Dans les voyages de nos vies, il existe un terminal spécial où on échoue de temps à autre, en rade, en proie à un mal dévastateur qui se veut libérateur.
Je l'appelerai le terminal lacrymal.
Nul n'est à l'abri, nul ne peut s'armer contre, se protéger ou en contourner l'étape.
Il y a des signes avant-coureurs bien sûr et on peut apprendre à les reconnaitre mais on aura beau faire, si les symptômes sont là, c'est déjà trop tard, on est embarqués, le couloir et la navette prendront plus ou moins de temps mais pas de hasard, terminal lacrymal en vue...
Pour moi, ça commence quand mon coeur soudain se serre si fort que j'ai physiquement mal, mal au coeur d'émotions qui blessent ou attristent, douleur en tenaille qui broie ma joie de vivre et noircit mon horizon, coup de poignard dans ma sensibilité lacérée...
Alors je me résonne, je minimise je m'accroche et me répète "ça fait pas mal, ça fait pas mal...", puis, "ah si merde, ça fait mal".
Je me souhaite plus forte, je m'arrime à quelquechose de positif, je retiens mon souffle, je bloque et je rebloque. C'est pire!
Au plus dur de ma résistance, il m'arrive de m'endormir en me disant "vite s'endormir avant de pleurer, vite s'endormir avant de pleurer, vite..."
Pleurer, le mot banni, le mot maudit, c'est insupportable pour les autres si je pleure, ne pas pleurer, ne surtout pas commencer!
Seulement voilà, à force de bloquer, de serrer les paupières et de ravaler les larmes, de s'essuyer les joues très vite en silence, de maintenir une respiration régulière sans bruit mouillé, de lutter et de refouler, on crée bien évidemment une vague de plus en plus haute, une déferlante qui finira par ruisseler puis me submerger et me noyer.
Ne pas pleurer, j'ai échoué! Ne pas me demander pourquoi, le barrage qui s'écroule n'en supporterait pas la pression supplémentaire.
Chaque regard, chaque geste gentil ravive le courant qui s'écoule en continu, les yeux déjà explosés et rougis, plus moyen de parler, gorge trop serrée, coeur trop noué, je capitule, j'ai perdu, je suis vaincue. Vaincue par des émotions ignorées ou mises de côté, vaincue par des déceptions émotionnelles ou réelles, vaincue par le cours de la vie quand il ne s'écoule pas tranquille... et une insignifiante goutte d'eau qui suffit à faire déborder tout le reste. Comment identifier un seul coupable alors? La vraie raison de mes larmes m'est facilement inconnue, l'origine de ce chagrin devenu incontrôlable n'est plus seule responsable...
Rien à démêler, rien à expliquer, juste m'aimer très fort et accepter, me serrer très fort et comprendre que si les sanglots redoublent, c'est signe de libération, plonger au fond de l'abîme avant de revoir la lumière... et toi tu es dans ma lumière, dans mon liquide lacrymal aussi, dans mon terminal à moi, en partance pour cet ailleurs qu'on espère toujours meilleur...










