Toujours le minimum avec elle, épurage annuel devenu naturel, voilà longtemps qu'elle ne s'emcombre plus de l'inutile, on bouge plus vite et moins cher.
Presque tout sagement aligné classé dans ces boites bien commodes et très moches qu'on nomme cartons.
Presque tout... mais une chose ne fera pas partie du voyage cette fois.
C'est blanc et négligemment abandonné sur le canapé, sortie de son linceul de plastique pour sans doute mieux y retourner... sauf que...
Nostalgie envolée depuis longtemps, la dentelle et les rubans, l'ourlet brodé et les perles patiemment cousues il y a 20 ans par les mains d'une maman qui croyait aussi en son rêve pour sa fille. Si elle savait cette maman-là, c'est grâce à elle que la chose blanche a survécu les trois dernières années...
Nuage lourd et prison d'innocence, voilà ce que représente ce déguisement aujourd'hui...
Et tant d'autres choses encore, illusions déçues, mensonges et faux-semblants, s'être donnée toute entière à cet inconnu qui ne se connait toujours pas lui-même, et ne veut désormais plus connaître les siens.
Les sentiments qui rongent, l'amertume qui lacère, elle n'a jamais compris ces réactions extrêmes faites pour faire du mal, uniquement pour toucher couler torpiller, se venger de toutes ces choses imaginaires imaginées puis amplifiées démesurées, si éloignées de la réalité.
Elle n'est pourtant pas de ceux qui blessent, si elle attaque c'est trop timidement, presque en s'excusant, et elle ne tient absolument pas la distance.
Elle tente si fort malgré tout de défendre l'avenir des cinq innocents qui sont le fruit de seize ans de vie commune anesthésiée, et à chaque fois le coup de fouet, l'attaque basse et méchante ! Eternels radotages d'évènements mal digérés qui, dans le cerveau de l'autre, ont pris une telle proportion il n'en démordra plus jamais ! Alors il les ressert pour justifier tous ses manquements, tous ses raisonnements tellement à côté de ce qu'on attend d'un père !
"Jusqu'à quel âge comptes-tu subventionner les enfants ? Pour moi ce sera 18 ans et c'est déjà plus que n'avait fait mon propre père"...
Subventionner...
Les enfants sont des produits, des marques, des concepts, des organisations peut-être ?
Les enfants, son coeur en apnée, serré, manque d'oxygène...
Ses enfants à elle, plus jamais les siens à lui à ses yeux.
Ses enfants à lui, dont il veut se débarrasser avant même d'avoir commencé à les aider...
D'elle et lui, il ne reste plus rien, et c'est lui qui a tout piétiné, lacéré, immolé.
A travers les enfants c'est elle qu'il blesse, à travers elle, c'est eux qu'il moleste.
Elle ressent une telle indignation, un poids terrible qui l'écrase, sa vue se brouille et ses yeux s'affolent.
Lui si il était là, des yeux il n'en aurait plus, le coeur il l'a déjà égaré.
Une envie terrible de soulager ce volcan qui l'écrase, de pulvériser les perles délicates, de lacérer la dentelle fragile, d'arracher les rubans, poignarder le tissu blanc encore et encore, jusqu'à n'avoir plus qu'un carnage blanc autour d'elle, pardon Maman, pardon les enfants, pardon...
Etre une Maman pour la vie, être une Maman pour eux et un Papa aussi un peu, leur laisser cette chance-là, se laisser cette chance-là à elle aussi.
Alors oui, elle pardonne aussi à sa Maman à elle et ne libèrera pas son chagrin en détruisant cet objet fait de ses mains, elle non plus ne pouvait pas savoir, non elle ne pouvait pas... Les mamans parfaites ça n'existe pas, pas plus la sienne qu'elle-même...
Mais les mamans qui aiment envers et contre tout,
Oui ça existe
Elle est de celles-là,
Pour la vie,
Pour leurs vies.
Un trésor qui vaut de l'or...











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