Par Réjean Mélançon
Rédigé le samedi 24 novembre 2007
Parc Lafontaine
RUE DE LORIMIER
Épisode 22
Je vivais un troisième épisode de dépression majeure en cinq ans. Cela commençait à faire beaucoup trop !!!
Heureusement pour moi, les choses se sont replacées assez rapidement. Si je fais exception des premiers jours de crise, qui ont nécessités le support de mes soeurs, dont une semaine complète de repos chez ma soeur de Granby, j’ai été à même de procéder moi-même avec les conseils de ma travailleuse psychosociale, à toutes les démarches en vue d’obtenir l’aide dont j’avais besoin.
Il me fallait d’abord consulter mon médecin traitant, j’ai eu la chance de pouvoir obtenir un rendez-vous avec lui, très rapidement, nous étions en janvier 2007. Ce dernier, a aussitôt augmenté la concentration de mon antidépresseur, m’a naturellement enjoint de cesser immédiatement toute consommation de cannabis, et m’a référé sur le champs, pour une consultation psychiatrique, mais cette fois, au bon hôpital. Le rendez-vous avec le psychiatre n’était pas possible avant le 19 mars. En attendant, je continuais de rencontrer une fois la semaine, ma travailleuse psychosociale et je voyais mon médecin traitant à tous les mois.
Entre-temps, mes discussions avec Papi Toutou et Willy, de même que celles que j’ai eues avec mon médecin traitant, ma travailleuse psychosociale et mes soeurs, m’ont finalement convaincu que je devais déménager dans les plus brefs délais. Comme Willy me l’a dit, dans ses mots bien à lui,
- i faut que t’arrête la dope, man. Pis lé gâ, man, i t’sucent toute ton énergie, crisse ton camps d’icitte man !!!
Oui, il avait bien raison mon grand frère. Dans toute cette aventure, je pensais rarement à moi, ni au fait, que je ne faisais que m’enfoncer d’avantage, dans cette consommation à outrance d’une drogue considérée par plusieurs comme inoffensive... Comme ils se trompent, ceux qui le croient. Cette drogue n’a rien d’inoffensive, je peux en témoigner !!!
Les jours et les semaines s’écoulaient paisiblement. J’avais bien récupéré depuis la mi-décembre. J’avais cessé toute consommation de drogues incluant la cigarette. Même Papi Toutou, quand il venait me rendre visite, évitait de fumer en ma présence (il le faisait avant de monter me voir). Je me sentais à nouveau encouragé et je me disais qu’au pire, si je devais quitter sur le champs, j’avais la possibilité de déménager temporairement chez ma soeur Louise, vivant à Montréal, le temps de me trouver un logement convenable. Mon bail au Carrefour Lajeunesse se terminait le 30 juin 2007 et le propriétaire avait déjà été avisé que je ne le renouvellerais pas.
Finalement une opportunité s’est présentée dans une autre maison de chambres appartenant au même propriétaire. L’immeuble était situé en plein centre-ville, sur la rue de Lorimier, tout près du Parc Lafontaine. Il s’agissait d’une chambre simple, située au dernier étage de l’immeuble et qui était libre pour le 1er avril.
La particularité de cet immeuble, est que chaque étage a sa propre adresse civique et de ce fait, sa propre entrée extérieure, pour y accéder. Il n’y a que les résidents de l’étage qui en possèdent la clef. Il n’y a donc pas ici, le va et vient continuel d’un étage à l’autre, comme c’était le cas au carrefour Lajeunesse. Mes nouveaux voisins, sont super tranquilles. Le coût de la chambre est évidemment moins élevé que celui de mon ancien appartement, je n’avais donc plus besoin de continuer dans mon ancien rôle de concierge, ce qui m’enlevait un stress supplémentaire.
Quand je me suis présenté à l’hôpital, le 19 mars dernier, pour mon évaluation psychiatrique, je me sentais déjà en pleine forme. J’ai été vu, non pas par un, mais par deux psychiatres. Dans leurs diagnostiques, ils ont été unanimes. Je n’avais pas besoin d’un suivi psychiatrique, tout au plus, je devais être suivi par mon médecin traitant, à qui ils allaient faire suivre leurs recommandations pour la médication et les traitements.
