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Tribune libre
Mon bloc perso.
- C'est grave docteur ?
- Une simple maladie d'écriture.
- Et ça dure longtemps ?
- C'est chronique.
Publié le 24/10/2008
Par fxboffy
Humeur : Souriante
La calligraphie est un art qu'on côtoie forcément dans l'apprentissage du chinois. Les logogrammes chinois eux-mêmes sont parfois d'une grande pureté, souvent belle. Ren, l'humain, Yi, l'unité, les arbres qui forment la forêt, le corbeau qui est représenté par l'oiseau dont on ne voit pas l'oeil dans le plumage (noir sur noir)... C'est une galerie d'art conceptuel et simple.

Les alphabets sont plus simples, parfois moins évocateurs, mais on peut oeuvrer de longues heures dans les tracés pour que la forme en soit esthétique. Sans ces lettrines pourtant nos lettres ont une beauté et un sens qu'on ne soupçonne pas souvent. Francis Ponge a élevé le mot au rang de poésie, de l' "éponge" au "cageot" en passant par la magnifique "mûre". D'autres comme Appolinaire ont exploré l'art de la ligne d'écriture. Certains comme Char ont fait tout un char du mot ILE.

Mais la lettre pure, y pense-t-on? M a eu raison de brandir son initiale comme un étendard. Zorro est tout à fait fondé à partout écrire son "non" qui s'abaisse en s'affirmant, ce "Z". O c'est évidemment toute une histoire, un peu vide de sens mais qui encercle. Le S est sans doute une des plus belles lettres, qui va où on ne l'attend plus, qui est prête à bondir avec force.

La chance de la littérature mondiale est que nous ayons tant d'alphabets, qui proposent leurs lettres si particulières, les lettres grecques en rondeur, les romaines martiales, l'alphabet phénicien aux allures de code secret, les caractères cyriliques qui ont un faux air de faux-frères phonétiques. De tous les alphabets, l'arabe est peut-être le plus artistique, avec peut-être le sanskrit que je ne connais pas bien. Heureux donc ceux qui écrivent et dessinent des oeuvres d'art, au travers de l'arabe écrit.
Publié le 10/10/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Alfred Nobel inventa, entre autres merveilleuses armes de destruction massive, la dynamite. Mais ce n'est pas pour cette raison qu'une déflagration retentit dans tout mon être vers le milieu de la journée. Le comité Nobel venait de décerner son prestigieux prix de littérature à un admirable et passionnant auteur, Jean-Marie-Gustave Le CLézio.

Depuis la liste d'ouvrages conseillés de monsieur Guin en 3°, et la découverte à cette occasion de Mondo et autres histoires (plus Le Seigneur des anneaux, qui prendrait lui aussi une place particulière dans ma bibliothèque) j'ai suivi le chemin exigeant et précieux de la littérature de Le Clézio. Je parle vraiment de littérature, car son oeuvre multiple couvre la plupart des champs de la littérature, abordant aussi bien le roman traditionnel que le journal de voyage (Voyage à Rodrigues, Gens des nuages), l'essai (La Guerre, Haï), la nouvelle (la série des "... et autres...") la biographie (Diego et Frida), le commentaire de texte (Vers les Icebergs), le palimpseste (Pawana) ou la traduction (Relation de Michoacan).

Tant de choses pourraient être dites, sur Mydriase par exemple, sorte de poème en prose dense, initiatique, qui nous replace dans l'écarquillement fondamental de l'enfant découvrant les mondes de lumières. Sur ce rôle peu à peu acquis par l'auteur vis-à-vis du lecteur et du monde, que je mesurais il y a déjà 10 ans, passant de l'auteur présent face au lecteur (Le Procès verbal, mais aussi La Fièvre, Les Géants), à l'auteur narrateur du monde (jusqu'à Désert environ), puis à l'auteur "haut parleur" du monde (jusqu'à présent, par exemple Onitsha, ou Revolutions).

Mais au crédit de JMG Le Clézio il faut porter la capacité de se taire et de ne pas prendre parole alors que d'autres en abusent. Ses silences ont la force de phrases. Je tâche donc de suivre son exemple et de ne pas trop en dire, sinon "lisez" !
Publié le 26/09/2008
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Constat affligeant, qui unit parfois les ménagères de moins de 50 ans et les ménagers de plus de 50 ans, les poiçonneurs et les aristocrates en robe lila, la haute paysannerie et la basse bourgeoisie, les uns sournois et les autres, francs, les mélomanes et les amateurs de mélodrames, le Gala de la coiffeuse et le Gala de clôture de la Berlinade.

L'art cucul est parfois beau. La beauté est tellement pompière parfois, c'est logique. Mais quand même, on se laisse surprendre par le théâtral Poussin, entourlouper par le passionné Ingres, et même saisir par la clarté soudaine d'un Janmot, tel ce Fleur des champs:



L. Janmot, Fleur des Champs, détail (c) Musée des Beaux-Arts de Lyon

Au fond, l'académisme de la fin du XVII° - début du XIX° ne devient-il pas, à nos yeux, du Pop Art avant l'heure?
Publié le 19/09/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Incongruité de l'art, de l'art cinématographique en particulier, de l'art cinématographique hollywoodien plus précisément.

Après avoir profité de l'opération 1000 films à 1 € (hélas, comme le diraient les Nuls, on peut pas voir 1000 films pour 1 €, on ne veut pas voir 1 film pour 1000 €, mais on peut voir 1000 films pour 1000 €... si on a 2000 heures devant soi!) pour voir Starship Troopers, c'est la question de l'ironie qui m'est advenue.

