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Tribune libre
Mon bloc perso.
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Publié le 21/02/2008
Par fxboffy
Humeur : Souriante
J'avais prévu de parler d'un sujet très lointain et finalement assez consensuel, le problème de la reconnaissance des états face à la nécessité de tisser des liens et non d'opposer les entités nationales : dans la même semaine le Kossovo se proclamait indépendant, avec des reconnaissances sporadiques, et les élections à Chypre laissaient entrevoir un rapporchement entre le sud, pauvre enrichi par sa reconnaissance internationale, et le nord, riche appauvri par l'absence de reconnaissance internationale.

Mais le fait d'observer un moment important et symbolique de la campagne locale lyonnaise m'amène à en dire quelques mots.

D'un café politique on attend autre chose que des brèves de comptoir, c'est évident. Je n'étais à vrai dire pas inquiet en connaissant le casting, et encore moins en voyant le café se remplir, se remplir, ce qui pousse en général les débats :
- vers les questions qui sont déjà bien avancées dans la réflexion sur le thème
- vers les questions qui clivent et soulèvent, volontairement ou non, des protestations... il faut dire que passionnée est la question des droits et devoirs des personnes L, G, B, T, comme on dit aussi bien de façon timide (les mots ne sont pas prononcés) que de façon militante (on examine toutes les situations y compris la bisexualité et la transgénération, très peu évoquées par la classe politique).

J'ai parlé de casting, mais ce n'est juste de comparer la soirée à une sortie au cinéma que si je précise que le cinéma, c'est sérieux et même grave (ceux qui ont vu La Vie des Autres, Le Pianiste, Requiem for a Dream, Raining Stones... savent que le cinéma peut être sérieux). Pour ne citer que ceux que je connaissais avant la soirée, il y avait ainsi Najat Vallaud-Belkacem, Nathalie Perrin-Gilbert, Jean-Louis Touraine (tous trois du PS), Benoît Teste (Audace), Fabienne Lévy (PRadical valoisien, ou PRD), Ange Beltran (MoDem).

Abondance de bien nuit, peut-être, car dans ce café politique respectueux du pluralisme les 2 représentants de chaque courant s'exprimaient à leur tour, donc en 2 heures difficile d'aborder de façon satisfaisante les principaux aspects du sujet. Néanmoins, installé dans mon coin de banquette face aux belligérants j'ai pu remarquer des détails, relever des positions, tâter le pouls de la campagne lyonnaise, très sensible ce soir-là au grand Café du cours Gambetta.

Numériquement, Gilles Buna (Verts) et les socialistes, qui se sont relayés par la force de leurs emplois du temps, avaient l'avantage. Du côté des associations LGBT également, on avait le sentiment que le coeur battait un peu plus à gauche. A Lyon, c'est palpable, si rien n'est joué mathématiquement le résultat ne fait plus de doute, Gérard Collomb va entamer bientôt son second mandat avec son équipe.

La position de Fabienne Lévy, sans doute une des plus ouvertes parmi les soutiens de Dominique Perben sur le débat de ce café politique, était doublement délicate, et du coup m'a vraiment intéressé : sans illusion sur l'issue du scrutin, elle a tenté de défendre sa voie personnelle, et de se démarquer de l'aile à réaction de la liste Perben. On voit qu'elle reconnait la légitimité de l'adversaire à se targuer d'un bilan plutôt positif, quand elle souffle à Jean-Louis Touraine le mot "subversif" qui lui manquait pour achever sa pharse ! Elle n'avait pas la possibilité de s'appuyer sur son étiquette politique, non seulement avec Vanneste encore candidat dans le nord, mais aussi avec les expressions fâcheuses et fâchantes d'un de ses co-lisiters à propos de la pureté du mariage face aux corrupteurs LGBT (il va visiblement se prendre une remarque dans les dents lors de la prochaine réunion de collistiers Perben). Du coup, même assise sur une connaissance du dossier et des rouages juridiques, elle est apparue maladroite, peu tactique (le "qui êtes-vous" à une association très ancienne a sonné comme du désintérêt et non de l'attention individuée) et résignée.

Le MoDem quand à lui n'hésitait pas entre la gauche et la droite, mais, logiquement si on analyse la ligne de conduite bayrouiste, entre critiquer gauche et droite et féliciter gauche et droite pour leurs actions. Ce qui reste une hésitation préjudiciable à leur crédibilité quand il s'agit de réagir avec vigueur aux problèmes des LGBT.

Il y aurait tant à dire encore, sur les mini débats d'intoxication vite écartés (parce qu'on est à l'échelon local, mais ça aurait fait la soirée au niveau national), sur les questions plates à réponses intéressantes et inversement, mais je termine sur deux points qui m'ont frappé (non je n'ai pas dit que ce café était comme un match de boxe !).

Tout d'abord, ça ne surprendra personne parmi ceux qui suivent son travail, dès sa première prise de parole Najat Vallaud-Belkacem a mis quelques pendules à l'heure : recentrer sur les capacités d'action des élus locaux qu'ils seront dans quelques jours, faire des propositions concrètes innovantes (bien que la question du congé de parentalité se heurte a priori à un déblayage législatif
préalable), magnifiquement et astucieusement souligner les nombreux réactionnaires chez l'adversaire en faisant amende honorable pour les quelques progrès à faire dans son propre parti. La seule à recueillir de francs applaudissements de la part de l'assistance très composite, durant le débat; si elle a de plus en plus de partisans, ce n'est pas un hasard, elle a une subtilité politique hors norme.

L'autre point frappant, c'est la boisson la plus adaptée au café politique, celui-là comme le café politique en général. Pas le café, déjà, car ça ne sert à rien de s'énerver, même si on peut penser que le café, symbole du monde du travail, pourrait pousser les débats vers plus d'application intelligente. Pas la menthe à l'eau, comme ce que j'ai pris; pas le thé, car quand on boit le thé Ceylan (oups, c'est lent !).

La vraie boisson des cafés politiques, c'est la bière, car il est question de brassage, de gens qui se font mousser, et surtout de question mise en bière. Feue la question de Michel Chomarat, plus engagé que jamais dans la défense des droits de tous indépendamment de leur sexualité : les candidats réunis autour d'un micro filaire grésillant pensaient-ils aller jusqu'au mariage homosexuel ? La question était piégée, et ceux qui pouvaient s'en rendre compte comprenaient aussi que ne pas répondre oui, quelle que fût la raison, était rédhibitoire. En effet, la vraie question était de savoir si les personnes politiques, en fonction des circonstances, pouvaient désobéir civiquement pour célébrer (oui, Luc, célébrer puisqu'il s'agit d'un rite adminsitratif) un mariage homosexuel ET s'ils étaient favorables au mariage homosexuel.
Impossible, dans un café politique, de répondre correctement à cette question à deux coups sans faire se lever des boucliers....

Le café politique, pour conclure, j'aime, surtout quand le sujet et les débattants sont subtils.
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