rédigé le lundi 26 novembre 2007

 


Le Palace Hôtel de la gare



J’observe et ne peux que constater que malgré la hausse des salaires, le coût de la vie augmente lui aussi, parce que les entreprises ne veulent pas voir leurs profits diminuer, et si possible, les gestionnaires préféreraient même qu’ils croissent.

Les salariés sont mécontents, car leur pouvoir d’achat ne cesse de dégringoler, malgré les augmentations salariales successives. Ils font donc de nouveau la grève, pour obtenir une nouvelle augmentation de salaire afin de remettre à niveau ce pouvoir d’achat, à moins que se ne soit par jalousie, parce que leurs confrères d’une autre entreprise qui font un métier équivalent, gagnent un peu plus qu’eux.

Les entreprises ne sont pas en reste, elles continuent d’augmenter leurs prix. Encore mieux, on fait de plus en plus de mises à pieds ou bien tout simplement, ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés.

La dernière trouvaille découlant de ce bras de fer, c’est la mondialisation. On ferme les usines avec des mises à pieds massives, pour en ouvrir de toutes neuves dans les pays en voie de développement où la main d’oeuvre coûte le prix d’une bouchée de pain.

Là, je m’adresse à tous, tant aux patrons, qu’aux travailleurs. Jusqu’où irez-vous, bande de caves ?

Êtes-vous aveuglés à ce point par l’aspect monétaire de vos vies? N’y a-t-il que cela d’important à vos yeux ?

Notre ancien gouvernement libéral s’était fait le défenseur de la veuve et de l’orphelin. On voulait, rien de moins qu’éliminer la pauvreté chez TOUS LES ENFANTS. Où en sommes-nous rendu, aujourd’hui. Non seulement le nombre n’a pas diminué, mais il a augmenté.

Au rythme où vont les choses, il y aura de moins en moins d’emplois dans le domaine manufacturier, puisque ces derniers se retrouvent à l’étranger, là où les salaires sont les moins élevés. C’est un domaine où les travailleurs ont majoritairement peu d’instruction. Que leur restera-t-il quand les seuls emplois disponibles à leur disposition, se retrouveront principalement dans le domaine des technologies et des hautes technologies, nécessitant un niveau d’instruction de plus en plus élevé ?

L’assurance emploi est d’une durée limitée, après, il ne reste plus que l’aide sociale, du moins, dans le pays où j’habite. Certains politiciens de droite souhaiteraient même limiter l’accès à l’aide sociale. Verrons-nous la pauvreté augmenter? Le climat social restera-t-il toujours aussi stable?

Pourquoi ne feriez-vous pas une grande manifestation commune réunissant à la fois, patrons et employés? Après tout, vos objectifs sont les mêmes pour tous, faire plus d’argent pour augmenter votre pouvoir d’achat, n’est-ce pas?

Mais je ne me fais pas d’illusion, vous êtes aveugles et vous allez le demeurer. Ce cercle vicieux va devenir de plus en plus vicieux, jusqu’à ce que quelque chose casse à un moment donné.

Que se passe-t-il lorsqu’on met de plus en plus de pression sur un quelconque point de faiblesse? Et de ces points de faiblesses, n’y en a-t-il pas de plus en plus dans nos sociétés, et prêts à éclater à tout moment?

Il faudrait bien qu’on commence à s’ouvrir massivement les yeux, car en bout de ligne, au moment de la grande cassure, celui qui souffrira le moins, sera celui qui n’aura plus rien à perdre!!!

Publié le 25/11/2007 à 04:54
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le samedi 24 novembre 2007


Parc Lafontaine


RUE DE LORIMIER
Épisode 22



Je vivais un troisième épisode de dépression majeure en cinq ans. Cela commençait à faire beaucoup trop !!!

Heureusement pour moi, les choses se sont replacées assez rapidement. Si je fais exception des premiers jours de crise, qui ont nécessités le support de mes soeurs, dont une semaine complète de repos chez ma soeur de Granby, j’ai été à même de procéder moi-même avec les conseils de ma travailleuse psychosociale, à toutes les démarches en vue d’obtenir l’aide dont j’avais besoin.

Il me fallait d’abord consulter mon médecin traitant, j’ai eu la chance de pouvoir obtenir un rendez-vous avec lui, très rapidement, nous étions en janvier 2007. Ce dernier, a aussitôt augmenté la concentration de mon antidépresseur, m’a naturellement enjoint de cesser immédiatement toute consommation de cannabis, et m’a référé sur le champs, pour une consultation psychiatrique, mais cette fois, au bon hôpital. Le rendez-vous avec le psychiatre n’était pas possible avant le 19 mars. En attendant, je continuais de rencontrer une fois la semaine, ma travailleuse psychosociale et je voyais mon médecin traitant à tous les mois.

Entre-temps, mes discussions avec Papi Toutou et Willy, de même que celles que j’ai eues avec mon médecin traitant, ma travailleuse psychosociale et mes soeurs, m’ont finalement convaincu que je devais déménager dans les plus brefs délais. Comme Willy me l’a dit, dans ses mots bien à lui,

- i faut que t’arrête la dope, man. Pis lé gâ,  man, i t’sucent toute ton énergie, crisse ton camps d’icitte man !!!

Oui, il avait bien raison mon grand frère. Dans toute cette aventure, je pensais rarement à moi, ni au fait, que je ne faisais que m’enfoncer d’avantage, dans cette consommation à outrance d’une drogue considérée par plusieurs comme inoffensive... Comme ils se trompent, ceux qui le croient. Cette drogue n’a rien d’inoffensive, je peux en témoigner !!!

Les jours et les semaines s’écoulaient paisiblement. J’avais bien récupéré depuis la mi-décembre. J’avais cessé toute consommation de drogues incluant la cigarette. Même Papi Toutou, quand il venait me rendre visite, évitait de fumer en ma présence (il le faisait avant de monter me voir). Je me sentais à nouveau encouragé et je me disais qu’au pire, si je devais quitter sur le champs, j’avais la possibilité de déménager temporairement chez ma soeur Louise, vivant à Montréal, le temps de me trouver un logement convenable. Mon bail au Carrefour Lajeunesse se terminait le 30 juin 2007 et le propriétaire avait déjà été avisé que je ne le renouvellerais pas.

Finalement une opportunité s’est présentée dans une autre maison de chambres appartenant au même propriétaire. L’immeuble était situé en plein centre-ville, sur la rue de Lorimier, tout près du Parc Lafontaine. Il s’agissait d’une chambre simple, située au dernier étage de l’immeuble et qui était libre pour le 1er avril.

