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Publié le 28/01/2009 à 20:09
Le 5 juillet 2008, Frédéric Mitterrand a été nommé directeur de la Villa Médicis. C’est l’aboutissement d’une carrière consacrée aux arts et notamment au septième.
De Malraux à son oncle, François Mitterrand, la politique en France est amoureusement liée à la Culture, surtout aux Lettres. Mais peu, comme Frédéric Mitterrand, se sont dévoués à faire s’unir l’amour du Cinéma et la vie de la Cité. Ancien élève de Sciences po et professeur d'histoire, de géographie et d'économie entre 1968 et 1971, il se dirige rapidement vers le cinéma, sa grande passion; il est d’ailleurs apparu à l’écran pour la première fois à douze ans, dans le film Fortunat.
Continuant dans cet univers du septième art qui le fascine tant, il dirige jusqu'en 1981 plusieurs salles d'art et d'essai dans le XIVe arrondissement de Paris. Puis il devient animateur de télévision, dans des émissions toujours centrées ou presque sur le cinéma. On peut citer notamment « Etoiles, étoiles » ou « Ciné-fêtes » qui sont autant d’émissions qui ont rencontrées leur public.
Il est également passionné par les grandes figures historiques et notamment par les têtes couronnées ; en somme, ceux pour qui la vie est un long film tranquille, ou pas. En ce sens, il fut le grand commentateur des cérémonies royales sur le petit écran, il a depuis été remplacé par Stéphane Bern dans ce rôle.
A la même époque, il produit, réalise et commente de nombreuses séries documentaires sur les grands destins de ce monde ou sur l’histoire du cinéma. Avec ce timbre de voix si particulier et ce ton qui ont fait date dans l’histoire télévisuelle, certains de ses documentaires se sont fait agréablement remarqués comme « Les aigles foudroyés », qui traite des monarchies autrichiennes et russes à l’orée du vingtième siècle, ou « Je suis la folle de Brejnev », traitant de la vie intime de l’ancien leader de l’URSS, autant de thèmes très cinématographiques.
L’homme de culture s’institutionnalise
Restant fidèle au cinéma français qu’il aime tant, Catherine Tasca, alors ministre de la Culture, le nomme président de la Commission d’avance sur recette du cinéma français en 2000. Poste Ô combien éminent et politique quand on sait que le cinéma français ne survivrait pas sans celle-ci.
Il s’éloigne alors quelque peu du septième art, ne pouvant refuser, par réalisme ou pêché d’orgueil, le poste de directeur général délégué de TV5 en août 2003.
Il est revenu par la suite sur le devant de la scène en 2005, après la parution de son autobiographie « La mauvaise vie », où il dévoile des versant moins connus de lui-même, notamment son homosexualité ou son amour inénarrable pour Catherine Deneuve…toujours ce cinéma en toile de fond.
Enfin, en juillet 2008, après une vive polémique l’opposant notamment à George-Marc Benamou, alors conseiller culture du Président de la République, il est nommé directeur de l’Académie de France à Rome, la bien nommée Villa Médicis, haut lieu de la Culture française…et de son Cinéma. Pas de doute que celui-ci sera à l’honneur sous sa direction.
Publié le 27/01/2009 à 20:07
A l’instar de ses aînés écrivains-voyageurs, Constantin de Slizewicz, photographe- voyageur, a conjugué voyage et journalisme, à la rencontre d’autrui ; il a largué les amarres et est parti pour «dire la Chine», pour raconter l’extraordinaire épopée de l’être humain, de sa condition, en franchissant toutes les «dernières frontières» physiques et mentales que recèle les lointaines contrées de L’Empire du Milieu.
