Rire de son malheur, voilà bien une idée saugrenue. On pourrait pourtant dire que rire de son malheur, c'est un peu le dépasser, le vider de sa force nocive. Job sur son tas de fumier, accablé par tous les malheurs qui pouvaient frapper une famille juive des temps bibliques, pouvait-il encore rire de sa situation? C'est plus plausible que que l'existence de Job lui-même!
Défini traditionnellement comme l'humour (parfois qualifié de proustien), ce rire de soi-même est une bonne façon de mettre à distance son propre problème: je suis par exemple tombé deux fois coup sur coup en panne d'essence sur l'autoroute (merveilleuse jauge). La première fois, j'avais peine à sourire. La seconde fois, c'était déjà la fois de trop et ces problèmes de jauge d'essence coûtaient les yeux de la tête... puis des blagues sur la récurrence d'un problème identique me sont venues à l'esprit...
Du genre "qu'est-ce qui est plus embêtant qu'une panne d'essence sur l'autoroute? - Deux pannes d'essence sur l'autoroute".
Ou "En panne sur l'autoroute, bon. On attend sur le bas-côté, on se fait piquer par un serpent, bon. L'ambulance et le camion de dépannage se suivent, bon. L'ambulance freine brusquement et le camion rentrent dedans, bon. La nouvelle ambulance tombe en panne d'essence, et ainsi de suite..." Ce qui n'est drôle que si on est malheureux, tout compte fait. Mais c'est déjà ça.