La particularité de cet immeuble, est que chaque étage a sa propre adresse civique et de ce fait, sa propre entrée extérieure, pour y accéder. Il n’y a que les résidents de l’étage qui en possèdent la clef. Il n’y a donc pas ici, le va et vient continuel d’un étage à l’autre, comme c’était le cas au carrefour Lajeunesse. Mes nouveaux voisins, sont super tranquilles. Le coût de la chambre est évidemment moins élevé que celui de mon ancien appartement, je n’avais donc plus besoin de continuer dans mon ancien rôle de concierge, ce qui m’enlevait un stress supplémentaire.

Quand je me suis présenté à l’hôpital, le 19 mars dernier, pour mon évaluation psychiatrique, je me sentais déjà en pleine forme. J’ai été vu, non pas par un, mais par deux psychiatres. Dans leurs diagnostiques, ils ont été unanimes. Je n’avais pas besoin d’un suivi psychiatrique, tout au plus, je devais être suivi par mon médecin traitant, à qui ils allaient faire suivre leurs recommandations pour la médication et les traitements.

Le cannabis et l’alcool, l’effet saisonnier de la diminution de la lumière solaire, tout le stress occasionné au Carrefour Lajeunesse, les disputes incessantes, les déceptions, etc. Ce sont tous des petits et gros irritants qui mis ensemble, finissent par former un cocktail explosif pour le dépressif chronique que je suis. Ils applaudirent d’emblée à ma décision de déménager. Et connaissant la rue et le quartier où je déménageais, sachant que c’était en plus, près du Village gay, ils m’encouragèrent naturellement à m’ouvrir d’avantage à cet aspect de ma personne et à apprendre à m’aimer tel que je suis.

Je quittais un petit appartement que j’aimais beaucoup, je quittais aussi des amis que j’aimais beaucoup. Les petites querelles avec Simon et Louis, je savais bien qu’elles ne dureraient pas longtemps et que tôt ou tard, nous aurions renoué à nouveau, des liens solides. J’aimais aussi ressentir cette sorte d’aura que certains résidents me prêtaient. Je me disais dans ma naïveté, éliminons les indésirables et travaillons avec ceux qui peuvent être récupérés et qui veulent faire des efforts pour s’en sortir.

Le problème est qu’il est impossible de filtrer les indésirables comme je les appelle. Ils sont tout de même des êtres humains qui ont droit d’avoir un toit au dessus de leur tête, particulièrement en hiver. Je ne vous surprendrai pas en vous disant, qu’en ce moment même, un « autre Pierre » réside au Carrefour Lajeunesse et il habite, et oui, dans l’ancien appartement de Gros Pierre, au sous-sol. Et la consommation de cannabis est toujours aussi grande chez Simon et d’autres, seul Papi Toutou fait des efforts pour diminuer.

Dans un certain sens, j’étais moi aussi une sorte de perturbateur au Carrefour Lajeunesse, puisque je tentais d’imposer ma façon de voir les choses à ses occupants. Et surtout, j’essayais de me donner un rôle, qui était nettement au dessus de mes forces. Si je m’étais entêté, je me serais détruit !!!

Simon est venu me voir la veille de mon départ, on a fait la paix et c’est lui qui le lendemain m’a aidé à déménager dans mon nouveau logement, avec sa camionnette. Je ne l’ai revu qu’une seule fois, par la suite, c’était l’été dernier. Il était venu faire quelques travaux de réparation dans un des logements situés à l’étage au dessous, à la demande du propriétaire. À la fin de son travail, il est passé me voir, pour me saluer. Il m’a évidemment demandé, selon son habitude, si je voulais fumer un joint avec lui, mais cette fois, j’ai décliné l’invitation, en lui disant que je ne voulais plus toucher à cette substance. Il a compris. Comme je le sentais mal à l’aise, je lui ai dis que j’accepterais toutefois de griller une cigarette, ce qu’il m’offrit avec plaisir. Ce fut notre ultime conversation, elle n’a duré que le temps d’une dernière cigarette.

Dans ma nouvelle résidence, je n’ai aucune vie sociale avec mes voisins. Tout au plus un « bonjour, comment ça va !!! », lorsque j’en croise un dans le corridor. D’ailleurs dans mon nouveau milieu, chacun reste chez soi et mène sa vie indépendamment de son côté. Je trouve ça fort bien ainsi.

Dans ma troisième chronique intitulée « Le Renard », je disais que je devrais être apprivoisé de nouveau, comme le renard du petit prince de Saint-Exupéry. Il y eut bien une timide tentative d’approche par l’un de mes voisins au tout début. Lors d’une banale conversation avec lui, il a appris que j’aimais la musique classique; suite à cela, il m’avait offert d’enregistrer une pleine caisse de ses propres disques de musique, mais les liens ne se sont jamais soudés entre nous.

Et mes nouveaux amis blogueurs / blagueurs, c’est sur le net, que je les côtoies pour le moment. Il y a les nouvelles chroniques de la porte bleue. C’est ma nouvelle thérapie; je la fais en m’exprimant par les mots. La porte de ma nouvelle résidence est blanche, mais désirant conservé le même titre à mes chroniques de la porte bleue, cette porte est devenue celle de mon âme; je me répète, ici. Mais, c’est en me répétant, je le sais, pour la nième fois, que je désirais clore « L’HISTOIRE » de ma vie !!!


FIN

Publié le 22/11/2007 à 22:00
Par Réjean Mélançon
Humeur : Tendre

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mercredi 21 novembre 2007




 

Cet anneau d’or et d’argent porté à ton doigt
Par cet homme à qui tu dis « OUI » par amour,
Fut prélude à lien et serment pour toujours.
Vous fîtes ce qu’il faut, et comme il se doit.


Votre amour, vit l’éclosion de cinq bourgeons.
L’arbre a vu ses branches se ramifier.
Ce premier bourgeon, Dieu a voulu le cloner,
Rameaux jumeaux, l’un mort, l’autre, sans rejeton.


Cet anneau d’or et d’argent sur ta main, n’est plus.
Il se trouve désormais à mon petit doigt,
Bavard volubile me parlant de plein droit,
De petits secrets qui ne sont pas encore lus.


Ton anneau me sert de lien avec ton âme,
Capteur magique défiant l’éternité.
L’auriculaire rétablissant l’unité,
Instruit mon âme, c’est elle qui s’exclame.


Le signal est mon horloge, et le code,
Est la vision d’une des heures précises,
Qui me rappellent que la pensée soumise
À mon MOI, vise notable période.


C’est belle façon de veiller sur moi, maman
Et je l’apprécie, nul besoin de le dire,
Car là où tu es, mes pensées, tu peux lire,
Aussi distinctement que dans un beau roman.


