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Publié le 13/08/2007
Par Jeudi Noir

Samouraï William ("Samuraï William" - 2002)

MILTON
Giles
Editions "Noir sur Blanc"
354 pages
Prix 23€
Acheté d'occasion 14.31€
Commencé le 30 juillet 2007
Terminé le 2 août 2007


L'Histoire

En 1544 un petit groupe trois marchands portugais est entraîné si loin par une tempête en mer de Chine qu'il finit par aborder le Japon, plus précisément sur l'île de Kyushu. Ils touchent terre sur le fief de Bungo où règne le seigneur Otomo Yoshiaki. Le gouverneur de la ville de Bungo manque de les faire exécuter car il pressentait que ces hommes étranges allaient être une source d'ennuis. Il s'en abstient pourtant et les mène auprès de son seigneur.
Otomo Yoshiaki est un indolent qui se plaint sans cesse de problèmes de santé. Il demande à Fernao Mendes Pinto, un aventurier loquace mais noble de le soigner. Celui-ci lui fait boire une décoction qui soulage le seigneur.
Ces étrangers au grand nez, avec de longues moustaches sont vêtus de soie mais pourtant montrent de très mauvaises manières qui en font la risée de la société japonaise. Ils sentent la sueur, ne savent pas se tenir proprement à table et sont d'une vulgarité incroyable en montrant leurs sentiments sans chercher à les maîtriser.
Les Portugais ont apporté avec eux des armes telles que des arquebuses, inconnues des japonais. Le fils du seigneur, Otomo Yoshishige, en vole une et se blesse gravement en tentant de la faire fonctionner. Pinto manque de se faire exécuter à cette occasion, la justice japonaise étant des plus expéditive et cruelle... Il quittera le japon et écrira un livre narrant ses aventures extraordinaires avec beaucoup d'exagérations. Il visitera une seconde fois la cour d'Otomo en 1546.
Le Japon du XVIème siècle est une société féodale qui ne compte pas moins de 66 seigneurs de guerre qui se battent en permanence. L'Empereur est une marionnette sans pouvoir et complètement désargentée, mais on lui marque toujours une grande déférence.
Durant l'hiver 1547 un autre aventurier arrive au Japon ; le Capitaine Jorge Alvarez qui se déclare plus impressionné par ce pays et ses habitants que par la Chine. Il fait le récit de son voyage et fascine un jeune jésuite du nom de François Xavier. Par l'intermédiaire du Capitaine Alvarez, celui-ci fait la connaissance d'Anjiro, un japonais converti au catholicisme.
Le 15 août 1549 ils débarquent à Kagoshima, capitale du fief de Satsuma.
Xavier tente d'apprendre la langue du pays afin de convertir le plus de monde possible. C'est un échec. Il tente alors de rencontrer l'Empereur afin de lui demander l'autorisation officielle de prêcher sa religion. Rendu auprès de lui en août 1550, il comprend que cet homme est un fantoche et qu'il lui faudra traiter au cas par cas avec chaque seigneur de guerre.
Il change alors de tactique. Plutôt que de se comporter en ascète miséreux ce qui le discrédite complètement, il se pare de ses plus beaux habits et en la ville de Yamaguchi, demande audience au seigneur Ouchi Yoshitaka. Il fait montre à la cour de ses connaissances et de son érudition. Il obtient alors près de 500 conversions. Il quitte l'île en novembre 1551.
Pendant ce temps les marchands portugais ne sont pas restés inactifs. Ils ont appris que les Japonais étaient interdits de séjour en Chine sous peine de mort. Ils organisent donc le commerce de la soie à partir de l'île de Macao qu'ils occupent depuis 1550.
En 1555, un navire plein à ras bord de soieries, commandé par le capitaine Duarte da Gama revient chargé d’une quantité invraisemblable de lingots d'argent. Même les jésuites n'en ont jamais vu autant. Du coup, tout le monde veut aller au Japon ! De nouveaux navires sont construits à cet effet, certains pouvant contenir 325 mètres cubes d'argent !
