Zoé : Bravo, voilà des articles nuancés et complet sur un sujet trop souvent traité avec des clichés... merci, cette lecture m'a fait du bien
isa : pas facile surtout de s'avouer à soi même un non désir d'enfant
Louise : pour le moins inhabituelle me fait beaucoup réfléchir.
Louise : Bonjour Psyché, ton blog est extrêmemnt intéressant ! J'entends aujourd'hui qu'une femme de 59 ans va bientôt être mère. j'avoue que cette situation
amar : etre ou ne pas étre mère
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Publié le 04/10/2008 à 11:52
Par psyche
J’évoquerai ici plusieurs aspects :
• Le couple parental, • La venue au monde de cette femme, • L’ambiance familiale dans laquelle elle grandit.
Je précise avant tout que ce qui suit concerne le petit échantillon des femmes que j’ai rencontrées. Il ne peut en aucun cas être généralisable à toutes les femmes sans enfant, mais il peut permettre de bien saisir l’importance de ne jamais chercher à superposer deux histoires, car derrière deux de femmes qui ne deviennent pas mères, se cachent deux destins qui n’ont en commun que le fait qu’elles ne sont pas mères.
Peu de mariages des couples parentaux des femmes interrogées étaient fondés sur un amour réciproque profond. Ces unions étaient plutôt formées sur des motifs tels que : une grossesse survenue par accident, une entente très cordiale entre personnes du même milieu social, un dépit amoureux antérieur ou une vie matérielle confortable en perspective, avec, parfois, cependant, une touche d’amour, au tout début de la relation. Bien que les parents de ces femmes se soient malgré tout "choisis" mutuellement (pas de mariage arrangé ou forcé), presque tous ont divorcé par la suite, ou sont rapidement tombés dans une routine sans joie, sans piment, offrant ainsi un foyer peu chaleureux, dénué d’affection et de démonstration sentimentale. Cela ne constitue pas, en soi, une raison de ne pas faire d’enfant pour la descendance, mais cela jette souvent les bases d’un modèle parental "bancal" pour l’enfant, qui ne sera jamais témoin d’une complicité ou d’une harmonie entre ses parents.
Vient, un jour, la naissance de l’enfant : presque toutes ces femmes admettent n’avoir pas été désirées, "programmées". Les mères ont gardé l’enfant soit parce que l’IVG n’était pas envisageable, - pour des raisons religieuses ou éthiques- soit parce qu’elles n’ont pas vraiment réfléchi à la question, ou encore parce, la pilule n’étant pas encore en vogue, l’enfant étant là, et bien on le gardait. La grossesse, n’a pas fait l’objet d’une joie pour elles, pas plus que pour certains pères du reste. Dans quelques cas, cependant, l’enfant est désiré, mais fortement attendu comme un garçon, ce qui ne présage pas d’un accueil enthousiaste à la naissance. Si les parents s’accommodent alors de la surprise, il arrive que la déception ne soit pas dépassée. L’éducation peut s’en ressentir. Les valeurs transmises à l’enfant sont plus axées sur celles communément inculquées aux garçons : sens de l’action, de la logique, préparation à une carrière, autonomie financière. Ce fut notamment le cas d’une des femmes, cadette d’une sœur aînée, qui était donc d’autant plus attendue comme fils que l’aînée était une fille. Cette seconde déception du père fut pour elle un fardeau très lourd à porter : pas question de jouer à la poupée ou tout autre distraction généralement répandue chez les filles. Non pas du fait d’une interdiction parentale, mais vraisemblablement pour répondre inconsciemment à l’attente du père. La coquetterie ne sera jamais non plus une priorité, ni même une préoccupation mineure. Des vêtements amples et confortables, d’un style classique ou sportswear, sont le style le plus souvent adopté par ces femmes. La plupart de ces femmes, lorsqu’elles étaient enfants, n’ont pas été spécialement attirées par les poupées, baigneurs, dînettes et autres jeux "communément" adoptés par les filles. Souvent, même les bébés en