Situation d'énonciation : une lettre courageuse, d'adieu d'un adolescent à sa famille. La lettre n'a pas du tout vocation à être diffusée au-delà du cercle familial, d'où les tournures affecteuses un peu "niaises".
Un jeune qui résiste, parmi d'autres, et qui écrit une lettre, parmi d'autres.
Le contexte de réception est radicalement différent, c'est ce qui en fait la valeur et la faible adéquation. Tout à coup le grand public s'immisce dans l'intimité d'adolescents, des histoires de familles. Tout à coup une nouvelle star apparaît, masque la forêt des résistants, est exhibée contre sa volonté posthume. Il y a des aspects positifs de cette colonisation par l'émotion : faire comprendre de façon intime quels peuvent être les sentiments et le courage des jeunes otages. Mais que cette commémoration forcée sent le rance ! Que cette dramatique absence de recul historique sur l'émotion affleurante est dommageable pour la postérité même des résistants !
Pour moi, cette extorsion d'émotion couverte par un plan marketing géant donne envie de faire des jeux de mots absurdes, pour fuir : Guy Môquet a inventé un tapis de sol, la célèbre môquette. La gentillesse du jeune communiste était si grande que nombre de ses compagnons de cellule s'en môquaient.










