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Publié le 19/01/2009
Par Le Cinematographe
Who wants to see Slumdog Millionaire?
Slumdog Millionaire, Danny Boyle, USA/GB.
Carton assuré de ce début d’année 2009, le nouveau film de Danny Boyle est porté par un conte de fée. Celui d'un garçon indien, né dans le bidonville de Mumbay. Il parvient jusqu’à la dernière question du « Qui veut gagner des millions ? » indien. Happy-end ou désillusion?
Danny Boyle, n’est plus tout jeune, 52 ans. Pourtant, ne vous attendez pas à voir son cinéma vieillir. Danny Boyle c’est l’anti Rolling Stones. Slumdog Millionnaire démarre brutalement. Par la vie d’un bidonville indien, par la violence d’une séance de torture dans une geôle indienne, par la tension d’une émission en direct. Pas question de rater le début, il est trop réussi.
L’histoire est simple. Jamal Malik est né dans un bidonville immonde : Mumbay. Enfant, il perd sa mère et se débrouille seul avec son frère. Chemin faisant ils recueillent une jeune fille : Latika. Par le truchement d’une vie que l’on soupçonne mouvementée, l’enfant des bidonvilles est sélectionné pour participer au « Who wants to be a millionnaire ? ». Après des débuts difficiles dans le jeu, il s’habitue à la pression et grimpe peu à peu les échelons. L’Inde toute entière a trouvé son miracle. Mais le présentateur le soupçonne de fraude et le fait arrêter. Questionné par un sergent incrédule, Jamal va devoir justifier une par une ses réponses, pirouette narrative que l’on peut juger facile, ou nécessaire, au choix. Le déroulé de la vie du Slumdog Millionnaire peut débuter, il se trouve que chaque question à laquelle il a bien répondu correspond à un épisode dramatique de son existence.
Parachuté d’un plateau télé jusqu’au bidonville de Mumbay, le choc opère. Il faut filmer chaque événement au cœur des bidonvilles, au plus près de la réalité du terrain. La notion de jungle urbaine prend alors tout son sens et Boyle réalise des exploits techniques pour fondre l’œil du spectateur dans la vie indienne.
Mumbay Pour se rapprocher de la rue, l’équipe du film va utiliser des techniques novatrices, mais peu orthodoxes : « Anthony Dod Mantle, le directeur photo, a réussi à capter la vie qui grouillait autour de nous sans que les habitants nous remarquent. On a aussi utilisé ce que nous appelions une CanonCam, qui consistait en un appareil photo Canon capable de prendre 12 images à la seconde. Le film est donc un mélange de différentes technologies. Anthony devait porter un disque dur sur son dos qui enregistrait les images. Ce dispositif lui donnait des airs de touriste se baladant dans les rues des bidonvilles alors qu’en réalité, il était en train de filmer » rappelle le réalisateur. Le résultat est vraiment surprenant, la mise en scène est géniale dans le sens ou les sources de prises de vue sont très différentes, il en résulte un rythme effréné très jouissif et conforme à la vivacité des centres villes indiens. Petit à petit, Jamal retrace le déroulement de l’émission en justifiant une par une les réponses aux questions qu’il n’aurait pas du savoir. De plus en plus convaincu par le jeune homme, le chef de la police s’approprie la vie de Jamal. Il découvre le rapport très lointain qu’entretient Jamal avec l’argent, la célébrité, la reconnaissance et se demande pourquoi celui-ci s’est inscrit à ce show télévisé. La deuxième partie du film débute donc, sur les réelles motivations de Jamal Malik. Torpiller un film, avec une histoire d’amour. Boyle, proclamé Génie du Cinéma depuis Trainspotting en 1996 (ou même Petits meurtres entre Amis, 1994) tenait avec Slumdog Millionnaire un film unique, vivant et très réaliste sur l’Inde. C’était sans compter une histoire d’amour bête, convenue et terriblement ennuyeuse. Jamal est en effet épris de Latika depuis son enfance, la belle – interprétée par Freida Pinto, mannequin qui, un comble, déclare avoir accepté le rôle car elle a adoré Trainspotting – celle-ci est malheureusement mariée à un riche mafieux et se refuse à Jamal… La suite devient donc extrêmement convenue, le héros veut passer à la télé pour conquérir celle qu’il aime. On frise le ridicule lorsque Jamal utilise le joker « call a friend », pour appeler son frère. C’est Latika qui répond : « je ne sais pas... ». Jamal rit, il n’est pas le seul.
« You wanted to see real India? » Il n’en reste pas moins qu’il faut voir Slumdog Millionnaire, le « must see » du moment en Grande Bretagne est une expérience humaine épatante. La vision du spectateur au milieu d’une scène de vie aussi fourmillante est rendue objective par l’absence de biais inhérent à la prise d’image. Innovant mais surtout réaliste dans sa première partie, loin des clichés des agences de voyage, loin des clichés « Bollywood ». L’Inde a son Hollywood qui masque les faiblesses du pays, Boyle est la pour rétablir une certaine part de réalité : « J’avais visité des bidonvilles dans d’autres parties du monde, comme Kibera au Kenya. En Inde, ce qui surprend d’abord, c’est le mélange d’odeur d’excréments et de safran. C’est une des plus grandes puissances nucléaires mais aussi un des rares pays où on ne trouve pas de toilettes publiques… ».
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