Cet homme est en effet à rapprocher des grands écrivains qui ont parcouru le monde pour le conter, même si la plume a cédé le pas à l’appareil photo. Ainsi de Jack London, crevant de froid, mais persévérant à marcher dans la foulée des chercheurs d’or de l’Alaska, pour dire l’épopée de cette poignée d’aventuriers de la fin du XIXe siècle; ainsi de Théodore Monod qui n’a jamais pu renoncer, même âgé ou malade, à l’appel de la mer ou du désert; ainsi de Stevenson, atteint d’eczéma, malade et désemparé, décidant malgré tout de s’enfoncer dans les montagnes californiennes de la Santa Lucia pour y aller camper; oui, Constantin de Slozewicz est de cette trampe là… Pour lui, ce sera la Chine.
Une Chine, peut être méconnue, mais qui fascine toujours autant. Steppes à perte de vue, montagnes qui tutoient les cieux, fleuves où fraye des bêtes légendaires, il faut avouer que le cadre est propice. Ajoutons à cela les pieds de nez nés de l’histoire : des peuples évangélisés oubliés dans la vallée du Mékong, des canonnières de la Marine découvrant d’improbables rivières au XIXeme, des lieux mythiques comme l’Altaï d’où naquirent les plus grands empires, des peuples aux meurs uniques...On comprend alors aisément que Constantin de Slizewicz aura toujours de la matière pour faire partager sa sinophilie, que ce soit par le truchement de son appareil photo, de sa caméra , en réalisant des documentaires comme Le royaume des femmes, ou avec sa plume, comme dans son livre Les peuples oubliés du Tibet, édité chez Perrin.
Heureux, qui, comme Constantin, a fait un beau voyage…
Mais ce fringuant jeune homme ne partage pas avec ses illustres prédecesseurs “écrivainsvoyageurs” que l’envie de nous conter le monde. Il est, comme eux, un grand rêveur, qui est allé chercher sur place les aventures qu’il avait en songes. On peut penser qu’il faut une sacrée dose de courage pour les réaliser. Mais leur témérité, finalement, est intimement liée à leur exercice de la liberté: oser, en un mot. Oser, alors que l’on est dans une école de commerce lyonnaise avec un destin tout tracé, se lancer dans un stage en Chine. Oser, à la suite de celui-ci, vouloir absolument y rester. Oser, sans aucune expérience, démarcher des magazines pour ses reportages. Au fond, s’il nous fascine autant , c’est peut-être parce qu’il a eu une audace hors du commun : il a respiré un air d’une rare liberté. Il a dit non au rôle que la société attendait de lui, et a préféré se tailler un autre costume, de bric et de broc, d’aventures improbables, de dangers certains.
Il a accepté l’éventualité d’être «autre». Et c’est alors une odyssée humaine singulière qu’il nous raconte au travers de ses photos, de ses films ou de ses livres. Toujours dans cette passion des peuples ignorés et « en voie de dipasrition », comme les Mosuo, où l’ « homme n’est qu’un arroseur », Constantin de Slizewicz a créé récemment une association, « Mission Liotard ». Elle a plusieurs fonctions : construire un centre culturel français dans le Yunnan, y accueillir des compétences françaises diverses, comme l’agriculture biologique, ou encore sauver un instrument traditionnel tibétain : le Niujaoqin.
