Publié le 18/03/2009 à 01:37
Par fanch
Humeur : Souriante
La perception de la crise a profondément évolué la semaine dernière.
Les affaires Total, Sony et Continental ont choqué l’opinion.
Jusqu’alors, on ne parlait que des chiffres de la récession et du chômage.
Désormais, il y a des noms, des visages.
Chacun a pu constater l’exaspération des salariés.
Ceux des grands groupes réalisent qu’ils sont, eux aussi, en danger.
La mobilisation de jeudi sera très forte, probablement plus que le 29 janvier, a fortiori dans le privé.
Beaucoup des mesures annoncées le 18 février à l’Élysée sont issues de nos propositions.
Le Fonds d’investissement social est une bonne réponse, qui permet de former les salariés, d’accompagner les chômeurs et d’empêcher certains de tomber dans la grande pauvreté.
Mais il faut lui donner des moyens adaptés à l’ampleur de la situation.
Il dispose aujourd’hui de façon sûre de 1,5 milliard d’euros.
Il faut au moins 5 milliards pour tenir la route.
Certains, le nez dans leur boule de cristal, prédisent une reprise dès 2010, mais les effets de la crise dureront bien au-delà pour certains.
François Fillon fait valoir que l’envolée du déficit budgétaire interdit tout nouveau geste… Alors commençons par supprimer le bouclier fiscal et l’exonération fiscale des heures supplémentaires.
La réduction du temps de travail revient en force partout en Europe pour protéger les emplois et la France, elle, continue d’encourager les heures supplémentaires !
Il est vrai qu’il ne faut pas reporter le creusement de la dette sur les générations futures. C’est pourquoi je soutiens l’idée de rembourser le surcroît de dette au moyen d’une hausse d’impôt, pour les plus fortunés notamment.
La crise va être longue et la mobilisation doit en tenir compte.
Je suis confiant, car nous avons tous intérêt à maintenir l’unité syndicale, indispensable pour réussir.
En tout état de cause, nous disposons déjà de rendez-vous à l’agenda : le 1er mai peut très bien, cette année, être recentré sur la crise.
Des manifestations européennes sont aussi prévues mi-mai.
Les licenciements chez Sony et Continental ont montré l’impuissance des syndicats.Beaucoup d’entreprises ne cherchent pas d’autres recours à la crise que les licenciements.
Regardez GlaxoSmithKline à Évreux. Ce groupe pharmaceutique dégage 4 milliards d’euros de bénéfices et annonce 800 suppressions de postes sans rapport avec la crise.
Le gouvernement doit absolument conditionner les 30 milliards d’euros d’aides que l’État verse aux entreprises à la conclusion d’accords salariaux intégrant des plans de formation et d’évolution de carrière.
C’est le seul moyen de faire réagir les entreprises. La CFDT en fait une revendication phare.
Les conflits ont été marqués par des débordements. Je constate surtout qu’ils étaient prévisibles.
Chacun doit garder en tête que les dérapages ne profitent jamais aux salariés.
Et faisons un peu confiance aux syndicats qui travaillent au quotidien avec les salariés pour construire des solutions.
Après une période constructive qui s’est traduite par quatre accords interprofessionnels en 2008, le patronat fait preuve d’un manque de réactivité.
C’est comme si l’ampleur de la crise le laissait sans analyse de la situation réelle, alors qu’il devrait adopter une forme d’autocritique et reconnaître que c’est le capitalisme court-termiste qui est en grande partie responsable de cette crise.
Que propose le patronat ? De reporter à 61 ans l’âge minimum de départ en retraite pour les salariés du privé, alors que les entreprises sont en train, gentiment, de faire partir leurs salariés les plus âgés à la faveur de la crise, à commencer par Total. Allez faire comprendre ça aux gens ! Le Medef marche vraiment à côté de ses pompes.
Fanch