Difficile de faire un bilan de l'année sur les thèmes aussi divers que les médias, l'information, le langage et la galaxie Gutenberg. Donc je me limite à commenter, contextuellement, une source d'information et de réflexion, une méthode d'information qui prête à réflexion, et un produit de notre société de langages (c'eût été trop beau de trouver un produit d'information source de réflexion).
Dans le domaine de la critique médiatique, David Abiker est de plus en plus visiblement actif. Apparu chroniqueur dans le très bon Arrêt sur image, il coordonne quotidiennement Les Infonautes de France Info. Bref là n'est pas l'intérêt; l'intérêt, c'est une bonne personne ressource pour ces questions. Et par le biais de son blog on a l'occasion d'en apprendre de belles, et des intéressantes, donc je le conseille vivement.
Pour preuve, un détail qui fait sourire jaune, souligné par une note du 11 décembre 2008 : des informations "confidentielles" font l'objet d'une véritable publicité par SMS. Du genre "Jean-Pierre, vous avez gagné le droit de lire l'accord confidentiel entre Vivendi et La Banque Postale, venez sur www.info.info". Drôle de monde où les ruptures, les rabibochages, les secrets d'état passent par les téléphones portables. Bon durant des siècles toutes ces infos passaient sur des simples papiers, ou sur le vent de la voix. Mais quand même, on peut trouver plus classe pour trahir les secrets et les peuples... A moins que ce ne soit que de la mousse, sans importance humaine, qui s'efface avec facilité. La méthode peut choquer, mais elle sera périmée, comme toute ruse marketing, comme l'hameçonnage par mail massif, comme les cadeaux gagnés pour visiter un nouveau magasin de canapés cuir, au bout de quelques années.
Mon dernier focus est sur un produit de notre langue qui est aux antipodes de cette mode du frelaté - commercialisé - nouveau. Au contraire, ça sent la naphtaline à plein nez. Le mot "conservateur" est un produit très lourdement étiqueté, et cela semble augmenter avec le temps. Constatant avec amertume, en effet, que la législation interdisait toute présence de conservateur dans le jus d'orange, je me suis souvenu : pas les conservateurs du patrimoine, des musées ou des bibliothèques, mais ces produits toxiques qui font du mal aux enfants et aux gens si on en abuse.
Et puis en lisant un article sur le PS j'ai repensé à l'opposition traditionnelle, en politique, entre réformateurs et ... conservateurs! A chaque parti ses tenants de la ligne pure, les conservateurs, face aux réformistes et autres révolutionnaires. Et globalement dans l'ensemble de l'échiquier politique on trouve encore des conservateurs! Pas bien dans un parti, d'être conservateur.
Ils sont partout. Mais partout un peu considérés comme pas très bons à la santé. Comment voulez—vous après que la population la plus large s'intéresse à des produits gardés par des « conservateurs »? C'est un détail linguistique, mais il faudra sans doute que la langue change parce qu'en bibliothèque on ne peut pas se permettre de perdre du public sur des impressions, des détails.










