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Publié le 13/08/2007
Par Jeudi Noir

Vipère au poing (1972)

BAZIN Hervé
Editions "Le livre de poche"
186 pages
Prix 4€
Acheté d'occasion 1€
Commencé le 12 juin 2007
Terminé le 13 juin 2007

L'Histoire

C'est dans le craonnais (sud-ouest de la Mayenne) que se trouve la demeure ancestrale de la famille Rezeau, "La Belle Angerie". Cette famille issue de la haute bourgeoisie locale souffre de problèmes d'argents, problèmes qui se sont atténués par le mariage de Jacques Rezeau, homme de faible caractère passionné par l'étude des insectes, avec Paule Pluvignec, une maîtresse femme.
De leur union naquirent trois fils ; Frédie, Jean et Marcel.
Dans les années 20, les deux aînés sont élevés par leur grand-mère paternelle au milieu de quantité de gens de maisons et autres membres de la famille. Leur éducation est assurée par un précepteur religieux. Leurs parents se trouvent depuis des années en Chine où leur est né un petit dernier que ses aînés ne connaissent donc pas.
Même si leur enfance est bien encadrée, la vie est agréable dans "La Belle Angerie". Hélas, la grand-mère décède et les parents rentrent - plusieurs mois après - dans leur domaine.
Le ton est donnée dès la descente du train ; Frédie et Jean son accueillis par une magistrale claque alors qu'ils allaient embrasser leur mère ; ces effusions étaient intolérables.
Très vite l'atmosphère change ; brimades et restrictions de tout poil tombent en cascade sur la maisonnée. Tant et si bien que la quasi-totalité du personnel démissionne ou est remercié... Ne restent bientôt que "Fine", la bonne sourde et muette, et quelques métayers qui ne vivent pas sous ce toit.
La liste des brimades et sanctions serait trop longue à détailler ici. Des cheveux rasés, à l'obligation de porter des sabots, en passant par l'arrachage de l'herbe dans l'allée, la restriction du périmètre de promenade, la nourriture avarié, les sanctions corporelles, la messe quotidienne à domicile, la confession publique etc... font que les trois garçons vouent bientôt à leur mère une haine infinie. Frédie la traite en secret de "Folle Cochonne", en abrégé, "Folcoche" ! Le surnom est trouvé. Et bientôt tout ce que la propriété compte comme arbre se trouve décoré à coups de canif de deux lettres majuscules ; "VF", c'est à dire "Vengeance à Folcoche" !
Le petit frère joue un temps le rôle d'indicateur mais se range bientôt du côté de ses aînés, signant même un pacte secret de résistance. Résistance qui s'organise en même temps qu'un "marché noir" avec les paysans du coin afin d'avoir quelques victuailles et quelque argent pour subsister malgré la mégère !
Folcoche désapprouve le fait que ses fils aillent à la chasse avec leur père, mais ce dernier, pour une fois, insiste pour les garder avec lui.
C'est alors que Folcoche tombe très gravement malade et doit être hospitalisée pendant plusieurs mois. Elle passe très près de la mort, à la grande joie de ses fils qui sont bien déçus qu'elle reste en vie. Mais Folcoche a une volonté de fer et s'en sort. Elle revient à "La Belle Angerie" où elle trouve la discipline bien relâchée. En effet, tous les autres habitants de la demeure ont mis à profit ce véritable répit pour respirer à pleins poumons quelques goulées de liberté. La reprise en main s'impose mais les garçons se sont endurcis et un vent de révolte souffle sur la maison. Jean en est le leader. Il comprend bien la structure mentale de sa mère et arrive à la défier en permanence tout en respectant ses règles. S'ensuit une lutte implacables entre deux volontés, entre deux formes d'intelligences qui sont à présent aussi perverses l'une que l'autre.
Jacques Rezeau part alors avec ses deux aînés pour un voyage dans le sud de la France. A chaque étape, le père rencontre des camarades qui ont fait la guerre avec lui mais aussi des scientifiques spécialistes des insectes. Ce voyage resserre les liens entre les trois hommes, mais ce ne sera jamais suffisant pour que Jacques Rezeau s'oppose au vrai chef de famille, sa femme.
A leur retour, alors que les trois frères canotent sur un plan d'eau leur mère veut "arraisonner" leur barque et tente de sauter dedans. Jean fait faire un écart à l'embarcation et Folcoche tombe à l'eau. Chacun attend qu'elle se noie, emportée par le poids de ses vêtements, et pour accréditer la thèse de l'accident, Jean fait semblant de laisser échapper les rames, rendant impossible tout sauvetage...
Mais Folcoche s'en sort encore ! Et c'est sur Jean que le poids de sa haine va se porter. Il sera fouetté par son précepteur, l'abbé n°7, car 6 ont déjà été remerciés...
Jean s'insurge, refuse la sanction et se barricade dans sa chambre. Il profite de la nuit pour s'échapper et prendre le train à destination de Paris pour y rencontrer les parents de Folcoche qu'il ne connaît même pas...
Cette escapade qui oblige Jacques Rezeau à courber l'échine face à ses beaux-parents n'est pas du goût de Folcoche qui n'aspire qu'a faire entrer son cadet en maison de correction. Un combat de titans s'engage...
Jean s'aperçoit que sa mère est allé placer dans une cache secrète de sa chambre qu'elle avait découverte, son porte-feuille plein de billets de banque. L'intention est claire ; le compromettre et l'envoyer à coup sûr en maison de correction.
Jean va chercher ledit porte-feuille et met sa mère au pied du mur ; soit elle accepte que Jean et ses frères soient mis en pension et quittent donc la maison, soit il dévoile la manœuvre auprès de son père, et se passera ce qu'il se passera. Folcoche cède, et les trois frères quitteront "La Belle Angerie" à la rentrée suivante, même si cela oblige leur père à se mettre à travailler et à abandonner ses chères études sur les insectes.
Jean est devenu un homme. Il a entretenu une relation avec une paysanne du coin. Il part vainqueur, mais mentalement mutilé. Il ne sera jamais capable d'aimer et verra toujours dans chaque action l'intention qui peut-être l'anime. Il sera très fort mais incapable de sentiments humains. Il abordera toujours les autres comme s'il tenait une vipère en son poing...


Mon avis

Ce livre est un pur régal mais on a peine à croire que l'histoire soit très autobiographique. Une telle pathologie affective, une telle perversité mentale est à peine croyable ! Les efforts de ces 4 hommes pour résister du mieux possible à ce danger vivant qu'est cette "Folcoche" sont héroïques... La survie impose parfois à la victime de ressembler le plus possible à son bourreau pour le prendre à son propre jeu. Cela fait froid dans le dos !
A tous ceux qui croient que leurs parents n'ont pas été gentils (et aux autres !), je conseille vivement la lecture de ce livre !
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