On me presse de dire mon sentiment sur la métamorphose, car le mot est très adapté, de Ségolène Royal sur la scène du Zénith, il y a maintenant près d'un mois. Mon sentiment sur cet événement populaire (à prendre suivant les dispositions d'esprit comme "apprécié" ou comme "très familier").
Plus que mon sentiment j'aurais envie de donner mon analyse, mais comme toujours en politique l'analyse est déjà la marque d'un sentiment, par son filtre même.
En analysant la prestation de Ségolène Royal du point de vue scénique, comme l'ont fait par exemple Dominique de Villepin ou Jean-François Kahn, je lui reconnais le droit d'utiliser la scène jouée comme moyen d'expression politique, à l'image de ce que proposent les campagnes américaines passées et actuelles. Confere par exemple l'arrivée de Barack Obama en visiteur surprise la veille de son allocution à la convention de Denver. Du point de vue scénique, son dispositif était assez efficace, puisqu'on n'avait pas l'impression d'assister à un discours politique traditionnel (que cette intervention était pourtant totalement).
En analysant ce passage sur le plan du signifié, pas de scandale particulier, du point de vue socialiste. Un discours aux mots parfois très ancrés à gauche ("interdire les licenciements" a notamment été mis en avant, sans qu'on voie bien l'aspect simplement "réglementaire" et non constitutionnel de la proposition). C'est vrai que la méthode de présentation, un peu "spectaculaire", est étiquetée à droite, paraît donc à beaucoup en décalage avec les paroles. C'est une impression, mais la politique nationale se fait surtout sur des impressions.
La tactique qui consiste à prendre ses distances avec les méthodes traditionnelles du PS, gentillement respectables et gentillement mornes marche incontestablement, en témoigne l'engouement des plus jeunes pour ce rassemblement de la fraternité... et les critiques des caciques. La logique est continue avec l'association "Désirs d'avenir", où l'on aime bien le PS pour ses principes, pas tellement pour son côté "gauche caviar". L'incarnation du changement est l'un des piliers de la campagne américaine d'Obama, c'est la carte jouée par le passé et plus nettement encore par le présent de Ségolène Royal.
La France n'est toutefois pas les Etats-Unis, pour qui le changement est l'essence et le moteur. C'est un vieux pays, dans un vieux continent, comme le disait autrefois D. De Villepin. Celui-là même qui derrière une forme de défense renvoie la prestation de Ségolène à une autre culture. La rencontre des cultures demande du temps, donc peut-être qu'avec le temps l'habitude viendra.
Mais pas encore, pas maintenant, à un moment où la stratégie commandait de jouer collectif et serré pour attaquer, en creux, les divisions à l'intérieur des autres motions. Le fait d'être la dernière signataire de la motion E, ou quasiment, lui a sans doute été suffisant pour penser qu'elle serait seule affectée par les critiques et les louanges. C'est une erreur de jugement mineure mais réelle. Mais ne pourrait-on pas dire qu'à vaincre sans se mettre en danger on perd tout panache? Du panache donc, ou de l'audace, comme on dit à Paris.