Le commerce s'organise et les règles se mettent en place. Il n'est autorisé qu'un seul voyage par an au Japon et les droits en sont vendus au plus offrant.
Même si les Japonais considèrent toujours les Portugais comme des barbares, le commerce adoucit les mœurs des uns et des autres.
Le premier à comprendre que commerce et religion allaient de pair pour les Européens est le nouveau seigneur de Bungo, Otomo Yoshishige, dont le père avait accueilli Pinto. Mais les Portugais préfèrent s'installer dans le port de Nagasaki sur l'île de Kyushu où vont aborder les grands navires à partir de 1571. Le seigneur du lieu, Omura Sumitada, s'est convertit par intérêt au catholicisme en 1562. Il va même au devant des désirs des jésuites, offrant Nagasaki aux portugais le 9 juin 1580 et instaurant la nouvelle religion comme "religion d'état" ! 20000 de ses sujets deviennent chrétiens en 7 mois, moines bouddhistes et shintoïstes compris !
Mais à l'insu de tous, en Angleterre se prépare une expédition qui vise à profiter aussi la prospérité de ce commerce. Deux minuscules navires affrétés par Sir George Barne, un vieux loup de mer habitué des explorations, sont prêts à appareiller de Londres le 20 mai 1580. Il a préparé avec minutie l'expédition avec son associé Sir Rowland Heyward, rassemblant le peu d'écrits et de témoignages disponibles, tant sur la route à prendre que sur les asiatiques. Ils prennent l'avis du "spécialiste" en expédition élisabéthain Richard Hakluyt et du célèbre cartographe flamand Gerhard Mercator.
A des fins de commerce, les marchandises de la meilleure qualité possible sont chargées à bord du "George" et du "William" dont les commandements sont confiés à deux capitaines émérites ; Arthur Pet et Charles Jackman. Hélas, recruter des équipages pour un tel périple est des plus délicat, et c'est avec peu de marins à bord que les deux navires prennent le large au printemps 1580.Deux itinéraires étaient possibles ; passer le long de l'Afrique puis des Indes, route aux mains des Portugais, ou la route de l'Amérique du Sud avec le franchissement du Cap Horn. Jugeant les dangers des deux options trop importants, ils optèrent pour une route inhabituelle ; celle qui passait au nord de la Grande Russie, par les glaces de l'Arctique. Le plan consistait dans un premier temps à établir un camp de base sur une île, certainement Vaïgatch.
L'expédition se met en route mais se trouve vite bloquée par les glaces. Le camp de base ne se trouve pas à 600 kilomètres de la Chine comme ils le croyaient mais à plus de 3000... Avec les avaries et les difficultés dues au froid, les deux capitaines renoncent. C'est l'échec. Sur le chemin du retour, le "William" disparaît sans laisser de trace alors que son capitaine voulait faire voile vers l'Islande, et Arthur Pet rallie Londres le 25 décembre 1580. Ironie du sort, en septembre de la même année était revenu Francis Drake, le premier anglais à avoir bouclé un tour du monde !
Fêté comme un héros à son retour, les cales de ses navires regorgeant des richesses pillées sur les possessions espagnoles et portugaises, la reine Élisabeth l'anoblit lors d'une grande cérémonie a bord du navire de Drake, le Golden Hind.
Ces fastes et ces exploits vont impressionner un jeune homme de 17 ans, William Adams, issu d'une humble famille et vivant dans les faubourgs de la capitale. D'un caractère ferme allié à une franchise et une simplicité désarmante, il parle sans détours quelle que soit la personne qui lui fait face. Il est parfois jugé arrogant.
Adams a été l'élève de Nicholas Diggins qui lui apprit le métier de pilote ainsi que celui de charpentier de marine. Mais c'est la navigation qui l'intéresse le plus. Il est d'ailleurs initié aux nouvelles méthodes de pilotage, nécessitant des connaissances en mathématiques, géométrie et astronomie. Jusqu'alors, les Anglais s'étaient plutôt fiés à la tradition orale.. Les cartes et les instruments de navigation changent la donne...
