La facture du film interpelle, dérange, et c'est déjà une bonne surprise dans l'océan d'académisme où nous voguons parfois. Bien mené, bien photographié, assez bien joué, ce thriller éveille bien sa dose d'angoisse. Mais le plus intéressant est qu'il met en place un dispositif scénaristique qui nous oblige à entrer dans une réflexion sur le cinéma.
Une question toute simple me donne cette certitude. Mon épouse me demande, à la fin du film : "Mais qui a filmé les cassettes vidéos?" Je lui dit sans hésiter et en souriant: "Michaël Haneke!".
Drôle de point de vue sur les choses - Caché (c) Les Films du Losange
Evidemment, c'est le réalisateur qui "filme" tout (ou presque, il y a les images des informations télévisées, voir ci-dessus, ce qui d'ailleurs montre encore plus la nécessité de se demander qui filme, et qui filme quoi). Car le réalisateur est en même temps acteur de son histoire, comme Georges (Daniel Auteuil) est spectateur, acteur et directeur de toute cette histoire.
On dit parfois dans les cursus de cinéma que les meilleurs films ne peuvent pas faire l'économie d'une dimension réflexive, d'une interrogation sur l'oeuvre en train de se produire. Si cela ne masque pas les autres dimensions de l'oeuvre, c'est à coup sûr un gage d'intensité et une forme de sincérité. Dans Caché le fait de filmer ou d'être filmé est une question essentielle, mais cela n'annexe pas tout le propos, cela l'enrichit. "Mérite le détour", comme le dirait le guide Michelin.
Daniel Auteuil se fait un film - Caché (c) Les Films du Losange










