C'est un peu faux de dire que le film The Constant Gardener (La Constance du jardinier en français) est très plaisant à voir. Il y a du dégoût, habilement suggéré devant les manipulations pharmaceutiques pratiquées sur les populations africaines et devant les trahisons de ceux qui sont censés les défendre, leur apporter soutien et humanité. Pourtant il y a aussi du plaisir, qu'Aristote prétendrait cathartique et que Brecht désignerait comme lié à l'interpellation directe du spectateur.
Une histoire d'amour qui résiste à la mort. L'art du contretemps sentimental.
Cette oeuvre est un bel enchevêtrement d'intimité (c'est une très belle histoire d'amour à contretemps) et de globalité (les très méchants sont légion, les très gentils sont tout seuls, et tout spectateur est poussé à choisir un camp).
Rachel Weisz, une femme occidentale enceinte, découvre la vie kenyane... et tourne un film.
C'est aussi, qualité principale du film selon moi, la rencontre de la fiction et du documentaire, dans la veine des travaux effectués par Kiarostami, très appréciable quand on repense à ce qu'en disait entre autres Jean-Louis Comolli. La fiction est donc double, sentimentale et politique; mais ce qui en renforce la qualité, c'est que de multiples séquences relèvent du travail documentaire. Un indice est révélateur de cette attention au documentaire : Justin Quayle filme à la webcam un pseudo documentaire du commandant Cousteau pour présenter le ventre énorme de... Rachel Weisz l'actrice (et non plus seulement celui de Tessa Quayle le personnage). Les croisements sont multiples, et atteignent leur plénitude lors des magnifiques scènes de foule, où les enfants font la fête à la caméra plus qu'ils ne jouent leur rôle.
Justin Quayle, les yeux enfin ouverts.
De ces scène de foule on retient la vie, la joie, les couleurs et l'énergie. Et la pensée retourne à l'histoire racontée, ce "Che" Muffin Quayle qui n'existera jamais, ces populations exploitées grâce à leur malheur (Three Bees peut dire merci à l'épidémie de SIDA !), des êtres tantôt faibles tantôt courageux. La mort de Tessa Quayle nous force à ouvrir les yeux comme elle a forcé son mari à prendre conscience qu'aucun jardin ne pousse en dehors d'une terre où poussent les mauvaises herbes. Il faut donc cultiver son jardin et aider son voisin à faire le sien.










