La calligraphie est un art qu'on côtoie forcément dans l'apprentissage du chinois. Les logogrammes chinois eux-mêmes sont parfois d'une grande pureté, souvent belle. Ren, l'humain, Yi, l'unité, les arbres qui forment la forêt, le corbeau qui est représenté par l'oiseau dont on ne voit pas l'oeil dans le plumage (noir sur noir)... C'est une galerie d'art conceptuel et simple.
Les alphabets sont plus simples, parfois moins évocateurs, mais on peut oeuvrer de longues heures dans les tracés pour que la forme en soit esthétique. Sans ces lettrines pourtant nos lettres ont une beauté et un sens qu'on ne soupçonne pas souvent. Francis Ponge a élevé le mot au rang de poésie, de l' "éponge" au "cageot" en passant par la magnifique "mûre". D'autres comme Appolinaire ont exploré l'art de la ligne d'écriture. Certains comme Char ont fait tout un char du mot ILE.
Mais la lettre pure, y pense-t-on? M a eu raison de brandir son initiale comme un étendard. Zorro est tout à fait fondé à partout écrire son "non" qui s'abaisse en s'affirmant, ce "Z". O c'est évidemment toute une histoire, un peu vide de sens mais qui encercle. Le S est sans doute une des plus belles lettres, qui va où on ne l'attend plus, qui est prête à bondir avec force.
La chance de la littérature mondiale est que nous ayons tant d'alphabets, qui proposent leurs lettres si particulières, les lettres grecques en rondeur, les romaines martiales, l'alphabet phénicien aux allures de code secret, les caractères cyriliques qui ont un faux air de faux-frères phonétiques. De tous les alphabets, l'arabe est peut-être le plus artistique, avec peut-être le sanskrit que je ne connais pas bien. Heureux donc ceux qui écrivent et dessinent des oeuvres d'art, au travers de l'arabe écrit.










