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Tribune libre
Mon bloc perso.
- C'est grave docteur ?
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Publié le 17/12/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
L'addiction aux jeux est un phénomène de mieux en mieux cerné; avec la popularisation du poker en ligne, cette pathologie trouve un champ de développement particulièrement vaste. J'y réfléchissais ce matin même alors que j'augmentais mon petit pactole virtuel sur le Poker Hold'em de Facebook, grâce aux 200 jetons donné par visite quotidienne aux serveurs et surtout grâce à de bonnes mains (paire de 5 rencontrant une paire de dames, 10 et dame permettant une suite royale...). J'allais quitter la table, satisfait de mon gain de 100% (300 pour 150 investits dans la partie), quand tout à coup j'obtiens une paire de 8.

Je ne pouvais raisonnablement pas laisser passer l'occasion, surtout que ma table ne jouait pas très finement (moi y compris). Pour une poignée de jetons en plus... j'y ai échappé, mais combien d'inexorables chutes se sont produites, au poker comme aux courses ou en bourse, à cause de la dernière partie? Le mécanisme est toujours le même, parti pour partir, le joueur perd en ayant un énorme goût d'inachevé. Il ne peut s'empêcher de vouloir une revanche sur le sort qui l'a fait échouer. Et il reperd, souvent par excès d'une audace renforcée par la frustration. Et les pertes s'enchaînent, et c'est la descente inexorable au cimetière des ambitions ludiques (et souvent financières).

Je pense souvent à ce que Gilles Deleuze disait de l'alcoolique (dans son magnifique abécédaire) : "il ne vise pas le dernier verre, il vise toujours l'avant-dernier verre". L'avant-dernier verre, c'est celui qui procure la satisfaction (de boire) sans la frustration (de ne plus boire après). Or évidemment, nous le comprenons grâce à cette pensée lumineuse de Deleuze, chaque verre est l'avant-dernier, la série ne peut donc jamais s'achever.

Les mécanismes des addictions aux jeux sont multiples, mais je crois que cet effet-là est présent et opérant : le joueur accro ne vise pas la dernière partie, il vise l'avant-dernière partie: car s'il lui reste une partie à jouer après, il peut toujours espérer mieux. Si la chance est avec lui, elle peut lui apporter plus encore. Si la chance le fuit, elle peut tourner à la prochaine partie. Pour ma part j'ai intégré un principe très précieux, un garde-fou respectable et utile (que je n'ai pas respecté ce matin, c'est vrai... la preuve par le contre-exemple). Ce principe, c'est que si la mise de départ est de 100, il faut partir si on perd tout, et il faut partir si on atteint la somme de 200. Quand on double on quitte ! Simple logique statistique : du point de vue des tirages hasardeux, on a plus ou moins une chance sur 2 de tout perdre, une chance sur 2 de doubler; au-delà les chances s'amenuisent dramatiquement (cela sans prendre en compte, évidemment, la part de stratégie propre à de nombreux jeux de hasard, qui permet aux meilleurs de repousser sans trop de crainte cette barre des 100% de gains).
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