chair et en os les laissaient indifférentes ou les irritaient, ce qui n’a pas changé par la suite. Ne réduisons pas cependant ces petites filles à ce qu’il est courant d’appeler des "garçons manqués", expression qui suggère un "ratage", un "vice de forme dans la conception". Ne perdons pas de vue non plus que de nombreuses femmes n’ayant pas joué à la maman sont devenues mères et inversement. Le manque de chaleur entre conjoints, dont j’ai parlé précédemment, se retrouve aussi dans la relation parent-enfant, ce qui constitue un motif supplémentaire de ne pas forcément se sentir apte à faire des enfants. Cela est presque toujours le cas avec le père. Quant à la mère, aucune femme interrogée n’a un souvenir agréable de sa relation avec la sienne. Il en va souvent de même avec le père : on distingue les pères distants, les pères plutôt absents, et les pères dominateurs (plus ou moins violents) avec la mère et ou avec ses enfants. Presque tous ces couples parentaux ont divorcé avant l’adolescence de la fille. Quand ce ne fut pas le cas, la mésentente a perduré, parfois jusqu’au décès de l’un des conjoints. Quelque soit l’histoire, aucune personne interrogée n’a, en tout cas, évoqué un couple de parents ouvert, chaleureux et aimant. Les parcours sont apparemment "ordinaires", comme l’on dit de certaines situations familiales quand elles ressemblent à tant d’autres : des millions de personnes n’ont pas été désirées, n’ont pas vraiment été aimées, ont été maltraitées, ont vu leurs parents divorcer, mais feront pourtant des enfants à leur tour. Des parcours, on le voit, pas toujours très gais, certes, mais ils restent assez représentatifs d’enfances ordinaires, comme celles de nombreux enfants devenus parents à leur tour. Un passé ne peut présager d’un avenir, il n’y a pas de règles en matière de procréation. Le mystère reste entier, et chaque parcours est aussi personnel que respectable.
Plus j’écoutais ces histoires, plus j’appréciais la nécessité d’être ouverte, de me garder de tout jugement à l’emporte-pièce grâce à une écoute toujours plus dégagée. Au fur et à mesure des rencontres, mes propres normes ou convictions personnelles s’écroulaient, une nécessité pour une meilleure écoute.
Publié le 04/10/2008 à 12:06
Par psyche
J’aimerais, ici, tordre le cou à la plus étonnante des idées reçues sur ces femmes qui n’ont pas d’enfant. Malgré leur enfance peu emprunte de bonheur, beaucoup de ces femmes aiment les enfants. Ainsi Emilie Devienne écrit :
"Les raisons du non-désir d’enfant ne se résument pas à une ou deux affirmations trop rapides pour être explicites. A un niveau conscient et dans des sphères plus inconscientes, ce choix est influencé par l’éducation, les valeurs familiales, les expériences amoureuses, le parcours professionnel et le regard que l’on porte sur notre environnement socioéconomique, voire politique".
La complexité d’un individu (au sein d’une histoire familiale souvent alambiquée) est telle qu’il est bien difficile de comprendre pourquoi une femme n’aura pas d’enfant. Entre conscient et inconscient, désirs et craintes, opportunités et fatalités, chaque femme se construit et tente de faire ses choix au mieux. Choisir de ne pas faire un enfant, ne signifie pas forcément que l’on n’aime pas les enfants, mais peut-être qu’on préfère ne pas en faire. Comme le dit Emilie Devienne :
On peut aimer les enfants sans pour autant en créer soi-même. ]…[ C’est une alternative quand la responsabilité de donner la vie et d‘en assumer complètement les conséquences ne nous semblent pas compatibles avec notre histoire, notre passé et notre sensibilité. D’ailleurs nombre de personnes sans enfants font des tantes, des oncles, des belles-mères des beaux-pères, des parrains, des marraines, ou simplement des amies formidables et importants pour les enfants…. des autres. En résumé, les enfants non-stop, nous ne sommes pas très partants, mais, à temps partiel, nous sommes irremplaçables !
