J'avais prévu de parler d'un sujet très lointain et finalement assez consensuel, le problème de la reconnaissance des états face à la nécessité de tisser des liens et non d'opposer les entités nationales : dans la même semaine le Kossovo se proclamait indépendant, avec des reconnaissances sporadiques, et les élections à Chypre laissaient entrevoir un rapporchement entre le sud, pauvre enrichi par sa reconnaissance internationale, et le nord, riche appauvri par l'absence de reconnaissance internationale.
Mais le fait d'observer un moment important et symbolique de la campagne locale lyonnaise m'amène à en dire quelques mots.
D'un café politique on attend autre chose que des brèves de comptoir, c'est évident. Je n'étais à vrai dire pas inquiet en connaissant le casting, et encore moins en voyant le café se remplir, se remplir, ce qui pousse en général les débats : - vers les questions qui sont déjà bien avancées dans la réflexion sur le thème - vers les questions qui clivent et soulèvent, volontairement ou non, des protestations... il faut dire que passionnée est la question des droits et devoirs des personnes L, G, B, T, comme on dit aussi bien de façon timide (les mots ne sont pas prononcés) que de façon militante (on examine toutes les situations y compris la bisexualité et la transgénération, très peu évoquées par la classe politique).
J'ai parlé de casting, mais ce n'est juste de comparer la soirée à une sortie au cinéma que si je précise que le cinéma, c'est sérieux et même grave (ceux qui ont vu La Vie des Autres, Le Pianiste, Requiem for a Dream, Raining Stones... savent que le cinéma peut être sérieux). Pour ne citer que ceux que je connaissais avant la soirée, il y avait ainsi Najat Vallaud-Belkacem, Nathalie Perrin-Gilbert, Jean-Louis Touraine (tous trois du PS), Benoît Teste (Audace), Fabienne Lévy (PRadical valoisien, ou PRD), Ange Beltran (MoDem).
Abondance de bien nuit, peut-être, car dans ce café politique respectueux du pluralisme les 2 représentants de chaque courant s'exprimaient à leur tour, donc en 2 heures difficile d'aborder de façon satisfaisante les principaux aspects du sujet. Néanmoins, installé dans mon coin de banquette face aux belligérants j'ai pu remarquer des détails, relever des positions, tâter le pouls de la campagne lyonnaise, très sensible ce soir-là au grand Café du cours Gambetta.
Numériquement, Gilles Buna (Verts) et les socialistes, qui se sont relayés par la force de leurs emplois du temps, avaient l'avantage. Du côté des associations LGBT également, on avait le sentiment que le coeur battait un peu plus à gauche. A Lyon, c'est palpable, si rien n'est joué mathématiquement le résultat ne fait plus de doute, Gérard Collomb va entamer bientôt son second mandat avec son équipe.
La position de Fabienne Lévy, sans doute une des plus ouvertes parmi les soutiens de Dominique Perben sur le débat de ce café politique, était doublement délicate, et du coup m'a vraiment intéressé : sans illusion sur l'issue du scrutin, elle a tenté de défendre sa voie personnelle, et de se démarquer de l'aile à réaction de la liste Perben. On voit qu'elle reconnait la légitimité de l'adversaire à se targuer d'un bilan plutôt positif, quand elle souffle à Jean-Louis Touraine le mot "subversif" qui lui manquait pour achever sa pharse ! Elle n'avait pas la possibilité de s'appuyer sur son étiquette politique, non seulement avec Vanneste encore candidat dans le nord, mais aussi avec les expressions fâcheuses et fâchantes d'un de ses co-lisiters à propos de la pureté du mariage face aux corrupteurs LGBT (il va visiblement se prendre une remarque dans les dents lors de la prochaine réunion de collistiers Perben). Du coup, même assise sur une connaissance du dossier et des rouages juridiques, elle est apparue maladroite, peu tactique (le "qui êtes-vous" à une association très ancienne a sonné comme du désintérêt et non de l'attention individuée) et résignée.
Le MoDem quand à lui n'hésitait pas entre la gauche et la droite, mais, logiquement si on analyse la ligne de conduite bayrouiste, entre critiquer gauche et droite et féliciter gauche et droite pour leurs actions. Ce qui reste une hésitation préjudiciable à leur crédibilité quand il s'agit de réagir avec vigueur aux problèmes des LGBT.
Il y aurait tant à dire encore, sur les mini débats d'intoxication vite écartés (parce qu'on est à l'échelon local, mais ça aurait fait la soirée au niveau national), sur les questions plates à réponses intéressantes et inversement, mais je termine sur deux points qui m'ont frappé (non je n'ai pas dit que ce café était comme un match de boxe !).
Tout d'abord, ça ne surprendra personne parmi ceux qui suivent son travail, dès sa première prise de parole Najat Vallaud-Belkacem a mis quelques pendules à l'heure : recentrer sur les capacités d'action des élus locaux qu'ils seront dans quelques jours, faire des propositions concrètes innovantes (bien que la question du congé de parentalité se heurte a priori à un déblayage législatif préalable), magnifiquement et astucieusement souligner les nombreux réactionnaires chez l'adversaire en faisant amende honorable pour les quelques progrès à faire dans son propre parti. La seule à recueillir de francs applaudissements de la part de l'assistance très composite, durant le débat; si elle a de plus en plus de partisans, ce n'est pas un hasard, elle a une subtilité politique hors norme.
