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Zoé : Bravo, voilà des articles nuancés et complet sur un sujet trop souvent traité avec des clichés... merci, cette lecture m'a fait du bien
isa : pas facile surtout de s'avouer à soi même un non désir d'enfant
Louise : pour le moins inhabituelle me fait beaucoup réfléchir.
Louise : Bonjour Psyché, ton blog est extrêmemnt intéressant ! J'entends aujourd'hui qu'une femme de 59 ans va bientôt être mère. j'avoue que cette situation
amar : etre ou ne pas étre mère
Publié le 27/08/2008 à 18:21
Par psyche



La liberté de choix (faire ou non un enfant) concerne essentiellement les Françaises d’origine, par opposition, par exemple, aux femmes d’origine africaine, dont la culture familiale et basée sur le mariage, la fondation d’une famille, nombreuse de préférence. Pour autant, ne pas faire d’enfant, même dans les milieux intellectuels, n’est pas toujours accepté avec la plus grande indulgence. Si la pilule a permis ce choix, la société ne l’a pas encore totalement plébiscité.

" Aujourd'hui, ce choix est toujours mal vu” regrette Édith Vallée, 60 ans, psychologue de métier et qui a écrit deux livres sur ce thème, à 30 ans d’intervalle. C’est la réponse immédiate de cette femme qui n’a pas d’enfant. Trente ans après l'autorisation de la pilule contraceptive, un fossé sépare les deux époques. Elle précise : "Dans les années 1970, refuser d'être mère était un discours féministe, assumé et légitime, même s'il provoquait un tollé. Aujourd'hui, la pression est plus insidieuse. Il est de bon ton de ne pas contester aux femmes le droit de mener leur vie à leur guise, mais cette tolérance n'est qu'apparente. Elle s'accompagne d'une condamnation : il est impossible d'être épanouie sans enfants. On s'imagine que ces femmes sont forcément dépressives".

Je dirais aussi, déviantes, égoïstes, carriéristes, etc.

Ne pas se soumettre à cette loi biologique qui veut que la femme fasse des enfants, revient à braver la puissance divine. C’est une offense suprême que d’ignorer le Créateur qui a fait le mâle et la femelle dans presque toutes les espèces. Notons que chez les loups, seul le couple alpha, constitué du mâle dominant et la femelle dominante de la meute, a le privilège de s’accoupler pour assurer la survie de l’espèce. (Les autres mâles et femelles seront "abstinents" jusqu’à ce que l’un des mâles devienne le mâle dominant à son tour, ou que l’une des femelles devienne dominante à son tour). Mais nous ne sommes pas des loups. La vie en société des Humains s’organise différemment, autour d’une culture, propre à chaque pays, région, religion, etc. La femme et l’homme sont "censés" vivre ensemble un jour pour fonder une famille. Alors, ces femmes qui ne veulent pas d’enfants ? Quel est donc leur problème? Une anomalie médicale les contraindrait-elles à ne pas s’y risquer ? Une malformation ? Un organe déficient ? Non, mais enfin, toute femme féconde, ne saurait se dérober à ce que la Nature elle-même a tracé pour elle : le sillage de la procréation, la voie de l’épanouissement maternel, la joie de porter la vie pour la donner ensuite dans une merveilleuse délivrance…

En France, la société admet relativement qu’une femme n’a pas d’enfant. Si le spectre de la culpabilité rôde près d’elle, c’est plus souvent lié au fait qu’elle n’a pas choisi et/ou qu’elle a un peu de mal à l’assumer. Ce sentiment de culpabilité apparaît le plus fréquemment au cours de rencontres avec d’autres femmes devenues mères ou souhaitant ardemment le devenir. Si les femmes sans enfants peuvent susciter méfiance, admiration ou irritation, elles laissent le plus souvent leur entourage indifférent ou embarrassé. Elles ne sont toutefois ni des parias, ni des monstres de foire. Ce n’est pas le cas de très nombreux pays, européens même, dont l’Italie, pays frontalier qui plus est.
Publié le 27/08/2008 à 18:24
Par psyche
Voici en effet, une étude de Sandra Carmignani . Son rapport intitulé "Les femmes célibataires de Gangi,
ou quand la marge côtoie la norme", fait un état des lieux du regard sur les femmes non mariées et sans enfant de ce village Sicilien, dont voici un court extrait pour le moins surprenant :