Le cannabis et l’alcool, l’effet saisonnier de la diminution de la lumière solaire, tout le stress occasionné au Carrefour Lajeunesse, les disputes incessantes, les déceptions, etc. Ce sont tous des petits et gros irritants qui mis ensemble, finissent par former un cocktail explosif pour le dépressif chronique que je suis. Ils applaudirent d’emblée à ma décision de déménager. Et connaissant la rue et le quartier où je déménageais, sachant que c’était en plus, près du Village gay, ils m’encouragèrent naturellement à m’ouvrir d’avantage à cet aspect de ma personne et à apprendre à m’aimer tel que je suis.
Je quittais un petit appartement que j’aimais beaucoup, je quittais aussi des amis que j’aimais beaucoup. Les petites querelles avec Simon et Louis, je savais bien qu’elles ne dureraient pas longtemps et que tôt ou tard, nous aurions renoué à nouveau, des liens solides. J’aimais aussi ressentir cette sorte d’aura que certains résidents me prêtaient. Je me disais dans ma naïveté, éliminons les indésirables et travaillons avec ceux qui peuvent être récupérés et qui veulent faire des efforts pour s’en sortir.
Le problème est qu’il est impossible de filtrer les indésirables comme je les appelle. Ils sont tout de même des êtres humains qui ont droit d’avoir un toit au dessus de leur tête, particulièrement en hiver. Je ne vous surprendrai pas en vous disant, qu’en ce moment même, un « autre Pierre » réside au Carrefour Lajeunesse et il habite, et oui, dans l’ancien appartement de Gros Pierre, au sous-sol. Et la consommation de cannabis est toujours aussi grande chez Simon et d’autres, seul Papi Toutou fait des efforts pour diminuer.
Dans un certain sens, j’étais moi aussi une sorte de perturbateur au Carrefour Lajeunesse, puisque je tentais d’imposer ma façon de voir les choses à ses occupants. Et surtout, j’essayais de me donner un rôle, qui était nettement au dessus de mes forces. Si je m’étais entêté, je me serais détruit !!!
Simon est venu me voir la veille de mon départ, on a fait la paix et c’est lui qui le lendemain m’a aidé à déménager dans mon nouveau logement, avec sa camionnette. Je ne l’ai revu qu’une seule fois, par la suite, c’était l’été dernier. Il était venu faire quelques travaux de réparation dans un des logements situés à l’étage au dessous, à la demande du propriétaire. À la fin de son travail, il est passé me voir, pour me saluer. Il m’a évidemment demandé, selon son habitude, si je voulais fumer un joint avec lui, mais cette fois, j’ai décliné l’invitation, en lui disant que je ne voulais plus toucher à cette substance. Il a compris. Comme je le sentais mal à l’aise, je lui ai dis que j’accepterais toutefois de griller une cigarette, ce qu’il m’offrit avec plaisir. Ce fut notre ultime conversation, elle n’a duré que le temps d’une dernière cigarette.
Dans ma nouvelle résidence, je n’ai aucune vie sociale avec mes voisins. Tout au plus un « bonjour, comment ça va !!! », lorsque j’en croise un dans le corridor. D’ailleurs dans mon nouveau milieu, chacun reste chez soi et mène sa vie indépendamment de son côté. Je trouve ça fort bien ainsi.
Dans ma troisième chronique intitulée « Le Renard », je disais que je devrais être apprivoisé de nouveau, comme le renard du petit prince de Saint-Exupéry. Il y eut bien une timide tentative d’approche par l’un de mes voisins au tout début. Lors d’une banale conversation avec lui, il a appris que j’aimais la musique classique; suite à cela, il m’avait offert d’enregistrer une pleine caisse de ses propres disques de musique, mais les liens ne se sont jamais soudés entre nous.
Et mes nouveaux amis blogueurs / blagueurs, c’est sur le net, que je les côtoies pour le moment. Il y a les nouvelles chroniques de la porte bleue. C’est ma nouvelle thérapie; je la fais en m’exprimant par les mots. La porte de ma nouvelle résidence est blanche, mais désirant conservé le même titre à mes chroniques de la porte bleue, cette porte est devenue celle de mon âme; je me répète, ici. Mais, c’est en me répétant, je le sais, pour la nième fois, que je désirais clore « L’HISTOIRE » de ma vie !!!
FIN










