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Mon bloc perso.
Ce blog présente l'univers de Markus Leicht, auteur du bouquin Péronnik l'idiot, aux éditions Eons.
Vient de paraître : Les mines du dieu Olyphant, une aventure de Péronnik, dans l'anthologie Les enfants de Conan.
Publié le 15/08/2007
Par Markus Leicht


Un texte écrit, il y a deux mois, dans le train qui me ramenait de Nantes. Kayama, ma sorcière, fusionnait dans mon esprit avec les mouvements , d'Henri Michaux, ces poèmes graphiques composés de signes étranges qui sont autant de créatures dansantes. Comme tous les écrits mis en ligne depuis quelques semaines il s'agit d'un texte brut, c'est à dire sans réécriture. Le travail sur les mots, sur les phrases, viendra plus tard.

Pour les créatures dansantes
Pour Kayama aussi



Seule était la créature, perdue dans une nuit qu'elle ne connaissait pas.

Elle émettait de petits sons cristallins et de chacun de ces pleurs naissaient de minuscules étoiles qui tombaient doucement sur le sol. Parfois l'une d'elle se transformait en étoile filante et s'enfuyait pour se perdre haut dans ce ciel ténébreux, à nul autre semblable.

La créature tournait lentement sur elle même. Pareille, au milieu de cette pluie de lumière qu'elle générait, à un danseur ou à une danseuse. Difficile de savoir s'il était elle, si elle était il.

Son corps se déformait sans cesse et des bras jaillissaient de sa masse informe. Des membres qui lui donnaient soudain un caractère plus humain. Silhouette d'encre perdue dans cette nuit si dense.

Petit à petit elle prenait plus d'assurance. Sa danse s'accélérait et les protubérances se faisaient plus nombreuses et chacune d'entre elles se séparait du corps pour devenir indépendante.

Et très vite la créature ne fut plus une mais plusieurs. Et ses enfants dansaient à leur tour et la nuit se remplissait d'étoiles. Car les créatures étaient si proches l'une de l'autre que dans leurs mouvements leurs membres se frôlaient dans un feu d'artifice d'astres miniatures.

Et leurs chansons cristallines se mêlaient dans un chant unique et leurs corps s'étreignaient, si fort, si fort, qu'au coeur de cette nuit ils fusionnaient. Et, de nouveau, seule fut la créature.

Alors, mince silhouette d'encre, elle dansa encore plus vite, plus fort.

Et bientôt, de nouveau, elle fut plusieurs.

Les notes cristallines nées de ces formes en mouvement se transformaient en mots. Mots insaisissables, comme de furtifs glissements chuchotés, dont elles seules pouvaient comprendre la signification. Mots qui se croisaient, s'enlaçaient, s'entrelaçaient, s'embrassaient, dans des étreintes si intimes qu'ils finissaient par jouir les uns des autres. Puis recommençaient, insatiables, jusqu'à ce la fusion de toutes ses créatures dissemblables conduise à leur néantisation.

Et la nuit, intense, cette nuit qui ne se connaissait pas elle-même, demeura sans la moindre vie qu'elle puisse abriter. Traversée de temps en temps par une étoile filante.

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