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Publié le 20/11/2007
Par Réjean Mélançon

Par Réjean Mélançon
Rédigé le lundi 19 novembre 2007

 
 

RÉCONCILIATION
Épisode 20

Les six premiers mois d’abstinence de Simon, ont été, vous vous en douterez sans doute, particulièrement pénibles pour lui. De mon côté, je refusais systématiquement de fraterniser avec lui, malgré ses tentatives de dialogues avec moi, lorsqu’on se rencontrait dans l’immeuble. Biquetto - Hyde demeurait inflexible et prenait toute la place, même si Biquetto - Jekyll, quant à lui, aurait souhaité un rapprochement.

Je n’étais tout simplement pas prêt à passer l’éponge. Il y avait trop de mauvais souvenirs frais à ma mémoire, dont la fameuse pression que Simon avait faite sur moi au mois d’octobre, pour que j’accepte de pardonner à Pierre ses frasques d’automne, prolongeant ainsi son séjour parmi nous de trois mois supplémentaires. Il y avait aussi ce souvenir encore plus pénible du rejet du Biquet du cercle de ses relations, et qui fut le prélude à la reprise de sa surconsommation d’alcool et de crack, sur une durée de plus de six semaines. Qu’en était-il maintenant? Était-il sérieux? Désirait-il fermement faire les efforts nécessaires pour se défaire de ses dépendances?

D’un autre côté, depuis ce fameux mois de novembre, Simon n’étant plus dans ma vie, mes deux fistons ont pu en profiter largement pour prendre toute la place disponible et renforcir leurs liens avec moi.

Mon voisin immédiat, Louis, était féru d’informatique et très adroit en électronique. Il pouvait réparer à peu près n’importe quoi. C’est lui qui a monté un ordinateur à partir de pièces recyclées, qui l’a configuré et programmé pour finalement l’installer chez moi, afin de me faire une occupation pour me changer les idées. Comme c’était aussi son gagne-pain, il y avait aussi un petit côté intéressé, évidemment.

J’avais tout ce qu’il y a de mieux en fait de logiciels, Louis était très bien équipé en la matière et si je désirais un logiciel qu’il n’avait pas en stock, sur CD, il ne s’en faisait pas outre mesure, il allait chercher ce qu’il voulait sur internet... J’ai pu ainsi obtenir Frontpage pour faire des sites internet et un super jeu d’échec pour faire plaisir à Papy Toutou, qui soit dit en passant est un très fort joueur, il a quand même une cote de 2000 points ELO, ce qui n’est pas rien.

Pour remercier et dédommager Louis, de tout le temps qu’il me consacrait, puisque c’était son gagne-pain, je me suis abonné à internet haute vitesse et je partageais ma connexion avec lui, sans rien lui charger.

Mon ordinateur est vite devenu un centre d’intérêt qui attirait en plus de mes deux fistons, Willy, le dernier grand frère qui me restait depuis l’expulsion de Gros Pierre.

Il venait chacun presque à tour de rôle.

Le matin c’était Louis qui venait prendre son café avec moi, après on fumait notre sempiternel petit joint de put ou de haschich, pendant qu’il me racontait ses frasques d’enfance. Il fut l’un de ces enfants de la rue, dont j’ai déjà parlé au cours d’une de mes chroniques antérieures.

L’après-midi je travaillais sur mon ordinateur. Je m’exerçais à la création de sites internet et j’avais déjà des plans d’écritures pour les Chroniques de la porte bleue... Au départ, la porte bleue n’était rien d’autre que la couleur de la porte du Carrefour Lajeunesse.

L’après-midi, j’avais de temps en temps aussi, la visite de Willy qui venait me parler de lui, mais aussi de Simon, car il avait encore ses entrées chez lui, de même que Papi Toutou. Simon tenait le coup, au delà de mes espérances. Il avait même commencé à fréquenter les Alcooliques Anonymes, Willy l’accompagnait parfois, pour l’encourager.

Le soir, c’était au tour de Papi et de Rocky de me rendre visite. Encore une fois, c’était les petits joints de put et les confidences, agrémentées à l’occasion par des nouvelles fraîches de Simon.

- J’viens de passer devant la porte patio de Simon, et j’l’é vu assis sur son fauteuil, les deux mains crispées sur les bras de son fauteuil. Y’avait les yeux presque exorbités à r’garder sa TV. I m’avait l’air comme enragé !!!


Ou bien il me disait avoir eu des conversations avec lui, qu’il en était rendu à 2, puis 3 et enfin 4 mois d’abstinence, qu’il allait toujours assidûment à ses meeting des A.A.

- Simon s’est informé de toé, Biquet !!! J’lui ai dit que tout allait bin pour toé !!!


Je répondis:

- On dirait bin qui va réussir a pâsser au travers !!!


Après quoi Papi Toutou, s’installait devant l’ordinateur pour jouer quelques parties d’échecs pendant que moi, je restais à admirer le maître, dans l’exécution de ses mouvements sur l’échiquier. Rocky, était comme de raison, bien installé sur mes genoux, pendant que je lui gratouillais les oreilles et la tête.

C’est au cours d’une de ces soirées, que Papi Toutou, lors d’un premier du mois, vint me retrouver après avoir bu quelques petits verres de rougeauds, et c’est avec un rire bien gras, qu’il se saisit de ma main gauche pour la baiser et me gratifier d’un: « Mes Hommages Dom Biquetto ». Je venais de gagner mon titre de noblesse.

Nous étions fin juin, lorsqu’un matin, en faisant mon ménage sur l’étage de Simon, ce dernier sorti de son appartement pour me demander si j’accepterais d’entrer pour prendre un café avec lui. Ma réponse vint sans ambages, je ne me fis nullement prié, cette fois.

Petit café, petits joints... Et longue, très longue discussion... Le ménage pouvait attendre jusqu’au lendemain.

 

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