Ton anneau d’or et d’argent porté à mon doigt,
Je ne sais pas qui héritera de ce don.
Mon rameau a quelques feuilles, mais nul bourgeon.
Nulle lignée pour partager mon doux émoi.

Publié le 22/11/2007 à 04:27
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mercredi 21 novembre 2007


 

CRISE MAJEURE
Épisode 21

 

Suite à ma réconciliation avec Simon, s’en est suivie, une brève période de grande euphorie, qui allait se clore au mois de novembre, ce fameux mois des morts.

Mes relations étaient revenues au beau fixe avec Simon. Mes deux fistons ainsi que mon grand frère, continuaient de faire montre d’amitié et d’affection envers moi. J’étais heureux, j’étais au paradis, je ne me voyais plus, nulle part ailleurs.

Tous les matins, avant de sortir pour voir « à ses affaires », Simon m’appelait quand le café était prêt, pour que je descende le boire avec lui. Et tout en discutant de choses et d’autres, nous avions le temps de fumer quelques petits joints. De retour chez moi, ma porte restait ouverte jusqu’au soir, et là c’était la procession continuelle de mes deux fistons, soit l’un après l’autre, soit les deux en même temps, soit la chambre était complètement remplie, quand l’imposant Willy se joignait à la compagnie.

Dom Biquetto était devenu le coeur du Carrefour Lajeunesse, ou du moins se plaisait-il à l’imaginer. Le soir venu, je me retrouvais de nouveau chez Simon, pour terminer la soirée.

À la fin de l’été, Louis m’avait montré sur internet, qu’il était possible, et ce, tout à fait gratuitement, de se démarrer des boutiques virtuelles du genre « Zlio.com » et « CarrefourInternet.com ». J’ai été tout de suite séduit par l’idée et j’ai, sans plus attendre, démarré mes deux boutiques virtuelles. Mais je voyais beaucoup plus grand. Je voulais de plus, créer un site internet, sorte de centre d’achats, dans lequel figureraient évidemment mes deux boutiques ainsi que les services qui y étaient greffés.

Mon portail sur le net, prit le nom de « Carrefour Lajeunesse » et ma petite chambre, en était le centre névralgique. Ce portail, comprenait un bloc commercial qui regroupait une bonne vingtaine de boutiques virtuelles offrant des biens et des services de toutes sortes. Il y avait également un bloc pour la détente et le loisir, où les visiteurs pouvaient retrouver sur une seule page, de l’information, des jeux, l’horoscope, la météo, etc. J’ai conceptualisé le tout avec mon logiciel pour faire des pages web. J’y mettais toute mon énergie ainsi que toute la créativité dont j’étais alors capable. J’apportais une grande importance à l’aspect visuel et pratique de mon site internet.

Il me restait à publiciser mon site pour attirer les internautes. Cela était un peu plus difficile. Puisque les boutiques étaient toutes en France, il me fallait cibler les internautes français. Je devais trouver et insérer dans le code HTML de mes pages web, les mots cibles susceptibles d’accrocher un maximum d’internautes par le biais des moteurs de recherche comme Google et Yahoo.

J’avais encore besoin pour parfaire mon idée des grandeurs, de faire l’insertion d’un bloc central, susceptible à lui seul, d’attirer et de fidéliser mes visiteurs. Je voulais faire de mon portail sur le web, un site qui me permettrait, grâce aux bénéfices générés par les ventes sur mon bloc commercial, de devenir autonome financièrement parlant.

Un matin donc, que j’étais en train de boire mon café en compagnie de mon cher Simon, ce dernier me suggéra d’écrire une sorte de journal personnel. N’oubliez pas, que le Biquet était gelé du matin jusqu’au soir... L’idée de Simon, eut sur moi l’effet d’un bombe... L’émotion ressentie fut si forte, que je me mis presque à pleurer. Il m’a bien fallu plusieurs minutes pour retrouver tous mes sens. Je tenais mon idée pour mon bloc central, mais, cette fois, je ne me voyais plus vivoter tant bien que mal de quelques petits bénéfices générés par mon Carrefour Lajeunesse, non, Biquet se voyait devenir millionnaire, rien de moins.

Si je n’avais pas été gelé du matin jusqu’au soir, comme je me plais à le répéter, j’aurais peut-être été considéré par un psychiatre, dans une phase maniaque en tant que maniaco-dépressif.

Aussitôt mes sens retrouvés, je me suis empressé de retourner chez moi pour m’atteler à la tâche de la programmation de mon bloc central. Les « Chroniques de la porte bleue » étaient nées, du moins, sa première version. Et au début, la porte bleue était tout simplement la couleur de la porte du Carrefour Lajeunesse. L’inauguration eu lieu, fin septembre ou début octobre 2006.

Pour les lecteurs qui n’auraient jamais lu les chroniques antérieures, le Carrefour Lajeunesse était mon précédent lieu de résidence, certes, mais, c’était également le centre névralgique de mes commerces virtuels, grâce au portail que j’opérais sur ce site internet, aussi appelé: « Carrefour Lajeunesse » et au sein duquel j’écrivais mes « Chroniques de la porte bleue » , une sorte de livre de bord et de journal personnel tout à la fois.

Je voulais faire de mes chroniques, une sorte de témoignage au bénéfice de tous ceux qui comme moi, se seraient retrouvés sur la touche à un moment ou l’autre de leur vie. Je voulais raconté ma vie, ma descente aux enfers, ma reprise en main, et les moyens que j’utilisais pour atteindre mes buts. Je voulais en quelque sorte, servir d’exemple pour venir en aide aux plus démunis de ce monde.

Je voyais évidemment, beaucoup trop grand, et le grand fumeur de cannabis que j’étais, était loin d’être un exemple.

J’ai eu beaucoup de succès au début, auprès de ma famille. Tous me lisaient, frères, soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines. Quant aux français susceptibles de m’acheter quelques articles, ils se faisaient un peu plus rares. En tout et pour tout, en 10 semaines d’opération, je n’ai cumulé qu’à peine 3 ou 4 euros de bénéfice. Je suis très rapidement revenu sur terre, sachant que pour réussir avec ce genre de commerce, j’avais besoin de beaucoup de travail et de persévérance.

Au Carrefour Lajeunesse, les matins de novembre peuvent commencer avec Biquetto - Jeckyll et se terminer en compagnie de Biquetto - Hyde.

Novembre avançait à grand pas, je commençais à me montrer de plus en plus irritable, d’autant plus que mon chiffre d’affaire n’avait rien d’éblouissant. Simon aussi, montrait des signes évidents d’irritabilité. A fumer comme on le faisait, nous étions tous sur les nerfs, et ce qui devait arriver, arriva. A la mi novembre, il y eut un petit quiproquo ridicule entre Simon, moi et le proprio, qui s’envenima, et qui occasionna de nouveau un froid entre Simon et moi.