L'autre point frappant, c'est la boisson la plus adaptée au café politique, celui-là comme le café politique en général. Pas le café, déjà, car ça ne sert à rien de s'énerver, même si on peut penser que le café, symbole du monde du travail, pourrait pousser les débats vers plus d'application intelligente. Pas la menthe à l'eau, comme ce que j'ai pris; pas le thé, car quand on boit le thé Ceylan (oups, c'est lent !).
La vraie boisson des cafés politiques, c'est la bière, car il est question de brassage, de gens qui se font mousser, et surtout de question mise en bière. Feue la question de Michel Chomarat, plus engagé que jamais dans la défense des droits de tous indépendamment de leur sexualité : les candidats réunis autour d'un micro filaire grésillant pensaient-ils aller jusqu'au mariage homosexuel ? La question était piégée, et ceux qui pouvaient s'en rendre compte comprenaient aussi que ne pas répondre oui, quelle que fût la raison, était rédhibitoire. En effet, la vraie question était de savoir si les personnes politiques, en fonction des circonstances, pouvaient désobéir civiquement pour célébrer (oui, Luc, célébrer puisqu'il s'agit d'un rite adminsitratif) un mariage homosexuel ET s'ils étaient favorables au mariage homosexuel. Impossible, dans un café politique, de répondre correctement à cette question à deux coups sans faire se lever des boucliers....
Le café politique, pour conclure, j'aime, surtout quand le sujet et les débattants sont subtils.
A titre personnel, je tombe de sommeil jusqu'à écrire des choses insensées... Je préfère poser la plume et dire, en un mot, le plaisir de reprendre. A suivre....
C'est arrivé et ça arrivera encore, de plus en plus, alors préparons-nous à cela : le 2.0 peut tuer le 1.0, avant que le 1.0 prenne sa revanche, ou inversement, dans un affrontement digne de Romulus et Rémus, de Pompée et César, de Dupond et Dupont.
Le 1.0, pour mémoire, c'est le fonctionnement "normal" du web ou de tout média de communication. Le 2.0 c'est la version "participative", collaborative, du même média.
Ainsi le partage des avis sur les vendeurs et sur les acheteurs est une pratique 2.0 de plus en plus répandue, cela permet pour l'anecdote de jouer sur les externalités de réseaux comme pour tout autre bien informationnel. Mais, car dans toute histoire même courte il y a un mais, EBay a constaté, tenez-vous : que les acheteurs avaient peur de mal noter un gros vendeur (magasin, chaîne de distibution) de peur que le gros vendeur ne mette en répression une mauvaise note au petit acheteur, "grillant" de la sorte sa crédibilité pour des achats futurs.
Dans cette mise en partage de la confiance, évidemment, ce genre de pieux mensonge risque vite de dérégler tout le système dans un effet - papillon du tonnerre. Donc deux solutions s'offraient aux gens d'EBay, radicalement différentes : permettre un retour sur les retours, auprès de modérateurs particuliers ou auprès de l'ensemble de la communauté d'acheteurs et vendeurs. Ou supprimer simplement ce système 2.0.
C'est cette dernière option qui a été choisie par le futur président de la société, mais les vendeurs, évidemment, n'étaient pas d'accord. Comment l'ont-il fait savoir ? Par une bonne grêve 1.0, pas participative du tout ! Comme dans les guerres des Balkans, les fronts sont multiples et complexes, entre la communication de point à point et le collaboratif. Dans ce cas, je pense que le retour à un système 1.0 sera transitoire, le 2.0 ayant le vent en poupe et la dent dure... même si évidemment, le livre Infotopia le rappelle, sur le plan du jugement intellectuel on n'a pas encore trouvé le moyen de faire penser un groupe aussi ou plus pertinemment que l'ensemble de ses membres...
Bref, partisans du 2.0, méfiez-vous du 1.0 et des services qu'il peut encore très honnêtement vous rendre; et sectateurs du 1.0, vous n'imaginez pas tout ce que le 2.0 a déjà fait pour vous et fera contre vous !
Les frères Taloches ont fait pas mal de trucs marrants, mais peu de morceaux mimés aussi "évidents" que leur version de J'ai encore rêvé d'elle. Le mime chanté, autre forme de vivant plaqué sur du mécanique plaqué sur du vivant (cf. mon dernier message à propos des gamelles et des détournements façon Bergson). Alors cadeau de la toile.
PS : une expression entendue hier qui sent le vécu, "il est d'une laideur à faire ressusciter les singes". Pas mieux, Kamoulox comme disent Kad et Olivier.
