Dans le domaine du réseau des réseaux, ce n’est pas à l’ouest que s’ouvrent les nouvelles frontières. Ce n’est pas en occident qu’est la vitalité d’Internet.
Par parenthèse je parle d’ « Internet » et non pas de « l’Internet » parce qu’en linguistique « le/la/les/l’ » sont des outils de forte actualisation (c’est une réalité bien connue et bien référencée dont on parle). Or rien n’est plus virtuel qu’Internet… Et puis cette méduse qui étend ses ramifications dans les vies privées de centaines de millions d’humains fait des fois un peu peur, Internet est une divinité inquiétante et étrange comme Odin, Vishnou ou Mercure. Bref.
Les pays tels que la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, et bien sûr la Russie sont à la pointe des expérimentations en matière de sites. Il y a l’aspect publicitaire, par exemple. Le contournement des blocages de pop-ups est particulièrement efficace sur un site tel que www.protonet.ru par exemple. Certes on peut objecter que c’est une performance dans la nuisance, mais comme toute technologie elle pourrait être retournée à des fins positives, ou tout au moins son existence même permet de s’interroger sur les façons de limiter son utilisation.
On peut évidemment aussi penser à la jungle que les sites de l’est de l’Europe constituent pour les droits d’auteurs et droits voisins. Alors que les majors de l’industrie du disque s’attaquaient à Morpheus, Kazaa, Napster l’ancêtre, et autres torrents de sites de peer-to-peer, les sites en téléchargement direct ou « léger », sans passer par un logiciel client, continuent leur petit bonhomme de chemin. http://www.soft-best.net est bien vivant depuis des lustres, pourtant son objectif est on ne peut plus clair : distribuer gratuitement des logiciels payants. Là encore, la vitalité de ces pratiques (la piraterie à responsabilité individuelle) est d’autant plus forte qu’elle s’accompagne d’un certain laxisme juridique et politique. Le site de laspirale.tk en France a rapidement du renoncer à un fonctionnement similaire, à cause des pressions policières exercées. Et lorsqu’on se rend sur la nouvelle adresse, http://spirale.aneantis.com/ , on constate un site tout à fait réglo, avec quelques clins d’oeil pour les bidouilleurs, mais rien de plus. Les sites de l’est de l’Europe on donc encore une longueur d’avance en ce qui concerne les audaces sur les droits d’auteur, même si bien sûr les pirates français, anglais, allemands, danois, néerlandais, italiens ou espagnols font toujours des recherches dans le domaine.
Ces territoires encore à civiliser sont-ils porteurs de valeurs d’avenir ? La Conquête de l’Est, à qui profiterait-elle ? Je peux difficilement me prononcer sur le bien-fondé des fraudes qui s’y déroulent, mais je suis certain que le web oriental a son rôle à jouer dans la constitution d’une société européenne récusant la pensée unique et le conformisme stupide aux états de fait. Conquérir l’Est, ce n’est pas forcément rendre tout le web occidental, mais passer de l’affrontement des sites (sites bienséants contre sites aux frontières du légal) au dialogue des pratiques, des lois et des aspirations.
L’Est de l’Europe, c’est une chose, mais plus à l’Est encore, il y a du nouveau… La question du web chinois est un vaste sujet en soi, j’ajourne donc le moment d’en parler, d’autant plus que je ne le fréquente pas très assiduement…