Car après ce film gros machin, aux propos parafascistes, aux acteurs barbisés (bravo à Denise Richards) et kenisés (bravo à Casper Van Dien), on peut difficilement croire à la franchise du vieux roublard Paul Verhoeven. Et alors que la veille Sin City n'avait pas généré de débat particulier, la machine à commentaire, à analyse, s'est mise en marche après ce film au message explicite épais comme l'espérance de vie d'un troufion dans une colonie d'insectes géants.

C'est dans ce genre de film qu'on se rend compte de la différence entre les oeuvres "à blanc", qui tiennent debout sans la moindre intervention du spectateur. Et les oeuvres qui donnent une place et même un rôle au spectateur. Ici, le fauteuil est tout chaud, il tend les bras... la place de celui qui voit le corps mutilé du vérificateur des engagements. La place de celui qui se choque, seul, des cris de joie des fantassins entendant que la grosse bestiole "intelligente" est terrorisée. La place de celui qui se demande pourquoi ils continuent à lutter, à guerroyer, à mourir, alors que trouver le "cerveau" semblait le gage d'une victoire décisive?

Il y a des films surfaits, Starship Troopers a des chances d'être "sousfait" !
Publié le 12/09/2008
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Beauté de la sérendipidité*, je suis tombé il y a peu sur des images de Jean-Michel Folon, célébrissime dans la mémoire des téléspectateurs de plus de 35-40 ans pour son "habillage" d'Antenne 2. Ainsi les languissants "hommes-oiseaux" en manteau bleu ont-ils bercé bien des imaginaires, et sont entrés dans la mémoire graphique collective. Pas au niveau de Charlot avalé par les machines, ou de Kroutchev tapant avec sa chaussure sur le pupitre de l'ONU, mais ces séquences ont une belle place, et une place belle. Cette page nous le rappelle.

Bon mon problème c'est que ce souvenir n'est pas le mien, je vibre un peu moins que d'autres. Suis-je plus objectif dans mon jugement de goût? Non, car la réputation de l'image la précède. Avant même de voir cette image je la trouvais intéressante, parce que c'est Folon, parce que c'est de l'art.

L'Equilibriste - Jean-Michel Folon (1973)
Reproduction numérique (c) Art-Cadre, référence LFolo073. www.art-cadre.com

Moralité : l'objectivité du goût est donc toujours le fruit d'un effort surhumain d' "érosion des contours" (Tiens, Nietzsche, cela faisait longtemps).

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*sérendipidité : en français dans le texte (note du traducteur).
Publié le 05/09/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Charlie Chaplin était en avance sur son temps (celui des "temps modernes"). Rétrospectivement des gens très gratte-poils lui reprochent ceci, cela, de n'avoir que fait différemment ce qui existait par ailleurs. Il n'empêche que ce monsieur a contribué à élever le cinéma au rang d'art, et à le sortir de la contradiction entre divertir et informer, où son dispositif risquait de le plonger.

En son temps Elie Faure avait écrit un article passionnant, un peu dithyrambique mais clairvoyant, sur "Charlot". Je l'ai lu récemment et il nous confirme, dès 1922, l'impact de l'image sur l'humanité du XX° siècle, ses mythes et ses comportements, ses espoirs et ses nouveautés. Par chance il est disponible en ligne, tout juste tombé dans le domaine public 70 après la mort de son auteur. Voici l'adresse. Bravo Elie ! Si de là-haut tu nous lit, nous te saluons.
Publié le 29/08/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
C'est avec un vrai plaisir et une agréable surprise que j'ai découvert récemment Caché le film de Michaël Haneke avec Auteuil et Binoche.

La facture du film interpelle, dérange, et c'est déjà une bonne surprise dans l'océan d'académisme où nous voguons parfois. Bien mené, bien photographié, assez bien joué, ce thriller éveille bien sa dose d'angoisse. Mais le plus intéressant est qu'il met en place un dispositif scénaristique qui nous oblige à entrer dans une réflexion sur le cinéma.

Une question toute simple me donne cette certitude. Mon épouse me demande, à la fin du film : "Mais qui a filmé les cassettes vidéos?" Je lui dit sans hésiter et en souriant: "Michaël Haneke!".

Drôle de point de vue sur les choses - Caché (c) Les Films du Losange

Evidemment, c'est le réalisateur qui "filme" tout (ou presque, il y a les images des informations télévisées, voir ci-dessus, ce qui d'ailleurs montre encore plus la nécessité de se demander qui filme, et qui filme quoi). Car le réalisateur est en même temps acteur de son histoire, comme Georges (Daniel Auteuil) est spectateur, acteur et directeur de toute cette histoire.

On dit parfois dans les cursus de cinéma que les meilleurs films ne peuvent pas faire l'économie d'une dimension réflexive, d'une interrogation sur l'oeuvre en train de se produire. Si cela ne masque pas les autres dimensions de l'oeuvre, c'est à coup sûr un gage d'intensité et une forme de sincérité. Dans Caché le fait de filmer ou d'être filmé est une question essentielle, mais cela n'annexe pas tout le propos, cela l'enrichit. "Mérite le détour", comme le dirait le guide Michelin.


Daniel Auteuil se fait un film - Caché (c) Les Films du Losange
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