Peu à peu le domaine du jeu vidéo entre dans le champ de l'histoire, c'est tant mieux et à titre personnel je milite pour cela se passe simplement complètement. La préservation des jeux passe aussi par la préservation des conditions de production des jeux, si l'on en croit le Special Interest Group dédié à la question dans l'IGDA.
C'est ainsi qu'on a l'occasion depuis quelques mois de revoir les bonnes têtes des concepteurs de DMA Design, un studio qui ne vous dit sans doute rien mais qui produisit entre autres Lemmings, Lawnmower Man (hihi) et Grand Theft Auto 1... Oui, ce sont les fondateurs de Rockstar ! A nos yeux, la galerie proposée par Mike Dailly est une belle galerie de costumes et coiffures du début des années 90, ça vaut le détour. Et pour ceux qui souhaitent des précisions intéressantes sur ce chapitre de l'histoire des jeux vidéo, un site est entièrement dédié à DMA Design à cette adresse : http://www.dmadesign.org/
Imaginons qu'on puisse coller sur tous les clubs de football du monde 3 étiquettes, au choix: - les "très grosses" équipes - les équipes moyennes - les petites équipes
Cette distinction prend un peu de sens non pas sur un match, c'est bien connu "il n'y a plus de petites équipes", mais dans la gestion de compétitions parallèles. Quand on chasse deux lièvres à la fois, voire plus, il vaut mieux être très gros ou petit que moyen. Le sens commun nous fait dire qu'avec une grosse équipe et un banc riche, les 6-7 équipes capables d'aligner 2 fois onze très bons joueurs ne craignent pas d'enchaîner les matchs, puisqu'en cas de fatigue ou blessure il reste des alternatives crédibles (je pense à MU, Chelsea, Bayern, Inter Milan, FC Barcelone, Real Madrid, éventuellement AC Milan ou Juventus).
Cela nous permet aussi de voir que malgré des discours de coquelet adolescent, malgré aussi une bonne et belle équipe, Lyon ne peut pas prétendre encore être une très grosse équipe, à la différence de son adversaire de la semaine prochaine, Manchester United. Delgado, Crosas, Boumsong, ce n'est pas encore Benzema, Junihno ou Cris.
Les petites équipes n'ont pas tellement de problème avec la multiplicité des compétitions, à quelques rares exceptions près (Calais, Nîmes en coupe de France, au détriment de leur place dans le championnat de CFA ou de National). En effet les matchs sont naturellement pris au jour le jour, et les coupes c'est du bonus, on peut faire jouer tout le monde l'honneur du club ne sera pas terni.
Au milieu, se pose douloureusement et régulièrement la priorité des compétitions. Un club qui doit gagner des points en championnat et préparer sa rencontre de Champion's League, comment fait-il ? Est-ce qu'il pose son joker, comme Lyon, en attendant un résultat quelconque en championnat pour éviter les blessures et la fatigue en vue du match d'après ? Ou bien compte-il sur une belle victoire en championnat avec son équipe-type pour préparer au mieux le choc continental ? La multiplicité des paramètres empêche de savoir à l'avance le bon choix. Et nul ne sait par exemple si la défaite de Lyon face au Mans aura un impact ou pas sur le match de l'OL face aux petits amis de Cristiano Ronaldo (message direct à l'autre Ronaldo, celui qui change de genou comme de coupe de cheveux : bon courage pour ta santé, mais si tu écoutes le conseil de David "perclus de douleurs au dos" Douillet, abandonne le foot).
Personnellement j'aurais tendance à considérer avec intérêt l'option prise par de nombreux clubs pro en France, de faire jouer la Coupe de la Ligue par une équipe bis, à charge pour elle de briller et montrer qu'elle peut prétendre à mieux. En même temps... il faut toujours bien décider où jouera l'équipe bis : coupe de la ligue et coupe de France, ou toutes les coupes, ou rien que la Champion's League avec une équipe de vieux roublards ?
Dans la masse des oeuvres photographiques ayant pour thème les héros sportifs de nos temps, les mythes vivants des vertes pelouses ou des rouges couloirs, je suis tombé en arrêt devant cette oeuvre qu'on aurait dite inspirée à la fois de Poussin et de Ludwig Von Beethoven.
(c) 2006 - Reuters - Jerry Lampen
Le geste suspendu et dramatique, les couleurs éclatantes, le côté souterrain de la lente prise de conscience de l'erreur fatidique, c'est du grand art. Cela me fait penser à l'humour mais aussi à l'intelligence d'une publicité de 1993 pour la marque Nike, faisant de Charles Barkley un Barkley de Séville s'époumonnant car il a tué l'arbitre par un geste malencontreux... (la vidéo est très mauvaise mais c'est la seule que j'ai trouvée)
Difficile de ne pas évoquer également : HA HA HA HA HAaa le rire le plus célèbre de la chanson française, qui s'est éteint avant-hier. Y'en a qui vont rigoler là-haut, et rêver aussi de voyages ensoleillés. Je ne serais pas surpris de surprendre le bien nommé Henri Salvador en balade sur la mer salée avec Corto Maltese, sous les lignes d'un Bernard Dimey...