"Les femmes interviewées avec ou sans enfants font l’unanimité lorsqu’elles définissent ce que devrait être une femme et son rôle dans la société. Il apparaît, pour elles, évident qu’une femme sans enfants est une femme incomplète, ceci en insistant unanimement sur la naturalité reproductrice de la femme. Une nette hiérarchie se décèle dans les discours sur la position sociale de la femme par rapport à son statut social et privé. Une femme devrait idéalement être fiancée, puis mariée et ensuite avoir des enfants. Une femme mariée sans enfants arrive au second rang de l’accomplissement social et surtout “naturel” de la femme. Une femme non mariée, et donc sans enfants, est reléguée dès lors, au dernier rang. La zitella est le terme péjoratif pour désigner ces femmes qui ont presque ou déjà passé l’âge de se marier. ]…[ Ce mot, considéré comme une insulte, n’est jamais prononcé devant l’une d’elles. L’âge limite évalué pour un mariage est assez variable, mais généralement, il se situe à trente ans où la situation devient plus qu’urgente ; au-delà de quarante ans, celle-ci est quasiment désespérée. La condition de vieille fille est loin d’être enviée et les propos tenus à leur sujet dénotent un mélange de gêne, de pitié et d’ironie. Dans une société où la figure de la mère est hautement valorisée, où un couple ne devient famille que lorsque advient la naissance d’un enfant, la zitella, dans ces conditions, ne peut que déranger et susciter un malaise. C’est ce qui se dégage de discussions autour, notamment, du sujet de l’infertilité et de l’adoption. Ces femmes sont décrites comme “des femmes incomplètes, des moitiés de femmes, non réalisées, vides, des vies gâchées, une condition malheureuse, contre-nature”. Considérées de cette manière, les zitelle ne sont pas dupes, et le savent évidemment. Elles savent aussi que le respect qu’elles ne reçoivent pas de la société qui les entoure dépend quasi exclusivement de l’absence de mari et du non-accomplissement de la maternité. ]...[ Paradoxalement, ces femmes semblent, tout de même, tenir à leur indépendance, et avouent qu’elles auraient du mal à se retrouver dans la vie conjugale quotidienne. Toujours par un discours très critique et probablement relevant d’un processus de rationalisation de leur condition, les femmes célibataires rencontrées comparent sans cesse les couples et les familles qui les entourent avec leur idéal et y retrouvent rarement les occasions de regretter leur choix ou position. "
Publié le 27/08/2008 à 18:26
Par psyche
En Allemagne, plus ‘proche’ de la France dans sa tolérance, il en est tout autrement : il y est difficile de concilier famille et travail. Un tiers des femmes, après des études supérieures, renonce à la maternité et au total, une Allemande sur cinq environ n’aura jamais d’enfants selon l’Institut national d’études démographiques (INED). De plus en plus d’universitaires allemands restent sans enfant. C’est ce que confirment Nathalie Lacube et Blandine Milcent dans leur article paru dans La Croix du 15/06/2005 et dont voici des extraits  :

