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Mon bloc perso.
"Elle écrit seule à sa table...Et son café refroidit."
Publié le 07/01/2009
Par moicninis4
Humeur : Rebelle

Embarrassé

Ctrl Alt Suppr

 

Je cherche à ouvrir cette fenêtre magique depuis laquelle on peut cliquer sur l'attrayant "fin de tâche".

Je voudrais choisir le programme qui s'est mal exécuté, qui a buggé, et lui dire de se la fermer.

Dans ma tête il fait du bruit et je ne peux pas m'endormir.

Alors je rallume la lumière et je prends un livre.

 

Le ravissement de Lol V. Stein, Marguerite Duras.

 

Je lis et, vous savez ? Je suis le premier chapitre.

Je ne crois pas au hasard moi, ce n'est pas nouveau.

Je découvre ces mots le 2 janvier 2009 et on voudrait me faire croire qu'ils n'ont pas été écrits pour ça.


Peut-être que beaucoup oseraient dire que ce n'est pas un appel, moi pas.

Je n'oserai pas parce que c'est loin d'être la première fois que la Littérature me fait ce coup-là.

 

 

Extraits choisis :

 

"... deux femmes franchissent la porte de la salle de bal du Casino municipal de T. Beach. (...) Lol, frappée d'immobilité, avait regardé s'avancer, comme lui, cette grâce abandonnée, ployante, d'oiseau mort. (...) Avait-elle regardé Michael Richardson en passant ? L'avait-elle balayé de ce non-regard qu'elle promenait sur le bal ? C'était impossible de le savoir, c'est impossible de savoir quand, par conséquent, commence mon histoire de Lol V. Stein. (...)

 

Aussitôt qu'on le revoyait ainsi, on comprenait que rien, aucun mot, aucune violence au monde n'aurait eu raison du changement de Michael Richardson. Qu'il lui faudrait maintenant être vécu jusqu'au bout. Elle commençait déjà, la nouvelle histoire de Michael Richardson, à se faire. (...) La femme était seule, un peu à l'écart du buffet. (...) Michael Richardson se dirigea vers elle (...). Lol, suspendue, attendit, elle aussi. La femme ne refusa pas. Ils étaient partis sur la piste de danse. Lol les avaient regardés, (...) elle parut les aimer. (...)

 

Lol avait instinctivement fait quelques pas en direction d'Anne-Marie Stretter en même temps que Michael Richardson. (...) Lol était retournée derrière le bar et les plantes vertes. (...) Ils avaient dansé. Dansé encore. Lui, les yeux baissés sur l'endroit nu de son épaule. Elle, plus petite, ne regardait que le lointain du bal. Ils ne s'étaient pas parlé. (...)

 

La nuit avançant, il paraissait que les chances qu'aurait eu Lol de souffrir s'étaient encore raréfiées, que la souffrance n'avait pas trouvé en elle où se glisser (...). Tous les trois, ils avaient pris de l'âge à foison, des centaines d'années (...). Lol resta toujours là où l'événement l'avait trouvée lorsque Anne-Marie Stretter était entrée, derrière les plantes vertes du bar. (...) Sans doute Lol (...), comme eux, n'avait pas encore pris garde à cet autre aspect des choses : leur fin avec le jour. (...)

 

L'orchestre cessa de jouer. (...) Les yeux baissés, ils passèrent devant elle. Anne-Marie Stretter commença à descendre, et puis, lui, Michael Richardson. Lol les suivit des yeux à travers le jardin. Quand elle ne les vit plus, elle tomba par terre (...). "

 

La première page du chapitre 2 dit ceci : "(...) elle criait en effet qu'elle n'avait rien à penser tandis qu'elle attendait, réclamait avec l'impatience d'un enfant un remède immédiat à ce manque."

 

Et un peu plus tard : "Elle se croit coulée dans une identité de nature indécise qui pourrait se nommer de noms indéfiniment différents, et dont la visibilité dépend d'elle. (...) Au décrochez-moi-ça de quelles aventures parallèles à celle de Lol V. Stein étouffées dans l'oeuf, piétinées et des massacres, oh ! qu'il y en a, que d'inachèvements sanglants le long des horizons, amoncelés, et parmi eux, ce mot, qui n'existe pas, pourtant est là : il vous attend au tournant du langage, il voue défie, il n'a jamais servi, de le soulever, de le faire surgir hors de son royaume percé de toutes parts à travers lequel s'écoulent la mer, le sable, l'éternité du bal dans le cinéma de Lol V. Stein. (...)

 

Remplacée par cette femme, au souffle près. Lol retient ce souffle : à mesure que le corps de la femme apparaît à cet homme, le sien s'efface, s'efface, volupté, du monde. (...) Michael Richardson avait été aimé en son temps d'un amour trop grand, rien de plus. (...) et Lol attend vainement qu'il la reprenne, de son corps infirme de l'autre elle crie, elle attends en vain, elle crie en vain."

 

 

Ctrl Alt Suppr sur ce bal de T. Beach qui ne sera jamais plus.

 

La fenêtre C11133 est toujours bloquée.

Oui, cette fenêtre là, celle du couloir des juristes, au premier étage du Conseil Général d'Ille-Et-Vilaine.

Si je repassais devant, j'y verrais encore son prénom.

 

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