Alors qu'on considérait avec colère et indignation les extrémités auxquelles le fichier EDVIGE pouvait mener, la pression fait reculer salutairement le dossier. Paradoxalement, d'ailleurs, sa mise en place n'aurait eu qu'un effet très faible.
Le paradoxe disparait quand on pense que du point de vue de la traque des criminels et gangsters et monstres asociaux, un dispositif aussi profond n'aurait pas l'efficacité liée aux moyens exorbitants engagés. Quelques truands seraient arrêtés, quelques individus dangereux seraient mis hors d'état de nuire. Et c'est une hypothèse optimiste: on ne peut pas garantir, même selon des lois statistiques forcément statiques et a posteriori, que les individus menaçants vont utiliser les chemins déclencheurs d'une alerte. A l'inverse, combien de personnes auront un comportement prédisposant à la mise en danger d'autrui et/ou de l'intérêt supérieur de la nation, sans jamais passer à l'acte prévu / attendu?
Le 11 septembre 2001, dont intersubjectivement on peut dire qu'il a marqué la disparition du World Trade Center et de milliers de personnes, le 11 septembre 2001 donc, montre très bien la vanité de cette quête de l'information sans possibilité d'attestation, de l'information tous azimuts. Les services de renseignement savaient qu'il allait se passer quelque chose, mais comme toutes les fois où la menace ne se concrétisait pas.
Ce peut être inquiétant, cela montre que le renseignement quantitatif, par fichiers automatisés, n'a pas encore de beaux jours devant lui, donc malgré la puissance d'analyse des infos aucune menace n'est écartée avec certitude. Le côté positif de cela, c'est que mis à part les dizaines de milliers de personnes déjà identifiées par les services de renseignement, les brouteurs perfectionnés ne pourront pas faire tomber beaucoup d'innocents dans le labyrinthe kafkaien des fichages, surveillances, filatures, accusations, condamnations. Ils seraient trop nombreux. Nous serions trop nombreux. Nous sommes tous des terroristes potentiels au vu de nos comportements et nos idées. Si tout le monde est dangereux, personne ne l'est essentiellement.