Pour ce qui me concerne, j’ai bien souvent entendu dire de la part des amis proches qui m’ont vue jouer avec leurs enfants que je ferais une mère " formidable". J’ai, par ailleurs, été animatrice une dizaine de fois et, là encore, j’ai réellement aimé des enfants qui m’ont aimée en retour. Autant de moments, d’expériences gratifiantes. Certes. Mais ces enfants-là n’étaient pas les miens, et il était sécurisant de les restituer à leurs parents après un week-end ou un mois de vie commune. Il ne suffit pas de leur raconter une histoire ou de les amener à l’infirmerie d’une colonie de vacances pour se sentir devenir mère. Du moins, pour moi, si ce fut nécessaire pour confirmer que je serais capable d’établir avec des enfants un lien sain et aimant, ce fut insuffisant pour me faire passer le cap de la maternité. Au grand dam de mes amis, justement. Pourquoi cela ?
Sans chercher à faire rentrer dans le moule, en disant "tu ferais une mère formidable", les amis concluent hâtivement. Ils le font au vu de ce qu’ils observent, ignorant ce qui se passe au plus profond de la femme qui s’essaye à prendre soin d’un enfant qui n’est pas le sien : une appréhension invisible à l’œil nu, mais bien présente, tapie au creux du cœur et de l’estomac et qui agit comme un garde-fou. Jouer reste un acte léger, prendre soin peut être un élan naturel et instinctif. Tout contact avec l’enfant d’un autre, aussi magique ou unique soit-il, n’en reste pas moins un acte temporaire voire éphémère et ne prête pas à conséquence. Ce contact peut être d’une importance capitale, même s’il est épisodique, mais il est loin de la responsabilité du quotidien qui, elle, peut être effrayante. Assurer son bien-être tout en parvenant à lui donner des limites structurantes, tenter d’éviter toute relation fusionnelle sans tomber dans l’indifférence ou une distance trop douloureuse, agir de son mieux pour faire de lui un adulte heureux et responsable à la fois, ne pas paniquer au moindre petit désaccord affectif, au moindre bobo, devant les premières mauvaises notes -j’en passe et des meilleures- autant de sources d’angoisse pour celles qui n’envisagent pas la maternité.
Certains mots d’ailleurs reviennent régulièrement dans les interviews : responsabilité, liberté, avenir, angoisse. Elles veulent garder cette liberté d’agir librement, ne pas être angoissées par l’avenir (le leur et celui de l’enfant) et ne se sentent pas d’affronter autant de difficultés pour assumer toute la responsabilité qu’implique la venue d’un enfant. Pessimisme ou réalisme ? Angoisse de ne pas être parfaite ou lucidité ? Fuite des responsabilités ou clairvoyance ? À chacune son cocktail. Quand on pense à l’abondance de la littérature spécialisée qui traite de la maltraitance infantile, de la violence conjugale, de la difficulté de vivre en couple, on ne peut s’empêcher de constater un malaise sociétal qui n’incite guère à "se reproduire". Il existe aujourd’hui des cabinets de psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, sophrologues, etc. à chaque coin de rue, pléthore de magazines et de livres qui tentent de fournir une solution à tous les problèmes rencontrés de la conception de l’enfant jusqu’à point d’âge. Autant de sources d’information pour rappeler aux parents qu’il n’y a pas de problèmes sans solution. Que faut-il en déduire. Que « si vous avez des "problèmes", êtes-vous bien certains d’avoir cherché à le résoudre et d’avoir tout essayé ? » Les parents seraient-ils culpabilisés ? Certainement ! Autrefois, l’enfant était là et il fallait faire avec. Aujourd’hui, s’il est là c’est qu’on l’a voulu, en principe. Alors, il faut l’assumer en serrant parfois les dents. C’est là que le bât blesse. Tout se passe comme si plus personne ne pouvait s’exprimer sans risquer de tomber à coup sûr sous la coupe d’un jugement. Au final, on trouve de tout sur la balance de la maternité, les plateaux les plus lourds, correspondant aux situations les plus extrêmes : D’un côté, des femmes devenues mères perdues dans un océan de surinformation, qui doutent de tout et n’osent dire qu’elles sont fatiguées, exténuées ou que, parfois, elles jetteraient volontiers leur môme par la fenêtre ! Quelle "bonne" mère oserait exprimer une telle horreur ? De l’autre, des femmes sans enfant qui renoncent quelque fois à exposer trop ouvertement leurs doutes, leurs craintes et leurs nombreux questionnements pour ne pas s’entendre répondre : "tu te poses trop de questions". Où commence le "trop" ? Et quel mal y a-t-il à se poser des questions ?