Adams se marie et a une petite fille , ce qui ne l'empêche pas de partir pour Rotterdam, en Hollande, où il a eu vent d'une expédition secrète qui va partir sur la route des Indes. A 34 ans, le commerce avec l'Afrique l'ennuie et rallier comme pilote une flottille de cinq navires hollandais qui pourrait faire un peu de pillage et dont l'équipage est constitué de racailles sortie des bas-fonds et des prisons a de quoi le ravir ! Il quitte l'Angleterre en 1598 accompagné de son frère Thomas.
Le 24 juin 1598, le Hoop, le Geloof, le Liefde, le Trouw et le Blijde Boodschop s'engagent dans la manche. L'option est prise de passer par l'Amérique du Sud et de doubler le Cap Horn. La flottille arrive au Cap Vert, possession portugaise où le ravitaillement leur est refusé. Après un coup de main qui fait tomber la citadelle de l'île de Praya aux mains des marins, ceux-ci doivent l'abandonner sans pour autant avoir trouvé du ravitaillement. Il faudra en trouver sur une île plus lointaine, celle de Buono Anno mais qui se révèlera infestée de Portugais. Tenter sa chance auprès d'une tribu de la côte africaine sera aussi infructueux. Il faut donc partir pour le Cap Horn en affrontant la famine, les maladies dues aux privations, le froid et les populations indigènes hostiles.
Ce passage fut si rude que les navires en sortirent séparés. Le Blijde  Boodschop, gravement endommagé dériva plusieurs semaines avant d'être capturé par les Espagnols, le Geloof abandonna et parvint à Rotterdam en juillet 1600, le Trouw qui mit le cap sur les Indes Orientales fut pris par les Portugais. Quant au Liefde et au Hoop, ils firent jonction à un point de rendez-vous sur la côte du Pérou.
Au cours d'une expédition de ravitaillement, plusieurs marins dont le frère de Adams ainsi que le capitaine du navire furent massacrés par des tribus sauvages. Quelques marins désespérés quittèrent le Liefde à bord d'une chaloupe. On pense qu'ils prirent pied à Hawaii, cent cinquante ans avant James Cook.
Ne sachant que faire, les capitaines des deux navires restant décidèrent de rallier la Chine ou le Japon où la cargaison de lainages pourrait être mieux écoulée qu'en zone tropicale. Hélas, au cours d'une tempête, le Hoop chavira et fut perdu corps et biens.
C'est le 12 avril 1600, presque 60 ans après Pinto, que William Adams se présenta à bord du seul navire rescapé de son expédition devant le port de Bungo. Il n'avait plus comme équipage qu'une petite vingtaine d'hommes dont seulement 6 tenaient sur les jambes, si bien que lorsqu'une barque remplie de japonais accosta le navire et vola tout ce qu'il présentait de valeur, nul ne fit un geste pour les en empêcher.
Depuis un demi-siècle les jésuites avaient commencé leur oeuvre d'évangélisation. C'est véritablement sous la conduite d'Alessandro Valignano que les choses avaient évolué. En effet, les premiers missionnaires avaient gardé leurs mœurs et coutumes, ce qui choquait les autochtones, et s'intéressaient aux pauvres et aux malades, ce qui était incompréhensible dans la société japonaise de l'époque.
Valignano avait compris que pour faire des émules, il fallait se mettre au diapason de leurs hôtes. Ainsi les jésuites copièrent les us et coutumes japonais dans les moindres détails, dans leurs actes, dans leurs vêtements, dans leur façon de se nourrir, de se comporter. Les hôpitaux occidentaux ne furent plus ouverts qu'aux nantis. Ce fut le prix de 150000 conversions !
Les jésuites avaient eu tout loisir d'apprendre la langue locale et de présenter le monde occidental à leur convenance.
L'arrivée d'un navire sous pavillon Hollandais, avec un pilote Anglais, rempli de protestants, fut un coup de tonnerre dans un ciel bleu.
