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- C'est grave docteur ?
- Une simple maladie d'écriture.
- Et ça dure longtemps ?
- C'est chronique.
Publié le 06/03/2008
Par fxboffy
Humeur : En colère
La politique est de plus en plus la manifestation étonnante de la comparaison phare de la Renaissance : l'homme est un microcosme pris dans le macrocosme. Concernant nos vies politiques, on pourrait plutôt dire : nous sommes pris dans ces vies politiques différentes, du microcosme au macrocosme. J'ai toujours aimé, sauf avant de la découvrir, la phrase de Montaigne "nous ne sommes que de lopins [de terre]". Cet homme hautement politique savait avoir autant d'attention à sa ville d'Eyquem qu'aux "cannibales" venus de loin nous montrer la relativité de notre notion de barbarie.
Dans la même semaine, un peu à l'image des motifs tressés la semaine précédente mais non traités, se sont mêlées les histoires politiques, toutes importantes mais plus ou moins graves. Comme par hasard, un hasard que j'estimerai heureux si je suis veule, le moins grave et le plus plaisant me touche personnellement et le plus tragique est loin, loin,... mais présent à mon esprit.
Dans ma commune les échanges entre listes candidates aux municipales sont à fleuret mouchetés, les blessures n'empêchent pas les discussions détendues sur le marché entre opposants et partisans. L'humour, toujours l'humour, fait passer aussi dans le soir d'une réunion de quartier la fatigue et l'incompréhension vers des échanges fatalistes et pourtant pas résignés sur l'équilibre budgétaire des ménages et des collectivités territoriales. Une façon aussi de renvoyer aux citoyens - lobbyistes le côté décalé de leurs demandes (souvenir toujours vif du courageux "Eh bien garde-la ta voix, si c'est du chantage, j'en veux pas" de Vincent Peillon à un électeur purement théorique, dans La Prise de l'Elysée de Serge Moati).
Non loin de là, dans la ville - métropole, les jeux semblent faits au grand dam des deux principaux partis : les futurs perdants, parce qu'il vont perdre, les futurs vainqueurs, parce qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, et surtout parce que la peur de la démobilisation fatale est toujours plus présente dans ces situatiosn déséquilibrées. Il en faut de la force de caractère pour les Bertrand Delanoë, Jean-Marc Ayrault, François Rebsamen, Martine Aubry, Gérard Collomb, Michel Destot, Alain Juppé, Fabienne Keller, pour maintenir une pression constante malgré une quasi-assurance de victoire.
Loin de là, au Texas et en Ohio, l'éventuelle première présidente des Etats-Unis a repris un peu du terrain perdu vis-à-vis de l'éventuel premier président noir des Etats-Unis. Les démocrates aux Etats-Unis vont-ils se retrouver dans la situation de la gauche française en 2006-2007, avec des blessures trop récemment ouvertes pour qu'elles cicatrisent à temps pour la "finale" contre les républicains unis derrière McCain ? Les "affaires" (employé de la famille, utilisation d'un véhicule interdit, etc.), presque inévitables à cette échelle d'action, pourront-elles toutes être désamorcées ou dissimulées ?
Mais ce ne sont que vétilles, ces incertitudes qui changent la face du plus puissant des états, comparées à l'urgence de sortir Ingrid Betancourt de la forêt maudite, alors que sa santé est critique, alors que les FARC doivent être sur les dents après la mort de leur numéro 2, alors qu'Uribe (Colombie) et Chavez (Venezuela) jouent les coqs pitoyables pour des questions de préséance dans l'enfer vert et camouflage. S'ils tuent le pacifisme de Gandhi, la popularité d'Eva Pèron, la détermination de Simone Weil et l'empathie d'Harriet Tubman, les larmes seront plus nombreuses que les plants de coca sur les plateaux andins et les puits de pétrole sur l'Orénoque.
Publié le 05/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Au secours !
Pour une raison que je ne m'explique pas, je suis parvenu assez facilement à maintenir un rythme quotidien d'écriture de ce blog alors que mon emploi du temps était aux limites de mes capacités de non-sommeil : et maintenant que le temps se dilate un peu en cette fin de semaine, je n'ai pas trouvé l'énergie (ou la concentration) pour écrire ce billet à temps pour mercredi soir. Heureusement que la publication sur internet est une vaste opération de manipulation de dates nous faisant toucher du doigt la relativité générale (note écrite le 06/03/2008, publiée le 05/03/2008...).