Avoir conscience de la responsabilité n’est pas une partie de plaisir non plus, car elle peut faire basculer dans le refus de la maternité, au prix d’un tiraillement. Objectivement, même si cela devient un frein pour se lancer, au fond, ce n’est pas grave.
Une mère des trois enfants me disait, à propos de la conscience et de la responsabilité :
"En commençant à faire des enfants à l’âge de vingt ans, je ne me rendais pas compte de ce qui m’attendait, et heureusement. Sinon, je ne sais pas si j’en aurais fait ! Je me suis lancée, comme ça, j’étais jeune et inconsciente ! Je n’ai pas été une très bonne mère, je le sais, mais je crois que mes enfants s’en sortent très bien dans la vie, quand je les regarde, je les trouve équilibrés, épanouis et plutôt débrouillards !"
Avant de la rencontrer, il me semblait utile, voire primordial, de se poser des questions sur nos aptitudes et nos potentiels avant de s’embarquer dans la maternité, puisqu’une vie autre que la nôtre en dépend. Des questions, je m’en suis posée…. Longtemps !
Combien de fois ne m’a-t-on pas dit : "cela ne sert à rien de te triturer la tête avec des questions, en tant que parent, on fait toujours des erreurs, de toute façon !". Une amie, qui a aussi eu trois enfants, et qui m’avait souvent entretenue sur ses "fautes" d’éducation, avait fini par lâcher prise avec cet aspect de la parentalité. Après des années de crainte liée aux conséquences possibles de ses "erreurs", elle a fini par accepter l’idée que l’éducation n’était pas une science exacte et que tant qu’elle faisait de son mieux, elle n’avait pas à culpabiliser. Faire des erreurs, ne pas être "à la hauteur", cette question d’être potentiellement une "mauvaise mère" taraude la plupart des femmes sans enfant que j’ai croisées, et m’amène sur une piste : n’y a-t-il pas derrière cela une exigence de perfection, inaccessible et qui, du coup, contraint la femme à ne pas prendre ce risque de la non-perfection ? Que faut-il en conclure ? Que trop de conscience nuit ? Trop de "lucidité" représente-t-il un blocage rédhibitoire ? Ne pas faire d’enfant signifie-t-il parfois éviter la rivalité avec l’absolu ? Quoiqu’il en soit, ne pas faire d’enfant tant qu’on ne se sent pas prêt, peut être un geste d’amour. Et si on ne se sent jamais prêt ? Ou bien, si on se sent prêt trop tard ? Une femme de vingt ans qui fait des enfants "par inconscience" (comme le témoignait celle qui a fait ses trois enfants avant vingt cinq ans), et une femme de trente cinq ans qui n’en fait pas, par peur d’être imparfaite, on le voit, la vie prend les chemins qu’elle peut !