"... ] Outre-Rhin, les infrastructures d’accueil des petits sont insuffisantes et mal adaptées aux horaires des mères travaillant à plein-temps (la plupart des crèches ou des écoles ferment très tôt), ce qui n’incite pas à avoir des enfants. Mais, tous les experts s’accordent à dire que c’est plus la conséquence que la cause d’un mode de fonctionnement social : dans leur grande majorité, les Allemands estiment mal venu qu’une mère de famille travaille, surtout à plein-temps, car cela est considéré comme nocif au développement affectif et psychologique de sa progéniture. À la différence de la France où on cherche une solution de garde au plus vite pour son enfant, en Allemagne, on redoute au contraire de briser sa personnalité, si on le socialise trop tôt" explique Béatrice Durand, auteur du livre Cousins par alliance, qui compare les deux pays."Outre-Rhin, on a la phobie d’une éducation à la dure, qui rappelle le passé nazi. Il s’agit très clairement de ne pas répéter les mêmes erreurs. ]...[ Du coup, la fonction parentale fait peur. Devenue aussi difficile à remplir qu’un sacerdoce, culpabilisante, elle ne peut être choisie qu’après une longue réflexion. Avoir un enfant en Allemagne n’est plus un acte simple et naturel de la vie, surtout au sein des classes privilégiées. C’est une mission à laquelle certains préfèrent se soustraire. Les plus courageux ont un, voire deux enfants, avant de s’arrêter là, épuisés.
]...[ Le sujet reste tabou, et très peu de gens osent exprimer leur volonté de ne pas avoir d’enfants, notamment en France, où il n’y a pas eu d’enquête sociologique majeure sur leurs motivations, dont certains nient même l’existence. Le “non-désir d’enfant” n’existe pas, je n’y crois pas. Toutes les petites filles disent que quand elles seront grandes, elles auront des bébés. Ensuite, beaucoup, pour des raisons diverses, liées à leur carrière, à leur compagnon (pas le bon, pas au bon moment) laissent passer le temps, mais ensuite elles regrettent", estime Monique Bydlowski, psychiatre, qui rappelle que "toute la douleur du monde se déverse dans les consultations pour infertilité". ]...[
Toutefois, en France toujours, ceux et celles qui renoncent à enfanter restent très rares, car ‘l’enfant est devenu une valeur importante dans une construction narcissique de l’image de soi. La société porte, sur les femmes qui n’en ont pas, un regard peu tendre’, ajoute Sophie Marinopoulos. Selon les idées reçues, on les accuse souvent d’être égoïstes ("ma carrière, mes voyages, mes loisirs, ma beauté… "), immatures ("c’est trop de responsabilités à assumer") ou on les soupçonne de cacher des traumatismes, de lourdes blessures d’enfance. ]...[."

Publié le 27/08/2008 à 18:31
Par psyche


Ce qui est certain, à première vue, c’est que, en France, les femmes sans enfant n’ont pas plus d’étiquette hostile que celles qui en ont et qui reprennent rapidement un travail à plein temps.
Seuls quelques ‘conservateurs’ osent encore y voir un problème identitaire. Un bémol cependant : "si l’identité des femmes d’aujourd’hui n'est plus fondée exclusivement sur la maternité, l'enfantement, on constate que les femmes d’aujourd’hui ont plus de mal à se livrer sur le sujet que les femmes interrogées il y a 30 ans". C’est en tout cas, le constat d’Edith Vallée. Les femmes de l’après-révolution sexuelle, portées par cet enthousiasme, cet éclatement des valeurs autour de la sexualité, ont plus facilement ouvert leur porte que celles des femmes du début des années 2000. "Non pas qu’elles cherchent à se cacher ou à éviter le sujet, mais les faire s’exprimer sur cet aspect délicat de leur vie de femme est apparemment moins simple qu’on ne pourrait le croire".

Une Française sur dix n'aura pas d'enfant au terme de sa vie. Pour certaines, on l’a vu, ce n'est pas un vrai choix. Elles estiment ne pas avoir trouvé le bon compagnon, ont laissé le temps filer ou vivent au sein d'un couple infertile et n'ont pas pu ou voulu adopter. Les femmes qui décident de ne pas devenir mère seraient donc très peu nombreuses.
"Il existe une pression collective qui incite les couples à avoir des enfants", estime Arnaud Régnier-Loilier . "Le non-désir d'enfant semble en effet marginal dans une France qui affiche un taux de fécondité record en Europe (deux enfants par femme) et un nombre de naissances croissant (830 900 bébés en 2006).  Les femmes sans enfants sont généralement assez diplômées. Le désir d'enfant s'impose plus vite pour les femmes qui peinent à s'inscrire sur le marché du travail. La maternité leur permet d'acquérir un statut, celui de mère de famille. Les femmes cadres ont d'ailleurs moins d'enfants que les autres".
Mais pourquoi ne pas en vouloir du tout ?
"Pour bien profiter de leur vie de couple - voire pour ne pas le mettre en danger - ou pour ne pas entraver leur carrière" répond le chercheur.