Malgré l’intérêt et la philanthropie que ce projet dégage, Constantin de Slizewicz ne sortil pas de son rôle de « simple » observateur, de son rôle de conteur du monde ? En effet, en devenant un engagé humanitaire parmi tant d’autres, ne pense-t-il pas omettre une part de son objectivité, son regard neutre d’étranger ? En s’ancrant dans un territoire, en achetant une ferme à Shangri-la, le risque est prégnant de perdre le sel de son « métier » : cette liberté de voguer au milieu des hommes. C’est un peu comme si Corto maltese allait habiter dans un appartement du VIème arrondissement. Mais au fond, pourquoi un écrivain- voyageur ne pourrait-il pas faire une halte ? Un de ses homologues, Jean Christophe Rufin, est là pour nous en assurer : « Les écrivains-voyageurs savent se perdre, s’égarer, mais se retrouver dans et par l’écriture ; ils tiennent autant d’Arthur Rimbaud que de Jacques Cartier. »
Publié le 26/01/2009 à 20:13
Comme tous les amoureux du Voyage, Olivier Barrot est un admirateur de Semprun. Comme tous les admirateurs de Semprun, Olivier Barrot est un révolté. Cette révolte, il la met au service de son métier, de ses engagements, de ses passions, et nous l’a fait partager la semaine dernière en me rendant visite. Après une arrivée sans tambour ni trompette et une brève présentation, une sensation se dégage déjà: cet homme là aime partager son savoir et ses passions, mais il faut être à la hauteur de celles-ci. A rebours de toute caricature de l’homme de Lettres, misonéiste et technophobe, ce sémillant jeune homme de 60 ans nourrit une révolte qui lui tient à coeur: celle contre la tentation de la nostalgie. Il la déteste sous toutes ses formes, aussi bien à propos des valeurs qui se perdraient que d’une télé qui deviendrait toujours plus triviale. « Les gens qui pensent toujours « c’était mieux avant », ça m’emmerde. » « La Télé n’est pas un média pour la culture. » Olivier Barrot ne rentre ainsi pas dans la matrice facile qui consiste à fantasmer un âge d’or de la culture dans les médias face à une télévision actuelle qui tomberait dans une médiocrité certaine. « Il faut arrêter de dire qu’il n’y a pas de culture à la télé et que les français sont assoiffés de culture, c’est faux, il existe deux chaînes exigeantes pour la culture sur le hertzien, mais personne ne les regarde. » On en prend tous pour notre grade, notre hypocrisie tressaillant aussi sec. On se prend à imaginer la même franchise face aux tenants de la réforme de l’audiovisuel public. Fer de lance de la Littérature à France Télévisions, où il présente depuis 1991 le mini-magazine littéraire Un livre, un jour, il est de fait en première ligne dans cette bataille. La réforme ? « Le diagnostic était bon, mais le traitement est mauvais. » La fin de la pub ? « La pub, c’est une très bonne virgule dans les programmes. » Et la culture dans tout ça? « La Télé n’est pas un média pour la culture. » Voilà qui est dit. Alors que l’on ne puisse guère le concevoir, un léger mais lancinant mouvement de lissage de cravate semble trahir un quelconque stress. Ce serait compréhensible, face à une centaine d’étudiants assoiffés de ses récits. Et cela alors que l’on sent son envie de partager intacte. Le voyage et le partage, toujours. Dans une interview donnée à sa propre chaîne, France 3, il l’avouait: “je pense savoir communiquer la ferveur, l'enthousiasme et l'adhésion à un livre, une réalité humaine, un pays. J'aime donner l'envie d'y fureter, d'y jeter un coup et de se l'approprier éventuellement.” Des livres que l’on a envie de lire et des voyages que l’on a envie de vivre, il y en a moult après une rencontre avec Olivier Barrot. Naviguer au large de l’Abyssinie en relisant quelque poème rimbaldien, lire Le Grand Voyage de Semprun, emprunter la route de la soie en sa compagnie, feuilleter un album de Corto Maltese. Il y a du Hugo Pratt dans cet homme! Senso, le magazine qu’il a cofondé et dont il est le rédacteur en chef, en est une mirifique preuve. Entre des dessins de Sempé, des réflexions eschatologiques d’Eric- Emmanuel Shmitt et des récits de voyage de jeunes talents, le parallèle est saisissant. Et, tout comme Hugo Pratt, Olivier Barrot est une énigme. En effet, la chaleur et la gentillesse que dégage cet individu, ainsi que son insatiable curiosité pour la Littérature et pour ses semblables peut sembler suspecte. Un regard bienveillant posé sur un étudiant peu sûr de lui et de sa question, et toutes ces considérations s’envolent. Mais d’autres nous viennent alors. Un homme qui veut autant s’évader, aussi bien par les livres que par ses voyages, un homme qui admire tant Jorge Semprun, aussi bien par sa vie que par son oeuvre, et bien cet homme doit être un révolté. Contre quoi ? George Bataille nous vient ici en aide : «Ce qui, le plus violemment, nous révolte, est en nous. » |
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