Quelles seront les conséquences de ce nouveau froid, selon vous...???

Il y eut d’abord la perte de moral du Biquet, et, la diminution forcée et importante de sa consommation de cannabis, affecta d’autant plus son irritabilité.

En décembre, il y eut une nouvelle dispute, cette fois entre Louis et le Biquet.

Biquet perd patience et décide de détruire tout le travail qu’il avait fait jusque là avec son Carrefour Lajeunesse, son site internet et tous les textes de ses chroniques, en plus de fermer ses boutiques. Ceci étant fait, il décida de couper l’internet à Louis, et ce dernier a naturellement décidé de récupérer son ordinateur, privant le Biquet de son unique loisir.

Biquet sombre de plus en plus dans l’abîme, se rend compte du problème et un soir, il se rend subito presto à l’urgence de l’hôpital pour consulter un psychiatre. Il attend cinq bonnes heures, il commence à en avoir vraiment marre. Le vieux monsieur assis à côté de moi me demande si ça va, je lui répond que si je n’étais pas appelé bientôt, que le lendemain les journaux parleraient à la une de cet hôpital. Il m’a compris, par gêne sans doute, il a fait celui qui décide d’aller faire une petite marche pour se dégourdir. Par le plus grand des hasard, je suis appelé moins de cinq minutes après son départ, pour me faire dire qu’il n’y a pas de psychiatre de disponible ce soir là. On prend toutefois rendez-vous pour le lendemain matin.

Le lendemain, la secrétaire du psychiatre m’appelle, pour me dire que je ne m’étais pas rendu dans le bon hôpital, que considérant mon adresse civique, je dépendais d’un autre centre hospitalier, et que je devrais au préalable m’adresser au CLSC ( centres locaux des services communautaires ) de mon quartier. Je suis complètement éteint. Je n’arrive plus à penser, je suis comme paralysé, encore heureux pour moi, car si j’avais pu agir, je l’aurais sans doute fait...

J’ai pleuré toute la journée. Heureusement pour moi, ma soeur Denise m’a téléphoné en fin de soirée. En se rendant compte de mon état, elle m’a tout de suite rassuré en me disant qu’elle serait auprès de moi au petit matin. Je l’ai attendu et au matin, c’est elle qui m’a conduit au CLSC local où j’ai pu rencontré une intervenante psychosociale. A partir de ce moment, plusieurs décisions seront à prendre...

 

À suivre pour le dernier épisode

Publié le 20/11/2007 à 18:03
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le lundi 19 novembre 2007

 
 

RÉCONCILIATION
Épisode 20

Les six premiers mois d’abstinence de Simon, ont été, vous vous en douterez sans doute, particulièrement pénibles pour lui. De mon côté, je refusais systématiquement de fraterniser avec lui, malgré ses tentatives de dialogues avec moi, lorsqu’on se rencontrait dans l’immeuble. Biquetto - Hyde demeurait inflexible et prenait toute la place, même si Biquetto - Jekyll, quant à lui, aurait souhaité un rapprochement.

Je n’étais tout simplement pas prêt à passer l’éponge. Il y avait trop de mauvais souvenirs frais à ma mémoire, dont la fameuse pression que Simon avait faite sur moi au mois d’octobre, pour que j’accepte de pardonner à Pierre ses frasques d’automne, prolongeant ainsi son séjour parmi nous de trois mois supplémentaires. Il y avait aussi ce souvenir encore plus pénible du rejet du Biquet du cercle de ses relations, et qui fut le prélude à la reprise de sa surconsommation d’alcool et de crack, sur une durée de plus de six semaines. Qu’en était-il maintenant? Était-il sérieux? Désirait-il fermement faire les efforts nécessaires pour se défaire de ses dépendances?

D’un autre côté, depuis ce fameux mois de novembre, Simon n’étant plus dans ma vie, mes deux fistons ont pu en profiter largement pour prendre toute la place disponible et renforcir leurs liens avec moi.

Mon voisin immédiat, Louis, était féru d’informatique et très adroit en électronique. Il pouvait réparer à peu près n’importe quoi. C’est lui qui a monté un ordinateur à partir de pièces recyclées, qui l’a configuré et programmé pour finalement l’installer chez moi, afin de me faire une occupation pour me changer les idées. Comme c’était aussi son gagne-pain, il y avait aussi un petit côté intéressé, évidemment.

J’avais tout ce qu’il y a de mieux en fait de logiciels, Louis était très bien équipé en la matière et si je désirais un logiciel qu’il n’avait pas en stock, sur CD, il ne s’en faisait pas outre mesure, il allait chercher ce qu’il voulait sur internet... J’ai pu ainsi obtenir Frontpage pour faire des sites internet et un super jeu d’échec pour faire plaisir à Papy Toutou, qui soit dit en passant est un très fort joueur, il a quand même une cote de 2000 points ELO, ce qui n’est pas rien.

Pour remercier et dédommager Louis, de tout le temps qu’il me consacrait, puisque c’était son gagne-pain, je me suis abonné à internet haute vitesse et je partageais ma connexion avec lui, sans rien lui charger.

Mon ordinateur est vite devenu un centre d’intérêt qui attirait en plus de mes deux fistons, Willy, le dernier grand frère qui me restait depuis l’expulsion de Gros Pierre.

Il venait chacun presque à tour de rôle.

Le matin c’était Louis qui venait prendre son café avec moi, après on fumait notre sempiternel petit joint de put ou de haschich, pendant qu’il me racontait ses frasques d’enfance. Il fut l’un de ces enfants de la rue, dont j’ai déjà parlé au cours d’une de mes chroniques antérieures.

L’après-midi je travaillais sur mon ordinateur. Je m’exerçais à la création de sites internet et j’avais déjà des plans d’écritures pour les Chroniques de la porte bleue... Au départ, la porte bleue n’était rien d’autre que la couleur de la porte du Carrefour Lajeunesse.

L’après-midi, j’avais de temps en temps aussi, la visite de Willy qui venait me parler de lui, mais aussi de Simon, car il avait encore ses entrées chez lui, de même que Papi Toutou. Simon tenait le coup, au delà de mes espérances. Il avait même commencé à fréquenter les Alcooliques Anonymes, Willy l’accompagnait parfois, pour l’encourager.

Le soir, c’était au tour de Papi et de Rocky de me rendre visite. Encore une fois, c’était les petits joints de put et les confidences, agrémentées à l’occasion par des nouvelles fraîches de Simon.

- J’viens de passer devant la porte patio de Simon, et j’l’é vu assis sur son fauteuil, les deux mains crispées sur les bras de son fauteuil. Y’avait les yeux presque exorbités à r’garder sa TV. I m’avait l’air comme enragé !!!


