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Publié le 27/03/2008
Par fxboffy
Humeur : Souriante
Chose promise, chose due, je reprends ci-dessous un court texte, sans doute trop long, sur les raisons qui peuvent pousser les socialistes à ne pas écarter l'éventualité d'une alliance avec "Le parti de François Bayrou", et sur les motifs qui font penser que le Modem est une "démarche locale" au destin national incertain.

On parle souvent en matière d'alliance socialiste du programme commun avec les communistes. Le contexte historique global est tellement différent... Cela ne veut pas dire que les démarches radicales dans le domaine social, écologique ou économique ne puissent être examinées avec intérêt. Mais l'existence même du modem et de ses demi-frères, Nouveau Centre, gauchistes de droite, etc., est le signe d'une forte diminution des options politiques d'un pays ou d'une collectivité locale. En 30 ans on est passé d'un idéal réalisable à un idéal du réalisme, non seulement dans les partis politiques "centraux" (PS - Modem - UMP) mais dans la majeure partie de la population.

C'est un fonctionnement circulaire que seules des modifications radicales des modes de vie pourraient infléchir : la population souhaite des avancées réalistes et pas des promesses sans effet, les dirigeants tendent à prouver sans cesse le réalisme, l'efficacité de leurs propositions (d'où l'idée d'une politique par la preuve), donc les électeurs s'habituent à des solutions à échelle minimale (presque aux solutions individuelles, au cas par cas), donc les dirigeants qui souhaitent faire bouger les choses doivent montrer leur compétence dans ces solutions à échelle individuelle, occultant souvent l'utopie sous-jacente aux orientations politiques, parce que ça ne ferait pas "sérieux" auprès d'une part croissante de la population, donc etc.

En gros il y a un cercle vicieux qui oblige les idéaux politiques à avancer "masqués" pour espérer commencer à se réaliser. Et plus ils se masquent plus ils sont suspectés d'irréalisme par la part "frileuse" de la population. N'oublions pas que sous Mitterand la "Force" était déjà présentée comme "Tranquille"...

Je formule l'hypothèse que l'art politique n'est pas d'avoir des idéaux, mais d'avoir des idéaux et de les mettre en application: d'où un équilibre toujours renouvelé entre volonté de changement et préparation de ce changement, à droite aussi mais en particulier à gauche où l'on a les idéaux à fleur de peau. La démarche de Ségolène Royal et de François Bayrou (entre autres) est de redonner confiance dans les idéaux en montrant qu'ils restent opérants dans la conduite de la vie publique. Plus encore, l'humanisme, dont une conseillère générale du Rhône nouvellement élue dénonçait l'effacement dans les politiques de droite, implique la proposition par la gauche d'un "autre réalisme". Il se doit de n'être pas moins cohérent mais plus créatif.

Tout ça pour dire, brièvement car la nuit s'avance, que la "trahison" des idées de gauche se fait actuellement autant en refusant d'imaginer la façon de les propager (posture de la gauche de la gauche) qu'en faisant semblant de croire que les idées humanistes de la gauche ont une cohérence si elles sont mélangées aux idées matérialistes de la droite (posture de la gauche convertie au sarkozisme).

Concernant la vie locale, plus brièvement, il apparaît que l'argument de Marielle de Sarnez sur les pouvoirs locaux qui dépassent les étiquettes pour le bien de la collectivité est tout à fait recevable dans les petites communes. Même une petite ville a besoin d'une forme de "tuilage" entre les opposants passés pour que soient assurées la continuité et la qualité du service aux citoyens, après une nouvelle élection.

Toutefois ce qui est vrai sur le plan local n'est pas forcément possible au plan national. Alors qu'on peut, dans des territoires restreints, à taille humaine et presque "familiale", prétendre passer par-dessus tous les clivages même les plus forts le temps d'une action, peut-on réconcilier sur le territoire national un Besançenot et un De Villiers ? C'est pourtant peu ou prou le leitmotiv de François Bayrou, qui se place dans une situation de crise grave ressentie et prononcée, alors que la crise actuelle est silencieuse et encore insensible. La "communauté nationale" n'aurait donc aucun penchant à "serrer les rangs" autour d'un projet ou leader consensuel.
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