Publié le 04/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
A la suite de la lecture d'un article intéressant (surtout dans ses constatations) de Jack Goody, j'ai saisi l'idée que les propriétés de la culture de l'écrit étaient en train de changer. Et même, plus précisément, les qualités et les défauts de la culture de l'écrit deviennent peu à peu ceux de la culture de l'oral ! En quelques mots c'est très simple (et un peu simplifié) : avant les cultures se transmettaient les histoires et les explications au moyen des narrations et des poèmes rythmés, rimés, psalmodiés. C'était l'oral. Avant aussi, mais souvent un peu après l'oral et parfois en même temps mais ailleurs, les histoires et les explications se transmettaient au moyen des textes, des documents, des inscriptions. C'était l'écrit.
Maintenant d'après moi nous ne sommes plus dans l'écrit durable, qu'on faisait tout pour conserver, archiver, stocker. Nos sociétés sont désormais fondées sur l'écrit volatile, qu'on peut transférer, découper, qu'on est obligé de copier pour transmettre (exactement comme les conteurs sont obligés de copier le discours pour le sauvegarder sur le temps long). C'est selon moi causé par la mise en question du support, effectué pour des raisons pratiques mais aux conséquences très importantes sur nos modes de vie. Qui n'a jamais transféré un mail sans y rajouter une ligne ? Qui ne s'est jamais envoyé un mail en guise de transfert des fichiers ou pour se souvenir de quelque chose ? Qui oserait prendre soin de copier à la main un document numérique important, pour éviter qu'une panne de disque dur ou le formatage du système pour cause de virus ne fasse irrémédiablement disparaître ce document ? Qui garde une version pérenne de ses articles de blog ?
Les arguments sont multiples qui me font dire euh, écrire, non, dire, que les écrits " modernes" sont aussi volatils que les paroles, avec les qualités de fécondité artistique que cela implique, mais aussi avec les défauts en matière de progrès scientifiques généraux.
Publié le 03/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Petite histoire de mongolfière.
Dans une mongolfière, 3 personnes des sciences de l'information et des bibliothèques montent avec du matériel professionnel. Elle vont à Dublin, Ohio. Soudain alors qu'elles franchissent des montagnes, un trou dans le tissu du ballon d'air chaud fait perdre à l'équipage de plus en plus d'altitude.
Elles se résolvent à alléger la nacelle pour éviter un accident trop violent. La bibliothécaire jette son Encyclopedia Universalis en disant: - Je retrouverai bien des référentiels à Dublin. La documentaliste jette son serveur de données en disant: - Je retrouverai bien une de mes sauvegardes à Dublin. L'experte en knowledge management jette la bibliothécaire et la documentaliste en disant: - Je retrouverai bien des personnes ressource à Dublin...
Publié le 02/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Lorsque je prends part à une manche de jeu de société stratégique, comme par exemple le poker ou les échecs, il m'arrive d'être mis malgré moi en "cuisson douce". La cuisson douce, c'est ce long temps durant lequel on sait qu'on est cuit, mais le verdict final se fait un peu attendre. Par exemple, quand j'ai les mêmes pièces que mon adversaire au jeu d'échecs... sauf la dame, perdue à cause d'une erreur grossière. Tout l'enjeu devient alors de forcer la partie nulle, même si l'adversaire a toutes les chances de m'éliminer à petit feu.
C'est un peu la même chose dans une courte partie de poker, où parti de 250$ je perds 10, 20, 50$ à chaque tour, et je me retrouve avec 40 $ et une main minable (6 de trèfle et 2 de carreau), à me demander si je mets "tapis" (all in en anglais) en priant pour un invraisemblable concours de chances. C'est souvent ce que je fais, préférant hâter la fin de la cuisson, pour achever mon agonie ludique.
Etonnant réflexe, tout de même, inverse de la pulsion de vie qui nous fait remonter à la surface de toutes nos forces quand on fait de l'apnée : c'est tout ce qui distingue le danger, consubstanciel au jeu, du péril, qui anime nos vies. Le danger s'affronte dans l'impatience, le péril provoque la fuite commandée par notre cerveau reptilien. Evidemment la frontière entre l'un et l'autre est placée par chacun en fonction de son expérience et du contexte. Mais quand on se plaît dans le danger, c'est un jeu dont les règles sont connues à l'avance (y compris la règle d'imprévisibilité des événements ).
Publié le 01/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Bonheurs de la sérendipidité, je pensais suivre vaguement la demi-finale de la Coupe de la Ligue entre Lens et Le Mans. Comme le terme de sérendipidité le suggère, j'ai découvert que sans m'y attendre je tenais un objet de l'une de mes quêtes, celle du match hors norme qui rend compte de la glorieuse et spectaculaire incertitude du sport collectif.