Pour ma part, j’aime les enfants, ceux des autres, mais je reste convaincue que si j’en avais eu moi-même il y a vingt ans, il y a dix ans, être mère aurait été une épreuve longue et douloureuse plus qu’une source de joies et de plaisir. Les doutes et questions qui reviennent souvent dans les échanges avec d’autres femmes sans enfant sont du même ordre : • Je ne sais pas si j’aurais supporté que mon enfant soit comme ceci ou comme cela. Et s’il était si différent du fils ou de la fille d’untel, de l’enfant idéal, comment l’aurais-je aimé ? • Tu t’imagines un peu si, à quinze ans, il commence à avoir de drôles de fréquentations, s’il touche à la drogue ou si sa vie bascule ? • Et puis cette société est brutale, de quoi vivront les enfants d’aujourd’hui ? Entre le chômage, le SIDA, les couples qui se déchirent et l’environnement toujours plus pollué, comment veux-tu élever un gosse selon des valeurs que plus personne ne respecte ? • Je n’ai pas envie de me priver de la liberté de faire ce que je veux, quand je veux, d’improviser mes sorties, alors si c’est pour en vouloir au môme quand je ne peux pas, ce ne serait pas juste ! • Quand je vois mes amies qui en "bavent", entre les cauchemars la nuit, les maladies infantiles, les soucis scolaires, les activités à choisir, les emplois du temps de fou, ça fait réfléchir ! • Répéter tous les jours pendant des années "brosse-toi les dents", "lave tes mains", "range ta chambre", non, je ne pourrais pas, rien que d’en parler, ça me fatigue ! • Tu rentres le soir du travail, exténuée, tu as juste envie de t’allonger, de bouquiner ou prendre un bain, mais non, il y a les devoirs à faire, les douches à prendre, la télévision à surveiller, les courses à faire, la lessive à mettre en route… ppppfffff, très peu pour moi. Finalement, j’aime bien ma vie. Et j’ai déjà si peu de temps libre.
On pourrait objecter toutes sortes de contre arguments, là encore, mais que ces motifs nous semblent ou non fondamentalement "justifiés", ils n’en demeurent pas moins fondés pour celles qui les rapportent. C’est pourquoi, en partie, s’occuper d’enfants à temps plein leur est impensable. En avoir près de soi dans des moments choisis, peut, à contrario, être vraiment réjouissant. Ainsi peut-on aimer les enfants, sans en faire, pour toutes les raisons avancées ci-dessus - qui ne font pas systématiquement référence à l’affection, mais parfois aussi aux contingences matérielles, à une idéologie. Les aimer par intérim reste une source de plaisir, mais cet amour ne suffirait pas pour élever ses propres enfants. Je suis d’autant plus sensible à cette approche que j’ai vu tant de parents malmener leurs enfants alors qu’ils soutiennent par ailleurs les chérir profondément. Mais la question de l’amour est vaste et complexe, il ne s’agit pas ici de le définir, mais juste de relever les paradoxes. Claude Halmos, dans son dernier livre écrit : Tout parent normal est supposé aimer son enfant et celui-ci l’aimer en retour. En fait, et toujours de façon impensée, chacun semble persuadé que l’amour vient aux parents en même temps que l’enfant ; qu’il naît dans leur cœur comme le réflexe de lécher son petit vient à la femelle animale qui a mis bas…. Cette conception quasiment mammifère du désir humain ne laisse pas de poser problème.
Revoilà cette question de l’instinct maternel. Si l’amour venait avant la naissance ou juste après, ça se saurait. Et si nous cessions tout simplement de présupposer les choses ? Cela nous éviterait de les exiger. Certains parents, par exemple, se trouvent dans l’incapacité d’aimer leurs enfants, parce qu’ils ne peuvent pas leur donner ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes, reçu.]…[ Malheureusement, les adultes qui ont été, dans leur enfance, privés d’amour n’ont pas tous – loin s’en faut – la conscience du manque dans lequel ils ont vécu. Une telle prise de conscience supposerait en effet qu’ils aient pu, enfants, comparer leurs " conditions affectives d’existence” à d’autres et réaliser leur particularité.