Les jésuites insistèrent auprès du seigneur des lieux, Tokugawa Ieyasu, pour que l'équipage du Liefde soit crucifié comme pirate.
Ieyasu était un homme puissant, obèse, excellent stratège et membre du conseil des régents. L'Empereur du Japon n'avait aucun pouvoir mais tel n'était pas le cas de son premier ministre Toyotomi Hideyoshi qui laissa à sa mort un fils de cinq ans. 5 régents, dont Ieyasu, furent désignés afin de pourvoir aux affaires de l'empire jusqu'à la majorité du fils de Hideyoshi.
Adams fut choisi pour parler au nom de tout l'équipage et emmené à Osaka, devant le régent Ieyasu, lequel le pressa de questions. L'anglais lui apprit que le monde occidental n'était pas fait d'une seule pièce et encore moins sur le plan de la foi que sur le plan politique, contredisant les affirmations des jésuites.
Adams connut la prison. Mais Ieyasu résista aux pressions et rappela le pilote à ses côtés. Il fut très intéressé par les armes et surtout les 18 canons du bord du Liefde. Et quand les 4 autres régents décidèrent de l'anéantir, les canons hollandais tonnèrent dans la bataille de Sekigahara.
Sorti vainqueur d'un affrontement qui avait regroupé 150000 hommes, Ieyasu devint le maître incontesté de l'île et se para, aux côtés de l'Empereur, de l'ancien titre de "Shogoun", c'est-à-dire chef de guerre de l’Empire.
Le navire Liefde devait alors sombrer, vermoulu, n'étant plus entretenu et ayant subit de multiples dommages durant son périple. Les occidentaux devaient donc attendre qu'un navire anglais ou hollandais aborde ces terres reculées s'ils voulaient être secourus.
D'un commun accord, les hommes se séparèrent en partageant les maigres fonds dont ils disposaient.
William Adams resta auprès du Shogoun, apprit la langue et construisit pour le compte de son seigneur deux navires sur le modèle du Liefde. Il épousera une japonaise, Oyuki dont il aura deux enfants et un troisième lui naîtra d'une servante sur l'île d'Hirado.
Les Portugais vont essayer de se débarrasser de cet encombrant hérétique, notamment en tentant de le convertir et de le soudoyer. Rien n'y fait.
Les honneurs pleuvent sur William Adams à présent très intime avec le shogoun dont il devient le conseiller et l'interprète officiel, évinçant les jésuites qui lui vouent une haine d'autant plus féroce que leur influence est sur le déclin.
En effet, le grand vaisseau de commerce portugais de 1609 en provenance de Macao arrive comme chaque fois dans le port de Nagasaki. Or le capitaine du "Nossa Senhora de Graça", André Pessoa a eu en Malaisie de graves différents avec des japonais qui réclament réparation. L'affaire s'envenime tant que Ieyasu donna l'ordre au seigneur dont dépendait Nagasaki de confisquer le vaisseau et de tuer Pessoa.  Pendant l'assaut le navire explosera et coulera corps et bien, avec son capitaine et ses matelots.
Quelques temps plus tard, une délégation espagnole menée par Sebastian Vizciano, ambassadeur de la Nouvelle-Espagne sera reçu par le Shogoun. Mais l'outrecuidance et l'orgueil de Vizciano ainsi que ses exigences démesurées finiront de ternir l'étoile des ibériques au pays du soleil levant.
Adams reçoit le titre de Hatamoto, ce qui le fait entrer de plein pied dans l'élite des guerriers japonais, dépendant directement du Shogoun.
Il reçoit en outre le fief de « Hemi » sur la côte et une maison à Edo. Bien qu'il atteigne un niveau de revenus et de respectabilité qu'il n'aurait jamais pu approcher en Angleterre, sa terre natale et sa famille lui manquent.
Il confie lettres sur lettres aux Hollandais qui accostent au pays du soleil levant, mais ceux-ci ne font pas suivre le courrier, trop heureux d'avoir un homme aussi bien introduit dans les milieux du pouvoir...