Ou bien il me disait avoir eu des conversations avec lui, qu’il en était rendu à 2, puis 3 et enfin 4 mois d’abstinence, qu’il allait toujours assidûment à ses meeting des A.A.

- Simon s’est informé de toé, Biquet !!! J’lui ai dit que tout allait bin pour toé !!!


Je répondis:

- On dirait bin qui va réussir a pâsser au travers !!!


Après quoi Papi Toutou, s’installait devant l’ordinateur pour jouer quelques parties d’échecs pendant que moi, je restais à admirer le maître, dans l’exécution de ses mouvements sur l’échiquier. Rocky, était comme de raison, bien installé sur mes genoux, pendant que je lui gratouillais les oreilles et la tête.

C’est au cours d’une de ces soirées, que Papi Toutou, lors d’un premier du mois, vint me retrouver après avoir bu quelques petits verres de rougeauds, et c’est avec un rire bien gras, qu’il se saisit de ma main gauche pour la baiser et me gratifier d’un: « Mes Hommages Dom Biquetto ». Je venais de gagner mon titre de noblesse.

Nous étions fin juin, lorsqu’un matin, en faisant mon ménage sur l’étage de Simon, ce dernier sorti de son appartement pour me demander si j’accepterais d’entrer pour prendre un café avec lui. Ma réponse vint sans ambages, je ne me fis nullement prié, cette fois.

Petit café, petits joints... Et longue, très longue discussion... Le ménage pouvait attendre jusqu’au lendemain.

 

Publié le 18/11/2007 à 23:22
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 18 novembre 2007

 

Gros dégueulasse
de Reiser

 

 

DÉPART DE GROS PIERRE
Épisode 19

 

 

Je fus réveillé en pleine nuit par les cris d’un Gros Pierre enragé et visiblement frustré. Il criait à travers la porte de Simon, pour que ce dernier lui ouvre et le laisse entrer, mais Simon, de toute évidence, ne voulait rien entendre. Avec la distance, et sa porte fermée, je ne pouvais pas comprendre ce qu’il répondait à Pierrot, mais soudainement ce dernier cria:

 

- Puisque cé comme çâ tu dormiras pâ s’te nuitte !!!

 

Et comme par hasard, le signal d’alarme pour les incendies s’est enclenché soudainement.

La journée du 4 janvier 2006 s’annonçait fertile en émotion. Pour l’instant, il n’était encore que 2 heures du matin.

Après avoir fait le tour de tout l’immeuble pour m’assurer qu’il n’y avait pas de fumée, j’ai, au cours de mon inspection, constaté que deux boîtes de contrôle pour le signal d’incendie, avaient été déclenchées, une, au deuxième étage et l’autre, au sous-sol, juste à côté de la porte de Gros Pierre. Ce dernier était justement au pas de sa porte et en bon comédien qu’il était, me demanda tout simplement, avec un sourire niais, s’il y avait le feu. Jimmy et Willy étaient sortis à leur tour pour s’enquérir de ce qui se passait.

 

- Cé-tu toé l’ivrogne qui a déclenché l’alarme ???

 

Le sourire niais s’est métamorphosé en rictus grimaçant et c’est avec une rapidité surprenante pour un homme de sa corpulence, qu’il s’est jeté sur moi pour me pousser violemment au plancher. Moi je voyais rouge, et profitant du fait que Willy et Jimmy retenaient Pierre tant bien que mal pour l’empêcher de se ruer à nouveau sur moi, je me suis relevé, pour à mon tour, me ruer sur Pierre et lui asséner un coup de pied à l’estomac. J’eus l’impression que mon pied entrait dans une masse de gélatine molle, n’ayant pour tout effet, que de le rendre encore plus enragé, donnant ainsi plus de fils à retordre à mes deux gardes du corps qui m’enjoignirent de remonter chez moi tout de suite.

Jusqu’à ce jour, je n’avais encore jamais frappé qui se soit; il y a un début à tout !!!

De retour chez moi, je n’eus d’autres choix que d’appeler le 911 pour signaler le déclenchement du système d’alarme.

C’est donc une équipe de pompiers qui s’est présentée sur place, accompagnée par deux policiers (réputation du Carrefour Lajeunesse oblige). Après s’être assuré qu’il n’y avait aucun incendie, les pompiers se sont occupés de neutraliser le système d’alarme et de remettre en état de fonctionnement, les deux boîtes de contrôle qui avaient été déclenchées. Comme ces deux boîtes avaient été déclenchées intentionnellement, une petite enquête s’en est suivie. Je leur ai raconté ma version des faits en précisant toutefois que je n’avais aucune preuve directe sur Gros Pierre. Ce dernier leur a dit de son côté, que c’était le concierge qui était responsable et qui essayait de lui faire passer le blâme sur le dos, par jalousie envers lui. Une grosse farce, quoi !!!

Gros Pierre a finalement reçu un simple avertissement de la part des policiers, et moi, je me suis vu signifier par un des policiers, « de retourner dans mon trou ». Ce même policier a dit à son confrère que c’était un immeuble de cinglés.

Je n’ai pu que lui répondre dans mon meilleur français:

 

- Je vous remercie infiniment de vous être donné la peine de vous déplacer dans ces circonstances. Et je tiens à vous remercier aussi pour votre amabilité !!!

 

Je n’eus aucune réponse de leur part et moi, je suis tout bonnement retourné dans mon trou, un peu meurtri toutefois, d’être considéré de la même façon que cet ivrogne.

Au matin, je suis descendu à mon habitude pour faire mon ménage; dès qu’il m’entendit travailler au sous-sol, Gros Pierre sorti aussitôt de chez lui pour s’en reprendre à moi, suivi aussitôt de Willy et de Jimmy pour le retenir à nouveau et m’enjoindre encore une fois de quitter les lieux.

 

- Lâ, c’est assez, tu vâ dékalisser d’icitte mon gros tabarnak !!!

 

- Ch’paris, la tapette, que tu vâ téléphoner au propriétaire pour te plaindre !!

 

Le temps que je monte au troisième étage, pour rejoindre mon appartement et téléphoner au propriétaire, Gros Pierre avait eu le temps de sortir à l’extérieur pour sectionner tous les câbles de téléphone. Il n’y avait plus aucune ligne fonctionnelle dans l’immeuble.

En redescendant avec l’idée de sortir pour téléphoner d’une cabine publique, j’ai croisé un Simon tout penaud qui m’annonça qu’il avait eu le propriétaire au téléphone sur son cellulaire et que ce dernier désirait me parler. Je suis entré chez Simon, pour téléphoner, et à partir de ce moment, tout alla très vite. Peu de temps après, Gros Pierre a été, non pas expulsé, mais déménagé dans une autre maison de chambres, loin, très loin du Carrefour Lajeunesse. Simon avait été témoin du manège de Pierre, qui devait passer devant sa fenêtre pour aller couper les fils téléphoniques, et comme il avait un sécateur à la main, on le tenait enfin.

