Par Réjean Mélançon
Rédigé le dimanche 18 novembre 2007
Gros dégueulasse
de Reiser
DÉPART DE GROS PIERRE
Épisode 19
Je fus réveillé en pleine nuit par les cris d’un Gros Pierre enragé et visiblement frustré. Il criait à travers la porte de Simon, pour que ce dernier lui ouvre et le laisse entrer, mais Simon, de toute évidence, ne voulait rien entendre. Avec la distance, et sa porte fermée, je ne pouvais pas comprendre ce qu’il répondait à Pierrot, mais soudainement ce dernier cria:
- Puisque cé comme çâ tu dormiras pâ s’te nuitte !!!
Et comme par hasard, le signal d’alarme pour les incendies s’est enclenché soudainement.
La journée du 4 janvier 2006 s’annonçait fertile en émotion. Pour l’instant, il n’était encore que 2 heures du matin.
Après avoir fait le tour de tout l’immeuble pour m’assurer qu’il n’y avait pas de fumée, j’ai, au cours de mon inspection, constaté que deux boîtes de contrôle pour le signal d’incendie, avaient été déclenchées, une, au deuxième étage et l’autre, au sous-sol, juste à côté de la porte de Gros Pierre. Ce dernier était justement au pas de sa porte et en bon comédien qu’il était, me demanda tout simplement, avec un sourire niais, s’il y avait le feu. Jimmy et Willy étaient sortis à leur tour pour s’enquérir de ce qui se passait.
- Cé-tu toé l’ivrogne qui a déclenché l’alarme ???
Le sourire niais s’est métamorphosé en rictus grimaçant et c’est avec une rapidité surprenante pour un homme de sa corpulence, qu’il s’est jeté sur moi pour me pousser violemment au plancher. Moi je voyais rouge, et profitant du fait que Willy et Jimmy retenaient Pierre tant bien que mal pour l’empêcher de se ruer à nouveau sur moi, je me suis relevé, pour à mon tour, me ruer sur Pierre et lui asséner un coup de pied à l’estomac. J’eus l’impression que mon pied entrait dans une masse de gélatine molle, n’ayant pour tout effet, que de le rendre encore plus enragé, donnant ainsi plus de fils à retordre à mes deux gardes du corps qui m’enjoignirent de remonter chez moi tout de suite.
Jusqu’à ce jour, je n’avais encore jamais frappé qui se soit; il y a un début à tout !!!
De retour chez moi, je n’eus d’autres choix que d’appeler le 911 pour signaler le déclenchement du système d’alarme.
C’est donc une équipe de pompiers qui s’est présentée sur place, accompagnée par deux policiers (réputation du Carrefour Lajeunesse oblige). Après s’être assuré qu’il n’y avait aucun incendie, les pompiers se sont occupés de neutraliser le système d’alarme et de remettre en état de fonctionnement, les deux boîtes de contrôle qui avaient été déclenchées. Comme ces deux boîtes avaient été déclenchées intentionnellement, une petite enquête s’en est suivie. Je leur ai raconté ma version des faits en précisant toutefois que je n’avais aucune preuve directe sur Gros Pierre. Ce dernier leur a dit de son côté, que c’était le concierge qui était responsable et qui essayait de lui faire passer le blâme sur le dos, par jalousie envers lui. Une grosse farce, quoi !!!
Gros Pierre a finalement reçu un simple avertissement de la part des policiers, et moi, je me suis vu signifier par un des policiers, « de retourner dans mon trou ». Ce même policier a dit à son confrère que c’était un immeuble de cinglés.
Je n’ai pu que lui répondre dans mon meilleur français:
- Je vous remercie infiniment de vous être donné la peine de vous déplacer dans ces circonstances. Et je tiens à vous remercier aussi pour votre amabilité !!!
Je n’eus aucune réponse de leur part et moi, je suis tout bonnement retourné dans mon trou, un peu meurtri toutefois, d’être considéré de la même façon que cet ivrogne.
Au matin, je suis descendu à mon habitude pour faire mon ménage; dès qu’il m’entendit travailler au sous-sol, Gros Pierre sorti aussitôt de chez lui pour s’en reprendre à moi, suivi aussitôt de Willy et de Jimmy pour le retenir à nouveau et m’enjoindre encore une fois de quitter les lieux.
- Lâ, c’est assez, tu vâ dékalisser d’icitte mon gros tabarnak !!!
- Ch’paris, la tapette, que tu vâ téléphoner au propriétaire pour te plaindre !!
Le temps que je monte au troisième étage, pour rejoindre mon appartement et téléphoner au propriétaire, Gros Pierre avait eu le temps de sortir à l’extérieur pour sectionner tous les câbles de téléphone. Il n’y avait plus aucune ligne fonctionnelle dans l’immeuble.
En redescendant avec l’idée de sortir pour téléphoner d’une cabine publique, j’ai croisé un Simon tout penaud qui m’annonça qu’il avait eu le propriétaire au téléphone sur son cellulaire et que ce dernier désirait me parler. Je suis entré chez Simon, pour téléphoner, et à partir de ce moment, tout alla très vite. Peu de temps après, Gros Pierre a été, non pas expulsé, mais déménagé dans une autre maison de chambres, loin, très loin du Carrefour Lajeunesse. Simon avait été témoin du manège de Pierre, qui devait passer devant sa fenêtre pour aller couper les fils téléphoniques, et comme il avait un sécateur à la main, on le tenait enfin.
Ce qui s’était passé la veille, c’est tout simple. Après une dernière beuverie chez Simon, ce dernier a décidé que s’en était assez, même les dernières roches de crack qu’il partageait régulièrement avec Pierre le dégoûtait, surtout quand il passait la pipe à Pierre et qu’il voyait ce dernier grimacer et baver un long filet de jus blanchâtre, lorsqu’il retirait la pipe de sa bouche pour la lui remettre.
Comme il me le raconta plus tard, suite à notre réconciliation, c’est cette image du Pierre grimaçant et bavant qui l’aidait à s’enlever de la tête, le goût de fumer du crack. Il n’empêche que la veille, il y eut une dispute entre les deux, et que Simon, fatigué, décida de mettre le Gros à la porte, même s’il restait encore une pleine caisse de 24 bières non entamées. Après avoir récupéré de son trip de crack, Gros Pierre s’était rappelé de cette fameuse caisse de bière et il voulait que Simon lui ouvre la porte pour pouvoir continuer la fiesta avec lui, mais Simon désirait dormir... C’est suite à cela qu’il y eut cette fameuse crise de Pierre, suivi du déclenchement de l’alarme...
Mon attitude envers Simon va toutefois demeurer très froide jusqu’en juillet, malgré les quelques tentatives timides de dialogues qu’il fit pendant ces six premiers mois de la nouvelle année 2006, six mois d’abstinence qui seront pour lui, un véritable enfer.










