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Blog de José Spéret
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Publié le 27 mars 2008 à 19:11
Par José S.

Autrefois pour faire sa tour
On parlait d'armures
Pour mieux prouver sa valeur
On perçait son cœur

Aujourd'hui, c'est plus pareil
Ça tremble, ça tremble
Pour réduire le cher angle
On lui brise l'orteil

Ah ! Pustule !

Viens m'embrocher
Et je t'éperonnerai
Avec un cimeterre
Une épée en fer
Une flèche amère
Et un bout de tuyau
Un coup de Walther

Une poudrière
Avec un sabre en verre
Des tas de bouts de verre
Des truelles et des marteaux

Une tourniquette
Pour te ratatiner au ras des pâquerettes

Un bel aérateur
Pour te faire bouffer les odeurs

Des gaz à effets qui chauffent
Un pistolet à beaufs
Un avion ferreux
Et nous serons sous les feux

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En cassant sous l'aisselle
Aujourd'hui, que voulez-vous
La mort est si chère

On dit : rentre chez ta mère
Et on sauvegarde tout
Ah ! Pustule !

Excuse-toi

Ou je reprends tout ça

Ton bouclier précaire
Tes armoiries d'hier
Mon échassier trop fier
Tes vacances d'août
Tes mini-godasses
Ton repasse-limaces
Mon pic a glace
Et mon chasse-filous


Une tourniquette
Pour te ratatiner au ras des pâquerettes

Le ratatine-ordures
Et le coupe-biture

Et s'il se montre encore rebelle

On le fiche dehors
Pour confier son sort

Au bouclier précaire
Au ramasse-poussière
A l'échassier pas fier
Au Mongol fier

Au canon à patates
A l'éventre-tomates
A l'écorche-poulet

Mais très très vite
On reçoit la visite
De Pustule qui vous offre son coffre


Alors c'est la tourniquette
Pour tout ratatiner au ras des pâquerettes.

José Spéret (Chants des pleurs, à réapparaître)

Publié le 24 mars 2008 à 16:11
Par José S.
Du lieu commun au lieu-dit, il n’y a qu’un pas.
Du cimeterre au cimetière, il n’y a qu’un bras.

De la mort à la morgue, il n’y a qu’un pas.
De la morgue au mépris, il n’y a qu’un rat. 

José Spéret (Poésie et aphorismes)

Publié le 21 mars 2008 à 15:11
Par José S.
Si elle a des calculs, c’est la peau math.

Si elle héberge des petites bêtes, c’est la peau zoo logis.
 
Si elle fait des cercles, c’est la peau p’tits ronds.

Si elle est rouge de colère, c’est la peau mad.

Si elle marche au radar, c’est la peau lisse.
 
Si elle est belle, c’est la peau cible.

Si elle vous pend de haut, c’est la peau tance.
 
Si elle vous guérit, c’est la peau Sion.

Si, gourmande, elle vous perd, c’est la peau mets.

Si elle vous irrite, c’est la peau lution.
 
Si elle grossit en zappant, c’est la peau telée.

Si elle vous brûle, c’est la peau-t-au-feu.
 
Si vous décollez, c’est la peau tentiel.
 
Si vous croyez la voir en musique, c’est la peau CD.

Si vous êtes arrivé là, y a plus qu’à vous faire la peau (tre).
 
Si vous êtes tatoué, là, c’est du grand art : de la peau easy.

José Spéret (Peau de chat Grain)
Publié le 15 mars 2008 à 17:11
Par José S.
Ce qui va suivre c'est pas jazz, c'est jozz ! et même Jozz à part !

José Spéret Agiculteur*


Jozz à part.


Il... il cherche les mots. Oui, les mots.
Sur un solo de saxo là-bas, là-bas, tout là-haut.


Il est contre, tout contre, sa contrebasse.

Boum, boum, boum... la baston du basson.

Il... il écorche les mots. Oui, les mots.

Sur un solo de saxo là-bas, là-bas, tout là-haut.

Il... il a le souffle court, qui court, qui court et parcourt les touches,
comme les doigts du pianiste sur les blanches et sur les noires.


Et lui... lui, dans son coin, trop, trop, trop trompette !
souffle, souffle et jamais ne s'arrête.

Il... il approche les mots. Oui, les mots.

Sur un solo de saxo là-bas, là-bas, tout là-haut.

Et l'hôte, là-bas, en trombe, dans la peine, ombre, il coulisse, glisse.
II fait tout pour avoir du piston.


Trombone musique, trombone musique.


Gare, gare à la guitare, record d'accords, six ou douze cordes, qui,
avec le piano, s'accorde et se discorde.

Et l'hôte, là-bas, tribal avec ses cymbales suspendues...
ses caisses claires amoureuses des baguettes.

Ils font corps au-dessus de la grosse,
grosse caisse qui encaisse les coups de pédale à l'ombre du tom-tom.

Il... il perche les mots. Oui, les mots.
Sur un solo de saxo là-bas, là-bas, tout là-haut.


Il est contre, tout contre, sa contrebasse.


Boum, boum, boum, la baston du basson.