Ce qui s’était passé la veille, c’est tout simple. Après une dernière beuverie chez Simon, ce dernier a décidé que s’en était assez, même les dernières roches de crack qu’il partageait régulièrement avec Pierre le dégoûtait, surtout quand il passait la pipe à Pierre et qu’il voyait ce dernier grimacer et baver un long filet de jus blanchâtre, lorsqu’il retirait la pipe de sa bouche pour la lui remettre.

Comme il me le raconta plus tard, suite à notre réconciliation, c’est cette image du Pierre grimaçant et bavant qui l’aidait à s’enlever de la tête, le goût de fumer du crack. Il n’empêche que la veille, il y eut une dispute entre les deux, et que Simon, fatigué, décida de mettre le Gros à la porte, même s’il restait encore une pleine caisse de 24 bières non entamées. Après avoir récupéré de son trip de crack, Gros Pierre s’était rappelé de cette fameuse caisse de bière et il voulait que Simon lui ouvre la porte pour pouvoir continuer la fiesta avec lui, mais Simon désirait dormir... C’est suite à cela qu’il y eut cette fameuse crise de Pierre, suivi du déclenchement de l’alarme...

Mon attitude envers Simon va toutefois demeurer très froide jusqu’en juillet, malgré les quelques tentatives timides de dialogues qu’il fit pendant ces six premiers mois de la nouvelle année 2006, six mois d’abstinence qui seront pour lui, un véritable enfer.

 

Publié le 16/11/2007 à 01:41
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le jeudi 15 novembre 2007





LE PANIER DE NOËL
Épisode 18



 

L’année 2005 a été en soit une année fertile en expériences de toutes sortes. Je vous rappelle cette parenthèse que j’avais ouverte lors de l’épisode numéro 9, où je parlais de ma réconciliation avec le papa de Rocky, suite à la disparition temporaire de ce dernier.

Le Biquet, même s’il avait été « temporairement » rejeté par Simon, n’en était pas pour autant isolé. Le papa de Rocky, mon ex « meilleur ami » a vite retrouvé son statut de « meilleur ami » officiel au Carrefour Lajeunesse, au grand plaisir de Rocky qui pouvait voir ainsi plus souvent, son tonton adoré.

Malgré cet épisode malheureux de novembre, Biquetto-Jeckyll était demeuré bien sagement à son poste, et de relativement bonne humeur, malgré la grisaille de l’automne et l’hiver qui se préparait tout doucement. Cependant, Biquetto-Hyde ne manquait jamais une occasion de sortir de son antre, lorsqu’il devait s’approcher des portes de Simon et de Gros Pierre, lorsqu’il faisait son ménage ou lorsqu’il avait à faire la collecte d’un loyer (autre que celui de Pierre et de Simon, qui étaient toujours collectés par le propriétaire en personne, pour les contrôler). Il leur susurrait alors de douces paroles:
 

- Comment ça, Jimmy... Tu m’dis que t’as pas d’argent pour payer ton loyer, malgré les tonnes de bières que tu vends à nos deux ivrognes... Tu m’feras pas accroire que tu fais crédit à ces deux têtes de crack !!!

- Salut Willy... Nos deux ivrognes ont fêté fort hier soir !!!


Et d’autres gentillesses du même genre, voyez-vous? Biquetto - Hyde parlait toujours fort et clair pour être bien certain que nos deux bozos entendent bien ses propos. Car n’oubliez pas que la fiesta orgiaque de bière et de crack a duré jusqu’au 4 janvier, chez Simon.

Enfin, Noël approchait à grands pas. Il était déjà prévu que je passe une partie de la période des Fêtes dans ma famille, comme à tous les ans. Mais, cette année là, j’avais envie de faire un petit spécial en compagnie de Papy Toutou et de Rocky, alias Jappy Toutou. On voulait se faire un repas de Noël bien à nous, au Carrefour Lajeunesse.

Mais pour ce faire le Biquet devait passer outre son orgueil, afin de s’inscrire pour la distribution des fameux paniers de Noël.

Heureusement que j’avais mon ami Willy avec moi. C’était un habitué des banques alimentaires et c’était lui qui me bottait presque le cul, pour que j’avance vers la gentille dame qui nous recevait, le jour de la distribution, au sous-sol de l’église du quartier.

J’ai eu droit à deux pleins sacs de victuailles, en plus d’un bon d’achat de 30$ que je n’avais qu’à présenter à l’épicerie qui était inscrite sur le document, en guise de paiement, des achats supplémentaires que je pouvais y faire.

Je n’avais sans doute pas choisi le bon moment pour me présenter à l’épicerie avec mon bon d’achat. C’était le 23 décembre au soir, peu de temps avant la fermeture. Comme il se doit, je me suis présenté à la caisse, et sa préposée a poinçonné tous mes achats. Le montant global était juste en dessous des trente dollars, j’étais soulagé. J’ai alors présenté mon bon d’achat à la caissière qui m’a regardé en me fusillant du regard.

Ce que j’ignorais, c’est que je devais présenter mon bon d’achat avant qu’elle ne commence à poinçonner, car les achats à paiements différés étaient comptabilisés dans un registre différent de celui des achats à paiements réguliers. La caissière devait tout annuler et recommencer tout le processus.

L’angoisse...


À la droite, mesdames et messieurs, pesant près de 200 livres (90 kilos), une caissière courroucée qui avait sans doute très hâte d’en finir avec sa journée de travail.

À la gauche, et devant peser un poids à peu près équivalent, trois petites vieilles, toutes fripées et toutes aussi courroucées, qui me toisaient de façon méprisante. Je les retardais peut-être dans leurs préparatifs du temps des Fêtes.

Et au centre, un pauvre petit B.S. tout penaud, d’à peine 150 livres (68 kilos), ne sachant plus où se cacher tellement il se sentait gêner...


Enfin, j’ai pu m’en tirer sans recevoir de KO.

Mon souper de Noël fut un franc succès, mon copain avait acheté avec son bon d’achat, 3 bouteilles de vins, et qui plus est, il fournissait la marijane.

Soirée à discuter calmement, bienheureusement. Deux petits bedons bien repus, qui sirotaient leur pinard en fumant leur petit joint. Et un autre petit bedon tout aussi repu qui dormait sur les genoux de tonton Biquet.

Il y avait quand même des bons moments au Carrefour Lajeunesse !!!