Difficile de ne pas évoquer dans le même ordre d'idée le Liverpool - Milan AC de la finale de Champion's League à Istanbul (3-3 (0-3), victoire aux tirs aux buts) ou la douleur francilienne du 3-4 de PSG - La Corogne (3-0 à 30 minutes de la fin), ou le bonheur monégasque de la victoire 3-1, à 10 contre 11, face au assez grand Real Madrid (2-4 à l'aller), ou le 4-1 du PSG contre le même club (1-3 à l'aller), ou la tragique demie-finale de Séville (France contre RFA, 1-1, prolongation 3-1 puis 3-3, défaite aux tirs aux buts).
Quel bonheur de voir, malgré (ou grâce à ?) des conditions de jeu assez mauvaises du fait de la pluie et du terrain se dégradant rapidement, deux équipes animées, pleines de caractère, ne baissant jamais les bras, appliquées et volontaires, avec de bonnes individualités, de beaux mouvements collectifs, des buts, du suspens, et une séquence de scores très intéressante : 1-0, 1-1, 2-1, 2-2, 2-3, 2-4, 3-4, 4-4, et enfin 4-5.
Chapeaux pour tous !
Publié le 29/02/2008
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
Ainsi l'homme né en 1922 à Brest, artiste, ingénieur (agronome), dont certains prisent et d'autres méprisent la valeur, s'est éteint comme une image, comme une icône, dans un instantané. Alain Robbe-Grillet, comme tous les grands auteurs, a à la fois (pour reprendre la dichotomie de Proust) toujours fait le même livre ET fait un grand livre qui contient toute son oeuvre. Pauvre Marcel, se retournant dans sa tombe comme s'est peut-être retourné dans sa tombe François-René de Châteaubriand lorsqu'il fut évoqué dans l'autobiographie en 3 tomes de l'érotomane sadique Robbe-Grillet (dans un désordre ordonné, Angélique ou l'enchantement, Les Derniers jours de Corinthe, Le Miroir qui revient). Mais avec Robbe-Grillet, les catégories deviennent fausses, les étiquettes volent et on peut y trouver d'éternelles sources d'étonnement, d'émerveillement, d'énervement, de réflexion.
De toutes les oeuvres magnifiques d'Alain Robbe-Grillet, s'il fallait n'en retenir qu'une ce serait : La Maison de Rendez-Vous et La Jalousie pour les romans et L'Homme qui ment pour les films. Toutes ces oeuvres, toutes ses oeuvres, mettent en scène un vaudeville incroyable, où les rôles de la femme, du mari et de l'amant sont tenus respectivement par l'écriture, le temps et l'image.
Mon premier contact avec son écriture fut la rencontre du décompte des rangs de bananiers dans la Jalousie : si vous passez outre cette expérience avec intérêt et plaisir, il est probable que vous restiez attaché aux écrits du bonhomme. Dans le froid et la sécheresse de Dans le labyrinthe, j'ai continué à participer à la construction de son oeuvre (souvenez-vous, "l'aventure d'une écriture"). Découvrant le "Documentaire sur une statue" de Resnais qu'on appelle affectueusement ADAM (L'Année Dernière A Marienbad) j'ai compris que le dénommé Alain Robbe-Grillet aurait une place dans ma bibliothèque aussi importante que celle de Jean-Marie-Gustave Le Clézio, dans un rayon totalement différent (quoiqu'en cherchant bien... j'en ferai peut-être un commentaire à l'occasion).
Vieux buffonnien, je reste partagé sur la période dite "érotique" de Robbe-Grillet : quand on pense que "le style c'est l'homme", on pense aussi que l'écriture n'est pas le fait de répandre sa nature mais sa culture, non sa passion mais son action, non sa personnalité mais sa personne. On est un peu trop près d'Alain et trop loin de Robbe-Grillet. Pourtant je dois admettre qu'à l'origine de cete période on trouve des pépites, comme le balayeur de La Maison de rendez-vous poussant dans le caniveau le journal illustré d'une photo dans laquelle se déroulaient les scènes précédentes, ou Jean-Louis Trintignant, héros soit mythomane soit créateur de L'Homme qui ment, racontant off une histoire qui ne colle pas avec les images en train de se générer dans nos yeux.
Comme toutes les vieilles Morgan, l'auteur a de très bonnes Reprises et dans un geste très symbolique il a livré l'autobiographie d'un romancier qu'on avait précocement et hâtivement attaché à la théorie structuraliste de la "mort de l'auteur" (Roland Barthes, lui-même moins assassin quand il parla de Sade, Fourier, Loyola). Intitulée par jeu Romanesques, elle dévoile à ceux qui en doutaient encore que son travail romanesque se fondait sur les siècles passés du roman, y compris le plus immatérialiste.
Bref pour faire court, à mes yeux lui ne l'était pas, mais son oeuvre est... Immortelle (titre de son premier film personnel et de son second ciné-roman, forme très intéressante qu'il convient de distinguer du scénario car...).
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