J'emploie ce titre chargé d'histoire et d'émotion parce qu'Aimé Césaire semble sur la fin de sa vie, et je souhaitais évoquer sa figure en guise d'ouverture aux douleurs et splendeurs d'Haïti.
Car c'est bien d'Haïti qu'il sera question ici, et plus précisément de l'art haïtien. Pays des symboles forts et dramatiques, Haïti-la-pauvre ou Haïti-le-lessivé est encore capable, toujours, de sourire, peindre, chanter.
Les récentes émeutes de la faim ne sont qu'une péripétie de plus dans le torrent de larmes qui coule depuis la découverte d'Hispaniola par Colomb (Christophe, pas Gérard, qui a deux ailes d'ailleurs) jusqu'à la tutelle nécessaire mais étouffante sur cette partie exténuée de l'île. Mais en guise de mini "journal des bonnes nouvelles", on peut dire que l'art haïtien prend une grande place dans le paysage mondial globalisé. Une place bien supérieure, belle revanche, à la place économique, industrielle, commerciale, politique.
Il n'y a aucun hasard à ce que l'un des plus grands artistes du demi-siècle écoulé, Jean-Michel Basquiat, soit né d'Haïti. Le plus grand conflit qui anime Haïti est en effet un générateur d'art : Eros et Thanatos, la pulsion de vie et la pulsion de mort sont omniprésentes, d'où des oeuvres qui chantent et qui pleurent, des oeuvres qui explorent toutes les extrémités de l'âme humaine, des oeuvres qui montrent les choses telles qu'elles sont mais aussi telles qu'elles pourraient être, ou telles qu'elles ne devraient pas être.
Cette présence forte de l'humanité dans les oeuvres haïtiennes, c'est une âme qui n'est pas prête de s'éteindre parce que tout a déjà essayé de l'éteindre, sans succès. Le simple commentaire d'une exposition à Montréal peut donner une idée de ces contrastes étonnants et puissants entre reste de force vive et forces de destruction.
Le grand regret que j'ai, c'est de ne pouvoir mettre un nom sur les décos d'un taptap, sur cette plaque martelée et peinte, sur ce marché bondé peint sur un carré d'un mètre de toile... c'est là qu'on se sent inculte (et non pas en ne se souvenant pas du prénom du baron de Charlus), c'est là qu'on se dit qu'il faudrait mieux connaître ce beau pays, et ces gens, des "esclaves au paradis", des "zanmi lotbodlo".