Faire des enfants, les aimer, les élever, un programme chargé, certainement gratifiant, mais souvent difficile, semé de doutes, d’angoisses, de fatigue, de frustrations ou de non-reconnaissance. C’est ce que cherche à démontrer Corinne Maier, dans son livre "no kid , 40 raisons de ne pas avoir d'enfant". Seule une mère peut se permettre de dire ce qu’elle dit, comme un africain pourrait dire du mal des africains, justement parce qu’il l’est lui-même ! Du coup, elle fait exploser tous les clichés autour de la famille heureuse, de la joie d’être parent, qu’elle considère comme un sacerdoce. Loin des exhortations publicitaires qui mettent en valeur l’enfant, comme projet, et la famille, comme accomplissement conjugal ultime, son livre est une invitation jubilatoire à bien réfléchir avant de se décider. Bien au contraire, "l’enfant devient une entrave, une source d’ennuis, un obstacle à la sexualité du couple. Il devient l’ennemi numéro un”. Si l’enfant est l’ennemi numéro un, n’est-ce pas parce qu’il est devenu objet ? S’il était considéré comme un sujet, ne serait-ce pas une grâce de s’occuper de lui ? Quand on oppose à Corinne Maier que rien n’est plus bouleversant qu’un regard d’enfant, elle répond sans complexe qu’aucun regard d’enfant ne l’a bouleversée autant qu’un bon film tel que "la dolce vita”. Politiquement incorrecte, ne dirait-elle pas tout haut ce que certains penseraient tout bas. Mais qui ? Des personnes qui ne veulent pas d’enfant et se servent de ces constats pour se justifier ou des parents excédés qui ont l’impression d’avoir fait des enfants malgré eux, sous la pression d’une société en mal de bonheur ?
Faire ou ne pas faire d’enfant ? Je repose la question du préambule. Si cela donne l’impression de tourner en rond, c’est certainement parce qu’une poule n’y retrouverait pas ses poussins ! Si longue est la liste des cas de figure rencontrés ! En voici une liste non exhaustive : • Ceux qui ‘choisissent’ d’en faire et qui en sont heureux. • Ceux qui ‘choisissent’ d’en faire et qui n’en sont pas si heureux qu’ils l’avaient imaginé. • Ceux qui se font piégés, mais qui assumeront pour ne pas affronter le spectre de la culpabilité. • Ceux qui doivent avoir recours à l’avortement contre leur gré, ou qui s’en réjouissent. • Ceux qui ne peuvent y avoir recours à leur plus grand désarroi, ou qui s’en réjouissent. • Ceux qui font appel au corps médical pour en avoir (F.I.V.) ou pour éviter d’en avoir (ligature, vasectomie). • Ceux qui adoptent des enfants. • Ceux qui les abandonnent. • Ceux qui en font un trafic. • Ceux qui ne les abandonnent pas, mais les maltraitent. • Ceux qui n’ont pas d’enfant du fait des aléas de la vie. • Ceux qui ‘choisissent’ de ne jamais en avoir…. Etc. Un mélange de situations, de raisons d’en avoir ou non, un équilibre si difficile à trouver entre soi et soi-même, soi et l’autre, entre raisons et sentiments, entre contraintes et libertés. Peut-on réellement parler de choix ? Et à quoi tient-il finalement ? Quand on sait que la société a toujours posé un regard méfiant et critique à l’encontre de toute forme de marginalité.
Publié le 01/05/2009 à 19:33
Par psyche
Humeur : Rebelle
En Sicile, une femme sans enfant n’est pas considérée comme une femme à part entière ! En France, pays bâti sur le terreau de la Révolution, les esprits se sont ouverts à d’autres visions de la femme. L’idée que "si on est une vraie femme, on devient mère un jour", parce que c’est cela qui est "normal" ne fait pas beaucoup d’adeptes. Tout comme celle que l’instinct maternel finira bien par avoir raison de ce ventre vide, ou, à défaut, l’horloge biologique, deux facettes de la féminité qui passe par la voie de la maternité. Je vais tenter de voir en quoi ces facteurs jouent réellement un rôle sur le désir de la femme de devenir mère.