Publié le 14/11/2007 à 06:03
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mardi 13 novembre 2007

 

 

TRIP ULTIME
Épisode 17



C’était écrit, que la bonne entente revenue entre le Gros Pierre et moi, ne ferait qu’un court moment.

Quand j’avais connu Pierre au tout début de mon séjour au Carrefour Lajeunesse, il ne consommait que de la bière et c’était déjà un problème. Désormais, avec la présence de Simon comme voisin immédiat, la tentation était devenue trop forte pour Pierrot, et les occasions de discordes ne pouvaient aller qu’en s’accroissant, dès l’instant que le Biquet entrerait dans l’univers de Simon.

Peu de temps avant mon arrivée au Carrefour, le propriétaire avait déjà servi un sérieux avertissement à Pierre concernant sa consommation de crack. Quand il fumait cette substance, il passait son temps à faire des problèmes avec ses voisins. L’ultimatum qu’il avait alors reçu, était sans équivoque, c’était le crack ou la porte!!! La menace était suffisamment sérieuse pour que Pierre se tienne tranquille, plusieurs mois durant.

Le plus curieux dans cette histoire, c’était que Simon, qui causait des problèmes dans une autre de ses maisons de chambres, s’était vu forcé par ce même propriétaire, de déménager au Carrefour Lajeunesse, avec l’avertissement de cesser le crack lui aussi. Et nos deux compères étaient voisins. Nous étions en juillet 2004.

Au début, tout allait bien. Le propriétaire venait voir Simon régulièrement, sans s’annoncer, pour s’assurer qu’il ne consommait pas. Simon avait même arrêté la consommation de bière. Après un certain temps, se considérant sans doute satisfait, les contrôles n’ont plus été que mensuels, soit le jour du loyer.

Gros Pierre, connaissait Simon de réputation, il savait que si ce dernier retouchait à la bière, le crack allait suivre presque aussitôt, et que lui, Gros Pierre, pourrait en profiter, car Simon n’aime pas boire seul; il y avait toujours une nuée de prédateurs dont je vous ai parlé à la chronique précédente, et qui bourdonnait autour de lui pour s’approprier les restes potentiels, quand Simon avait finalement perdu la carte et qu’il sombrait dans l’inconscience.

Le plan de Gros Pierre était tout simple; comme Simon s’ennuyait à mourir, seul dans sa chambre, Pierre n’avait qu’à l’inviter à le rejoindre chez lui pour discuter comme deux bons voisins. Naturellement il ne manquerait pas d’offrir quelques bières à Simon... Il pouvait se permettre ce petit sacrifice, car il le savait, les dividendes seraient très intéressants pour lui.

Et il en a bien profité pendant plusieurs mois avant que le Biquet n’entre dans le décor au printemps 2005.

Gros Pierre ne voyait donc pas d’un bon oeil, la présence du Biquet modérateur, venir perturber ses petites magouilles. D’autant plus que la présence du Biquet amenait parfois Simon à arrêter pour quelques jours, parfois même pour une semaine complète, la consommation et de bière et de crack.

Dans ces moments que je dirais privilégiés que je passais avec mon ami Simon, on se contentait tous les deux de ne boire que des boissons sans alcool, ce qui diminuait l’envie du crack chez Simon. En revanche, on continuait à consommer la marijuana en grande quantité, ce qui lui permettait de tenir le coup. On parlait beaucoup tous les deux. Pierre était généralement exclus dans ces moments là. Et pire que tout, Simon lui a un jour signifié qu’il ne voulait plus le voir chez lui.

Lors de l’automne 2005, la frustration de Pierre envers le Biquet, a atteint son paroxysme.

Un soir, l’ouragan Pierre a déferlé sur le Carrefour Lajeunesse avec une violence sans précédent, mais cette fois, comme j’étais l’employé du propriétaire, il n’a pas osé sans prendre à moi de façon trop directe, tout au plus une taloche derrière la tête qui m’a tout de même fait voir quelques étoiles, et comme j’étais le concierge, il a décidé de me donner un surplus de travail.

Les plantes et la terre des plates-bandes qu’il y avaient à l’extérieur, ainsi que des détritus de toutes sortes, se sont trouvés comme souffler par un vent violent et disperser à la grandeur de l’immeuble. Ce n’était que cris et vociférations, personne n’osait plus sortir de chez soi. Tous les murs ont eu droit à ses coups de poings, plusieurs portes ont tremblé sous la violence de ses coups de pieds. Et pour couronner le tout, c’est à coup de ballet, qu’il a fracassé quelques luminaires.

Je n’eus d’autre choix que d’appeler le propriétaire à la rescousse, pour qu’il se charge de calmer son protégé, car appeler la police était très mal vu au Carrefour Lajeunesse.

Le propriétaire n’est venu que le lendemain, pour ne donner, qu’à contrecoeur, à un Pierre tout penaud, un avis d’expulsion « verbal », qui devait être effectif pour la fin d’octobre 2005.

Comme je m’y attendais, Pierre a si bien braillé sa cause auprès du proprio, que ce dernier a finalement décidé ce qui suit; Pierre pourrait rester au Carrefour Lajeunesse, si les deux conditions suivantes étaient respectées:



Pierre devait offrir ses excuses en personne, à tous les locataires de l’immeuble.

Même si Pierre obtenait le pardon de tous les locataires, la décision finale de garder ou d’expulser le Gros Pierre, reviendrait au concierge, en l’occurrence, votre humble serviteur, puisque j’étais la principale victime. J’ai trouvé cela un peu vache !!!

 


Au début, tout de suite après la tempête, il y eut une quasi unanimité pour que Pierre parte, je me sentais donc conforté dans ma décision de le faire expulser.

Mais Pierre avait l’air si malheureux, si piteux, que tous les consommateurs de crack pouvaient comprendre sa frustration et son comportement, y compris Simon qui se culpabilisait de ce qui s’était passé.

Simon a permis a Pierre de revenir chez lui, faisant ainsi pression sur moi, et j’ai cédé, je lui ai pardonné pour faire plaisir à Simon.

Pierre a ainsi obtenu un sursis, qui comme on le verra bientôt, sera de courte durée.

Un après-midi de novembre 2005, alors que j’étais chez Simon en compagnie également de Pierre, ce dernier me dit:

 

On l’sé ben toé, Réjean qu’tu viens chez Simon dans l’seul but d’fumer son put...

 

J’ai trouvé la remarque profondément blessante, d’autant plus que je contribuais souvent avec mon propre argent, et que tout le monde savait que Simon passait son temps à m’appeler pour que je descende fumer avec lui.

Mais ce qui m’a surtout laissé perplexe, c’est le fait que Simon n’ait pas réagis à ce commentaire de Gros Pierre. Que ce passait-il, Gros Pierre aurait-il usé de son venin ?

