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Publié le 07/11/2007
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le mercredi 7 novembre 2007

 


Pipe artisanale pour fumer le crack
et roches de crack

MARK
Épisode 15

 

Mark est originaire de la Nouvelle Écosse, une des provinces maritimes de l’est du Canada. Bien que son père soit Montréalais d’origine et francophone, Mark ne connaissait que quelques mots de français en arrivant au Carrefour Lajeunesse, puisqu’il avait passé toute son enfance dans un milieu unilingue anglais et que sa mère est également anglophone. Il vivait donc dans une famille nord-américaine typique, financièrement aisée. Il s’agit aussi, d’une de ces nombreuses familles scindées en deux par le divorce des parents, le père étant retourné vivre dans la maison qu’il possédait en banlieue de Montréal, le garçon quant à lui était resté avec sa mère en Nouvelle Écosse.

Les ados sont facilement influençables, et de nos jours, ils peuvent se laisser entraîner à consommer de la drogue de plus en plus jeunes. Dans le cas de Mark, c’est du crack, dont il est tombé accroc. Je ne connais que peu de choses de son passé, tout ce que je sais, c’est qu’avant d’aboutir à Montréal, il a fait un séjour de quelques mois dans une prison de la Nouvelle-Angleterre, pour un problème lié justement à la drogue.

Il s’était présenté au Carrefour Lajeunesse, en quête d’un logement; c’était un avant-midi, et il était accompagné de son père qui lui servait d’interprète. Il s’est finalement installé sur mon étage, dans l’ancienne chambre de Pierrot qui était à nouveau libre. Le père avait pris entente avec le gérant, moi je n’avais qu’à remettre les clefs. De ce que j’avais compris de l’histoire, après avoir passé par une cure de désintoxication, à sa sortie de prison, le père, pour aider son fils à redémarrer sur le bon pied, aurait payé le premier mois de loyer, l’aurait aidé dans ses démarches pour l’obtention de l’aide sociale, le temps qu’il se trouve du boulot, et il lui a fourni, télévision, micro-onde, radio, vaisselles, etc...

Mais, ce qui devait arriver arriva, son chèque n’était pas sitôt déposé sur son compte bancaire, lors de ce fameux jour « J », que notre jeunot recevait systématiquement toutes les fins de mois, la visite d’un jeune noir, et je les ai vus à deux reprises au moins, partir ensemble pour où... la banque, naturellement, puisque au petit matin, il était déjà dans l’incapacité de payer son loyer. Au début il nous disait qu’il avait un travail, qu’il devait justement aller travailler et qu’à son retour, il pourrait nous payer la première moitié du loyer. Il a finalement réussi à nous payer tant bien que mal en deux versements, à chaque fois, ses deuxième et troisième mois parmi nous. Mon nouveau voisin, dans la chambre contiguë à mon appartement, et qui était arrivé en janvier 2005, me fit part qu’à plusieurs reprises, il avaient vu entrer et ressortir peu de temps après être entré, un noir à l’allure un peu louche, de la chambre de Mark.

Quand mes garçons me parlent de types à l’allure louche, j’accorde beaucoup de crédit à leur instinct. Il était devenu clair pour tout le monde, que Mark était lié de quelques façons que ce soit, à un gang de rue, soit en tant que client, soit en tant que victime ou soit les deux possibilités... Ce fameux travail, dont je n’ai jamais pu rien savoir, qu’elle était-il. Il était toujours évasif et presque apeuré à l’expression de son regard.

Mark était majeur, à peine 18 ou 19 ans, mais avec sa petite gueule d’ange, il en paraissait à peine 16, une victime idéale pour un gang spécialisé dans la prostitution juvénile.

Vint finalement le début du quatrième mois, avec la même incapacité de payer. Cette fois, une semaine a passé, sans argent, la deuxième semaine a passé, et toujours pas d’argent. Je lui ai demandé s’il travaillait toujours, il me dit que non... Il avait pratiquement les larmes aux yeux. Et moi, j’avais le gérant de l’immeuble qui me poussait dans le dos pour que je fasse pression sur lui. Le 14 du mois, le gérant m’a demandé de lui dire que si nous n’avions pas l’argent au plus tard le lendemain, qu’il recevrait son avis d’expulsion.

Le gérant s’est présenté en personne le lendemain, il a frappé à la porte de Mark et n’obtint aucune réponse. Nous avons ouvert la porte pour vérifier si ce dernier n’avait pas foutu le camp, et comme de fait, il était parti avec tous ses vêtements, en laissant sur place, tous les objets, télévision, radio, chaudron, vaisselles, etc., que son père lui avait donnés. Devant cet état de fait, le gérant a immédiatement pris la décision de changer la serrure, forçant ainsi Mark à le contacter personnellement, s’il désirait soit réintégrer les lieux ou soit récupérer ses effets personnels. Je ne l’ai jamais revu, et à la fin du mois, tous ses biens ont été entreposés selon la procédure usuelle dont je vous ai déjà parlée dans l’épisode précédent.

Par la suite, à deux reprises, j’ai reçu la visite d’un inspecteur de police qui était à sa recherche. Je ne pouvais que lui dire que Mark avait foutu le camp, et que j’ignorais où on pouvait le trouver. Cet inspecteur travaillait justement sur le cas d’une jeune fille blanche et mineure qui se tenait avec un gang de rue, et d’après ses informations, Mark aurait été vu en sa compagnie, d’où les questions qu’on désirait lui poser pour essayer de retrouver cette enfant. De là à penser que Mark avait quelques choses à voir dans la disparition de cette fille, je ne sais pas. Mais je serais enclin à croire qu’ils avaient tous les deux, le même problème... Je ne le saurai sans doute jamais !!!

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