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Publié le 12/01/2009
Par Le Cinematographe
A MARSEILLE, LA PLACE DES « CAGOLES »



La « cagole », expression populaire répandue ne se limite plus à un folklore mythique. Son utilisation s’est renouvelée dernièrement, que signifie cette évolution?


C’est un record. Visionnée plus de 700 000 fois depuis sa mise en ligne sur Youtube, la vidéo « les cagoles de Marseille » revisite le genre. Le mélange entre le style « cagole », son franc parler et sa vulgarité sonne parfaitement.

« Quand je vais rue Saint Fé c’est pour brancher » chantent « Fatal Kadera et Chichon Anissa », les deux pseudonymes choisis par les interprètes de ce rap satyrique estampillé quartiers nord. Anonymes et non identifiables certes, mais les deux jeunes femmes revendiquent une identité bien prononcée : « va pas me prendre pour un bonhomme ; dans le bus on se fait respecter ».

« Et surtout elle vous casse les oreilles! » raconte un Marseillais sur le Vieux-Port. Les « cagoles » ne passent pas inaperçues. Les Marseillais en ont pris l’habitude, mais à y regarder de plus près le comportement des jeunes filles de banlieues pose des questions.

Selon la sociologue Monique Haicaut, « Parmi les villes méditerranéennes, Marseille n’est pas la plus ségrégationniste des cités, mais par rapport au reste du territoire national, être une jeune fille est moins simple ici, être une femme tout court non plus. De plus, une femme n’est pas une « cagole » d’elle-même, elle ne le devient que par les regards des hommes ».

La sociologue, animatrice en 2003 du colloque « Marseille : des femmes dans les lieux et les temps quotidiens » affirme que l’accès des femmes à l’espace public, à fortiori au centre ville, est récent. « Mais chez les jeunes filles des quartiers nord le problème est plus complexe » explique Monique Haicaut. D’après les travaux des sociologues, les rues commerçantes semblent servir de refuges pour ces jeunes filles qui subissent la violence des hommes et leurs regards de manière plus dure dans les quartiers nord. Monique Haicaut tempère : « Le centre ville n’est pas pour autant un endroit neutre pour les jeunes, d’où le maquillage et tout le reste, l’attitude agressive constitue un rempart contre la violence symbolique des hommes ».

Un idéal féminin

Une violence qui n’est pas négligeable à Marseille, ce comportement de groupe rappelle celui des supportrices de l’OM « MTP Cagoles » qui pendant longtemps se sont rendues au vélodrome – symbole d’une société fortement masculine à Marseille - déguisées en « cagoles ».

L’auteur marseillais, Jean-Marc Valladier, évoque le personnage de la cagole comme une « icône d'une féminité idéalisée ». Ainsi, en devenant un stéréotype, les prétendues cagoles se parent d’un costume rassurant. D’autant que comme le rappelle Monique Haicaut, « ces demoiselles ne se déplacent pas à plusieurs innocemment, comme pour les bandes masculines l’importance du nombre nous renseigne sur un manque d’autonomie, d’assurance et de confiance en soi, que pallie la force du groupe ». La sécurité du groupe devient donc indiscutable.

Elle concède que ce besoin de s’affirmer en groupe peut être un frein à l’autonomisation du comportement des jeunes filles de banlieues. Néanmoins, ce manque d’autonomie n’est que provisoire, la sociologue se veut rassurante : « Les choses changent continuellement, les comportements évoluent très vite et dans le bon sens ».
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