Il... il lâche les mots. Oui, les mots.

Sur un solo de saxo là-bas, là-bas, tout là-haut.


*Agi tateur de culture

Publié le 07 mars 2008 à 17:11
Par José S.
Il était plusieurs fois longtemps, dans une plaine perdue au milieu de nos montagnes capricieuses… l’aventure de Starlatine, la sorcière au chapeau cassé.
 

Par les sentiers cabossés, dépenaillée, la pauvre sorcière noiraude et puante traînait son vieux balai décrépi.
Une vasque dans l’autre main, elle radotait en allant cahin-caha vers le puits de son domaine ténébreux.
Le soleil, baignant dans sa splendeur, était haut dans le ciel et les nuages s’étaient cachés derrière les collines.


Aujourd’hui, Starlatine n’avait pas pris son chapeau cassé. Heureusement, car celui-ci est très laid.
La tête en l’air, elle regardait, d’un sourire édenté, son brave compagnon Etouti, le corbeau blanc, qui planait, faisant le beau au-dessus d’elle, et croassait à s’en défaire le bec. Contemplative, elle marchait, béate, la tête levée, sans regarder où elle mettait ses grands pieds bouffis et velus.

Bien mal avisé, Croimoi, le crapaud qui ne coassait plus depuis plusieurs fois longtemps avait décidé de profiter du soleil au milieu du sentier. Bien mal l’en prit. Car la dernière chose que ses yeux globuleux aient pu voir fut la semelle crasseuse du sabot de sa maîtresse Starlatine.

Scrachtchebzzgrrzzzzz !

La sorcière s’arrêta net et leva le pied gauche… pour regarder sur quoi elle avait marché. Mais c’est de sous le pied droit que sortit une masse visqueuse brunâtre. Elle sauta en arrière et poussa un cri d’effroi, quand elle reconnut le corps éviscéré de son vieil ami Croimoi. Etouti, tout à son délire dans les airs, ne s’aperçut de rien.

C’est donc avec surprise et incrédulité qu’il se retrouva avec l’aile transpercée par le balai. Il eut vite fait de piquer du bec et, partant en vrille, il atterrit ainsi embroché en travers du puits.

Au-dessus du vide, au moins, il était au sec.

Bien sûr,  il ne croassait plus de joie, mais de douleur… La sorcière effarée ramassa, comme elle put, avec sa vasque, les restes du pauvre Croimoi et les jeta de rage sur Etouti, encore tout étourdi de sa chute, qui  ne comprenait toujours rien à ce qu’il s’était passé. Il vit déferler la dépouille de son colocataire qui se mit à flotter sur l’eau du puits. Peu de temps après, la sorcière tira sur son balai et l’aile du corbeau blanc se brisa…

A moitié sonné, il alla rejoindre les restes de Croimoi.

Starlatine brisa son balai et le jeta dans le puits.

Ensuite, elle grommela un gargouillis inintelligible et lança une poignée de terre dans l’eau. Celle-ci se mit à bouillonner et à fumer. Une immonde masse boueuse se forma au-dessus de la surface.
Sous les yeux de la sorcière, tout était emmêlé. Ici, un bec… là, une plume, des yeux, des pattes, des boyaux…


Alors, subitement, tout ce bouillon se mit à gonfler comme un vulgaire soufflet au fromage.

Et, lorsque le soleil fut à moitié derrière les collines avec les nuages, Starlatine vit se réaliser son sort. La boue prenait forme. Tout d’abord, une tête grosse et décrépite, avec des gros yeux globuleux, un nez en forme de bec, une bouche immonde, des lèvres atrophiées, lui barra le visage. Un gros cou, de larges bras et d’énormes cuisses de crapaud… Un troull. Oui, Starlatine ne rêvait pas. Elle avait enfin réalisé son désir de jeune sorcière. Un abominable troull…

 

En sortant du puits, dans un grand spasme, il se secoua… Gluant d’horreur, éructant et grondant, il ouvrit les yeux… Face à lui, Starlatine, stupéfaite et décontenancée, utilisa sa vasque comme chapeau et recula de quelques pas… Lourdement, le troull s’approcha de sa créatrice… pas pour la manger, non ! mais pour l’embrasser fougueusement.

Et voilà que Starlatine se transforme en grenouille et se retrouve à coasser sous sa vasque. Et le troull… se transforme en … euh… Et après… euh, eh bien, je crois que je me suis réveillé…

 

José Spéret (Le Grime était presque pas fait…)

Publié le 02 mars 2008 à 14:11
Par José S.
Imagine

Une image,
nature morte,
sur une mer bien vivante.

Souviens-toi

Un rivage,
marée basse,
une mère et son fils sous une tente.

Ecris-moi

Un message,
sans rature,
pour ne pas tourner la page.

Imagine

Un paysage,
le souvenir heureux,
des tourments du voyage.

N'oublie pas

Cette plage,
ces vagues rivages,
le souvenir n'a pas d'âge.

Je dois oublier quelque chose, suis-je bête ?

José Spéret ("Faire de vieux zoos", ouvrage à paraître)