Quand elle dit :
"Le ‘non-désir d’enfant’ n’existe pas, je n’y crois pas. Toutes les petites filles disent que quand elles seront grandes, elles auront des bébés. Ensuite, beaucoup, pour des raisons diverses, liées à leur carrière, à leur compagnon (pas le bon, pas au bon moment) laissent passer le temps, mais ensuite elles regrettent", Monique Bydlowski ouvre un autre débat.
Je ne partage pas son avis sur ce dernier point : les femmes sans enfant de plus de cinquante ans que j’ai interviewées, m’ont dit avoir une vie bien remplie, se sentir libres, avoir pratiqué des IVG justement pour ne pas assumer la charge d’un enfant, et surtout, ne rien regretter.

M. Bydlowski appuie son propos : "toute la douleur du monde se déverse dans les consultations pour infertilité". La tentation est grande, ici, d’opposer les femmes qui peuvent avoir des enfants à celles qui ne le peuvent pas. Il est bien normal que ces dernières souffrent si elles désirent un enfant. Mais entre celles qui ne veulent absolument pas d’enfant, et qui s’arrangent pour ne pas en avoir, et celles qui en veulent malgré leur infertilité, il y a toutes celles pour qui la vie se charge de mettre son petit grain de sel perturbateur.
Ne généralisons pas, une fois encore. Il y a des femmes qui regrettent peut-être de ne pas en avoir, comme il y a des femmes qui, avec quelques années de recul, finissent pas regretter d’avoir eu recours à l’IVG. Mais il y en a qui ne regrettent ni l’un, ni l’autre.
Édith Vallée évoque, elle, la passion qui remplit une vie (amour fusionnel, engagement artistique, humanitaire), la peur de transmettre un mal-être, le manque d'opportunités...
"Mais dire que l'on n'a pas eu le temps de faire un enfant ou que l'on n'a pas trouvé l'homme idéal révèle un non-désir d'enfant non assumé. Une vérité trop difficile à admettre dans notre société", conclut la psychologue.
Je ne rejoins pas les conclusions d’Edith Vallée, qui suggèrent qu’aucune femme n’assume vraiment le fait qu’elle n’ait pas d’enfant. Certaines femmes n’ont pas d’enfant car elles n’en ont réellement jamais voulu, et d’autres n’auraient pas été contre l’idée d’en avoir à conditions de connaître cet homme idéal. Estimer ne pas l’avoir rencontré est à mon sens une bonne raison de ne pas avoir d’enfant, ou disons, une raison nécessaire et suffisante.

En matière de maternité, la réponse de la société face aux femmes sans enfant dépend de la culture, d’une part, et est relativement liée à la manière dont la femme annonce qu’elle n’a pas d’enfant, d’autre part : si elle affiche ouvertement une irritation face aux enfants, les mères ayant du mal à entendre cela risquent de se sentir agressées et de "contre-attaquer". En restant discrète sur ses motifs, elle laisse planer un doute : elle a peut-être un problème de stérilité, elle n’a pas (encore) rencontré l’homme qui convient, ou elle attend d’avoir une situation plus stable. Si elle annonce qu’elle aime malgré tout les enfants, la pilule passe encore mieux, sans jeux de mots.

Pour clore ce paragraphe, il ne s’agit pas de prôner la non-maternité, pas plus que la maternité d’ailleurs. À chaque femme son destin, réellement "choisi" ou non, parfaitement assumé ou non.
Entre les femmes qui veulent un enfant à tout prix, quitte à passer par le corps médical, une mère porteuse ou l’adoption, et celles qui préfèreraient se faire ligaturer pour être certaines de ne jamais tomber enceinte, il y a tout un panel de situations toutes aussi singulières les unes que les autres, empreintes de toutes les ambivalences liées à la maternité. L’essentiel pour une femme ne souhaitant pas devenir mère est de se mettre à l’écoute des nombreux fondements individuels qui la motivent. Si ce choix est définitif, il sort de la norme, certes, mais au fond, pas plus que celui d’une grossesse désirée à seize ans.

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