Le soir même, Simon m’a rappelé chez moi pour m’inviter à le rejoindre. Il avait un air bizarre. Il me fit comprendre à mots à peine couverts, que je lui coûtait trop cher et qu’il valait mieux qu’on arrête de se voir.

J’étais évidemment sous le choc d’entendre ces paroles, moi qui ne fumait que du cannabis alors que les autres profitaient à profusion d’une drogue qui lui coûtait nettement plus cher. Je comprenais toutefois, que je n’y pouvais rien, que le venin avait sans doute fait son effet et que tout de suite après mon départ, l’orgie de crack allait recommencer, une orgie qui je le su plus tard, allait durer jusqu’au 4 janvier 2006.

Simon se payait son dernier trip avant d’entamer son sevrage... Ma présence le gênait sans doute.

 

A SUIVRE...

 

Publié le 11/11/2007 à 21:49
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 11 novembre 2007

 

 

 

MARIE-JEANNE LA DOUCE
Épisode 16

 

La consommation abusive de drogues ou d’alcool n’est pas en soit, un motif d’expulsion au Carrefour Lajeunesse. Si tel avait été le cas, Gros Pierre et d’autres aussi, auraient pu être expulsés à maintes occasions.

En règle générale, si le locataire consomme, mais qu’il le fait dans le respect de ses voisins, il n’y a pas de problème.

Si le locataire dérange ses voisins, mais qu’il est en bon terme avec le propriétaire, il se verra vertement réprimandé, et si la situation se calme, il n’y a pas de problème non plus, il pourra poursuivre son séjour au Carrefour Lajeunesse; dans le cas contraire, le propriétaire va tout simplement séparer les belligérants, en déménageant l’un de ceux-ci dans une autre de ses maisons de chambres, le plus loin possible du Carrefour Lajeunesse.

Dans le cas de la dispute entre Gros Pierre et Biquetto, le changement d’étage de Gros Pierre s’était avéré, pour le moment du moins, amplement suffisant, et entraîna même une période très heureuse pour le Biquetto au sein du Carrefour Lajeunesse.

Cependant, après sa réconciliation avec Gros Pierre, la consommation de cannabis du Biquetto s’est accrue à vitesse exponentielle, car Biquetto a fait la connaissance de son très grand ami, Simon.

Actuellement, je me suis débarrassé de cette mauvaise habitude, qu’est l’abus de l’alcool et des drogues, mais ce faisant, j’ai été mis dans l’obligation de tirer un trait sur certaines amitiés auxquelles je tenais beaucoup. C’est cela qui est le plus difficile à vivre, surtout, quand l’un de ces amis délaissés, nous est particulièrement cher.

J’ai commencé à fréquenter mon ami Simon, au printemps 2005 et la chimie a très vite opéré entre nous deux. Bien qu’hétérosexuel, il ne s’est jamais formalisé du fait que moi, le gay, j’étais tombé amoureux de lui. On était presque toujours ensemble, et quand il s’absentait de chez lui, la première chose qu’il faisait en rentrant, c’était de me téléphoner pour que je descende le rejoindre afin de fumer un joint avec lui. Il lui arrivait même de m’appeler en pleine nuit, lorsqu’il n’arrivait pas à dormir et qu’il avait envie de compagnie. On pouvait rester ensemble pour parler des heures durant. Les sujets de conversations étaient presque toujours les mêmes, on parlait de nos joies, de nos peines, des difficultés qu’on vivait chacun de notre côté, de nos dépendances et de nos rêves.

Ce que j’aimais plus que tout, c’était être avec lui, peu importe les circonstances. Je ne portais jamais de jugement sur sa consommation excessive de bières, de marijuana et de crack.

Pour être sur le même niveau que lui, je n’avais pas besoin de boire autant de bières que lui, ni même de fumer autant de marijuana, mais je consommais tout de même, de plus en plus. Gros Pierre se joignait souvent à nous, surtout si Simon avait fait un peu d’argent et qu’il l’avait entièrement dépensé en cocaïne. C’est Pierre qui se chargeait de faire l’extraction de la cocaïne pure sous forme de roches, qu’ils se partageaient ensuite en la fumant chacun avec sa petite pipe à crack. J’étais le seul à ne pas y toucher.

À au moins deux reprises toutefois, j’ai eu envie d’essayer pour voir ce que ressentait mon ami. La première fois, c’était lui qui me l’avait offert, mais j’avais alors refusé. Je venais de voir le Gros Pierre le visage tout en grimace, sous l’effet de cette merde et ce fut suffisant pour m’en dissuader. La deuxième fois, c’est moi qui lui avait demandé pour prendre un bouffée de fumée à même sa pipe, cette fois, Simon a eu assez de lucidité pour m’en empêcher. Il n’eût qu’à me dire que si je m’embarquais dans cette merde à mon tour, qu’on ne serait plus des amis.

Évidemment, quand il était sous l’effet du crack, il n’y avait plus de dialogue possible. Ce n’était plus qu’un légume. Je restais néanmoins sur place, pour veiller sur lui, car généralement, il y avait une nuée de profiteurs qui bourdonnait autour de Simon pour s’accaparer d’une partie du butin, voir même de son argent. Quand tout le monde était parti et que Simon était endormi, je quittais finalement les lieux en verrouillant soigneusement sa porte avec la clef que je possédais.

Les relations n’ont pas toujours été au beau fixe entre nous, cependant. Vous pouvez facilement vous imaginer l’effet dévastateur que le crack et l’abus de la boisson peuvent avoir sur le caractère d’un individu. On s’est disputé à deux reprises et on a cessé de se fréquenter le même nombre de fois.

Simon cherchait à se sortir de sa dépendance par ses propres moyens. Comme j’étais trop mère poule, j’avais le don de lui taper sur les nerfs durant sa période de sevrage. Aussi, de novembre 2005 à juillet 2006, nous avons coupé tous les ponts. L’aide dont il avait besoin, il a préféré la trouver auprès des alcooliques anonymes. Quand il ne buvait pas, il n’éprouvait pas la même attirance pour le crack, la marijuana lui suffisait amplement, mais il en consomme en quantité quasi industrielle.

Nous avons repris nos relations en juillet 2006. Simon en était à son sixième mois d’abstinence complète à la boisson et au crack.

Cependant, je fumais énormément de marijuana, quand j’étais en sa compagnie, et les autres, quand je n’étais pas avec Simon, en profitaient pour venir chez moi, et me faire profiter à leur tour de leurs petits joints. Le Biquetto était « gelé » du matin au soir. Cela finira par avoir une sérieuse incidence sur mon état mental...

 

A SUIVRE...

 

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