Reprenant une réflexion de Gilles Deleuze je commentais l'addiction aux jeux en ces termes : le joueur accro vise toujours l'avant-dernière partie. En ces temps de cadeaux, j'ai envie de rajouter une pierre à l'édifice déjà pesant de nos tristes angoisses du vide.
Les cadeaux, ça va cinq minutes, mais trop de cadeaux tuent les cadeaux. Ainsi lorsqu'on reçoit pléthore (spéciale dédicace à feu madame Adrienne Lidoine), on n'a plus de plaisir à recevoir plus. Pour les économistes, ce serait une forme de gain marginal de plaisir décroissant, qui tend à devenir rapidement négatif. Pour les lecteurs d'histoires pour enfants, c'est le syndrome de Piem la pieuvre qui a bien besoin de se faire manger les jouets par Bali la baleine.
D'une certaine façon, ceux qui offrent des cadeaux redoutent consciemment ce moment, mais ils se disent qu'ils sont encore en-deçà de la saturation : les généreux donateurs cherchent toujours à donner l'avant-dernier cadeaux, et non le dernier, car ainsi ils peuvent continuer à offrir sans "pourrir", sans "gâter". Ils sont d'autant plus enclins à pousser le bouchon plus loin que sous l'effet potlach propre à toutes les sociétés humaines, plus de don implique plus de redevance, et donc plus de pouvoir... C'est peut-être l'un des seuls effets bénéfiques de l'individualisme croissant dans nos sociétés, de se détacher de cette culpabilité de recevoir pour ne plus donner de pouvoir ou d'emprise à ceux qui donnent. Adieu Dickens, adieu paraboles bibliques...