Adams aidera même à la création d'un comptoir Hollandais mais qui prospère très mal. C'est seulement en 1611 qu'il apprendra que des anglais ont établi un comptoir en Malaisie, à Bantam sur l'île de Java, distant de 2 mois de mer de Edo au plus... La duplicité des Hollandais l’écœure.
Les Anglais essayent de s'implanter mais l'air et les dangers de la Malaisie leurs sont peu profitables. Le "Globe" sous pavillon britannique veut faire voile vers le Japon, incité à venir commercer par un courrier de Adams. Le capitaine tente de trouver des marchandises intéressantes pour cette destination mais devant les ennuis qui s'amoncellent, renonce au voyage.
C'est un capitaine du nom de John Saris qui sera à nouveau mandaté par la Compagnie des Indes Orientales pour ouvrir un comptoir au Japon. Il reçoit des lettres du Roi Jacques 1er pour le Shogoun. Il doit en outre prendre contact avec William adams.
Après deux ans de mer, le "Clove" aborde l'île de Hirado dont le seigneur local fait envoyer des messagers auprès du samouraï anglais, lequel arrive au plus vite, quelques semaines plus tard.
La rencontre est de plus froides. Adams est imprégné des mœurs japonaises et ses compatriotes ne le comprennent pas. De plus, les choix de cargaison de Saris sont très discutables et les amitiés hollandaises d'Adams sont d'autant mal prises qu'un comptoir concurrent est présent sur cette île même.
Saris doit porter la lettre du roi d'Angleterre au Shogun. Lors de son périple jusqu'à la capitale, il a le temps de s'émerveiller de la beauté du pays, de la bonne tenue des villes et des routes. Mais à la cour de Ieyasu, il se montre d'une grave impolitesse mais le Shogoun ne s'en émeut pas. Avant de regagner Hirado, Adams demande encore une fois à son suzerain de retourner chez lui. Il n'a pas vu sa famille depuis quinze ans... Contre toute attente, sa requête est acceptée. Il est autorisé à repartir avec le "Clove".
Mais la perspective de passer plusieurs années auprès du capitaine Saris ne le satisfait guère. Il laisse donc partir le navire, mais auparavant s'est fait officiellement embaucher par la Compagnie de Indes Occidentales pour un salaire énorme. Salis a décidé, contre son avis, de bâtir un comptoir à Hirado et laissé avec lui sept hommes qui ont donc pour mission d'établir une "factorerie" et d'initier des relations commerciales avec les partenaires locaux dans l'attente des navires de la Compagnie devant rapporter les marchandises d'Angleterre.
Les occidentaux s'acclimatent peu à peu aux mœurs japonaises. Ils disposent de locaux, de gens de maison et certains prennent femme. Des relations amicales se nouent non seulement avec les seigneurs, marchands et paysans japonais mais aussi avec les Hollandais de la "factorerie" concurrente !
Sir Thomas Smyrthe, patron de la Compagnie des Indes Orientales organise une rencontre avec ses investisseurs et Salis dès son arrivée en septembre 1614 afin de juger le potentiel commercial du Japon. Dans le but de plaire, Salis désignera des marchandises invendables comme très demandées, ce qui aura pour effet d'envoyer à Hirado une cargaison complètement inadaptée.
Soupçonneux devant les faibles bénéfices des factoreries, les investisseurs de la CIO enverront sur place un "gouverneur" qui dressera un portait affligeant des comptoirs anglais. Les "facteurs" ont le plus grand mal à faire des affaires ; leurs hommes meurent soit de maladie, soit en se battant entre-eux ou avec les indigènes. Et puis des fonds sont effectivement détournés...
Sur le plan politique, Ieyasu doit faire face à des refus d'obéissance de certains seigneurs chrétiens, ce qui le met si en colère contre cette religion qui sape son autorité qu'il promulgue en 1614 un édit chassant les chrétiens occidentaux de son Empire et exigeant des autochtones qu'ils rentrent dans le rang sous peine de mort ! Les Anglais et les Hollandais ne sont pas touchés par cette mesure car Adams a bien différencié auprès de son seigneur le protestantisme du catholicisme...
Mais le problème vient du fils de l'ancien premier ministre, Hideyori, qui a à présent 22 ans. Bien qu'ayant épousé une fille de Ieyasu, il sait que son beau-père ne voudra jamais lui laisser le pouvoir. Il cristallise autour de lui le mécontentement envers le Shogoun et, sachant qu'ils n'ont pas d'autre alternative, les seigneurs chrétiens se rangent derrière lui. L'affrontement est inévitable.

C'est plus de 270000 hommes qui vont s'affronter devant la citadelle d'Osaka en décembre 1614 . 100000 y laisseront la vie. Les seigneurs chrétiens feront flotter des bannières aux couleurs des saints occidentaux ce qui décuplera l'ardeur au combat de Ieyasu. Finalement vaincu, Hideyori se suicide.
Tokugawa Ieyasu meurt le 17 juillet 1616 et son fils, Tokugawa Hidetada lui succède. Les anglais et les Hollandais doivent faire confirmer par le nouveau Shogoun leurs droits et titres, mais Hidetada les fait languir pour finalement accéder à leur demande avec une restriction de taille ; le commerce des occidentaux ne peut avoir lieu que dans l'île de Hirado, ce qui porte un coup énorme à la factorerie.
Bien que n'étant plus sous contrat avec la CIO, Adams continue à aider les anglais en organisant des expéditions au Siam et au Tonkin ce qui permet de rapporter quelques revenus et évite la faillite de la factorerie.
Mais bientôt les relations entre Anglais et Hollandais se détériorent, ces derniers évinçant manu militari leurs anciens partenaires de certaines factoreries de Malaisie et se livrant à des attaques sur certains navires de leurs anciens alliés.
A Hirado, les chefs des factoreries Anglaises et Hollandaises, Richard Cocks et Jacques Specx entretiennent de très bonnes relations jusqu'à ce que, le 8 août 1618 un navire anglais capturé par les Hollandais soit mené dans la baie de l'île. Dès lors, les anglais ne devront leur survie qu'à la protection des japonais.
Mais le Shogoun est las de ces disputes qui ne le concernent pas, d'autant qu'il doit faire face à des problèmes internes car les jésuites reviennent dans le plus grand secret reprendre leur mission. Hidetada procèdera a des exécutions en masse.
Les Anglais et les Hollandais mettent fin à leur conflit sur le dos des Espagnols et des Portugais dont ils veulent piller les richesses.
Le 16 mai 1620, après avoir dicté son testament, William Adams rend l'âme. C'est véritablement la fin d'une époque. En effet, les marchands de la CIO envoient Richard Fursland pour mettre fin aux activités de la factorerie de Hirado dont les dirigeants et employés sont sommés de rentrer au pays, laissant derrière eux des femmes, des enfants, des amis.
Les descendants du Samouraï William sont confirmés par le Shogoun dans toutes leurs possessions et titres. Mais son fils, Tokugawa Iemitsu, fermera en 1637 le pays à tous les étrangers, sous peine de mort.
Lorsque le Japon rompra cet isolement 200 ans plus tard, les Anglais qui débarquèrent furent étonnés de voir un de leurs compatriotes mort deux siècles plus tôt, un certain William Adams, toujours dans les mémoires et encore fêté avec respect et dévotion...

Mon Avis

J'avais adoré la série "Shogun" avec Richard Chamberlain dans le rôle du pilote John Blackthorn. Ayant appris que cette histoire était inspirée de faits réels, trouver ce livre a été une aubaine. Nous voilà au cœur du Japon médiéval avec une histoire que l'on croirait romanesque tant elle est riche. Mais ce sont bien des faits réels, accomplis par des hommes de chair et de sang. C'est le temps de l'aventure, la vraie. Des quantités de peines et d'espoirs y côtoient la maladie, la mort, la fortune. L'Homme y est au sommet de sa grandeur comme au plus profond de sa médiocrité.
Dans ce livre, l'histoire fait l'Histoire. Laissez-vous emporter vers ces lointains rivages !

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