L’horloge biologique :
 Si une jeune femme qui dit ne pas vouloir d’enfant est jeune, elle entend presque toujours les mêmes réponses : "Tu es jeune, tu as le temps de changer d’avis !". "Tu verras, quand tu rencontreras l’homme qu’il te faut, tu changeras d’avis". "Tu verras, quand ta cousine-copine-voisine-collègue aura accouché, ça te donnera envie", etc. Quand elle plus âgée, ou trop âgée pour procréer, on se questionne, on est intrigué ! Est-elle stérile ? A-t-elle une maladie ? Une raison rationnelle, médicale de préférence, suscite la compassion. Quoiqu’il en soit, elle est considérée comme une femme à qui il "manque quelque chose". Pourtant, on peut tout à fait avoir deux ovaires, un utérus, n’avoir pas d’enfant, sans jamais avoir eu la sensation qu’il manquait quelque chose à sa vie. À la femme de vingt ans, il ne manque pas forcément quelque chose, bien sûr. C’est encore l’âge où l’on est censé se consacrer, le plus souvent, à ses études, à trouver un travail, à s’installer, à démarrer une vie de couple, avant d’envisager de faire un enfant. Mais par la suite ? Les statistiques montrent que de plus en plus de femmes se consacrent d’abord à leur carrière et font des enfants sur le tard, passés trente-cinq ans. Pourtant, les années ont passé, ces femmes sont souvent épanouies dans leur travail, alors, pourquoi font-elles des enfants à ce moment-là ? Est-ce "l’intervention" de l’horloge biologique ? Adolescente, quand j’entendais parler de l’horloge biologique, j’étais persuadée que le ventre des femmes abritait une mystérieuse horloge chimique. Sur le coup des trente-cinq ans, celle-ci devait sonner le gong, en libérant des signaux hormonaux aux femmes sans enfant pour provoquer en elles le désir de devenir mère. J’imaginais que mon corps serait soumis à cette supposée décharge hormonale qui aurait raison de ma décision, m’obligeant à devenir mère malgré moi. Cela ne s’est produit ni pour moi, ni pour d’autres femmes. Si de plus en plus de femmes font un enfant après trente-cinq ans, l’explication est ailleurs : elles se sont consacrées à leur carrière, et le plus souvent, elles ont remis à plus tard le moment de faire un enfant. Jusqu’à l’extrême limite physiologique. Par ailleurs, elles font souvent partie des femmes qui n’étaient pas contre l’idée de faire un enfant, ce qui signifie que le projet d’enfant était loin d’être une priorité. Elles ont préféré d’abord se servir une belle tranche du gâteau professionnel. J’en ai rencontré quelques-unes qui avouent que c’est leur gynécologue qui leur a mis la pression : "Dites, il faudrait peut-être vous y mettre, parce qu’il ne vous reste plus beaucoup de temps". À l’appui, une explication physiologique : "Vous comprenez, vos ovules vieillissent, le taux de votre fécondité diminue chaque année. Il se peut que ça ne marche pas du premier coup, ça risque de prendre du temps !"
Et voilà mon mythe de l’horloge brutalement démonté. Ces femmes reconnaissent : « C’est vrai, d’un coup, j’ai eu peur et je me suis dit "il faut que tu te décides, c’est le moment, sinon, tu vas vieillir seule" ».
Je me souviens de l’une des femmes interviewées, 49 ans. Elle dit : "Je rencontre Jacques à 35 ans, il a deux enfants adoptés. À ce moment-là, je me disais que le temps passait… Quatre ans plus tard, la relation tourne mal et j’allais le quitter, lorsque je tombe enceinte, à 39 ans... donc ! Ma mère m’a mis une énorme pression et la gynécologue m’a gardée deux heures pour me convaincre de poursuivre la grossesse, même si je devais quitter mon compagnon. C’est elle qui m’a persuadée, elle a trouvé des arguments puissants, je suis sortie du cabinet, regonflée à bloc : j’allais garder ce bébé, je saurais me débrouiller pour l’élever seule. Trois semaines plus tard, j’ai fait une fausse couche ! Finalement, c’est la moins mauvaise chose qui pouvait m’arriver ! En fait je ne le voulais pas vraiment, j’ai surtout eu peur de vieillir sans enfant, c’était l’ultime chance pour moi. C’était tout de suite ou jamais !"
Elle n’a cependant aucun regret, et sa culpabilité initiale d’avoir perdu le fœtus s’est dissipée.
Cet exemple est frappant : si l’horloge biologique avait pour objectif d’amener toute femme à procréer dès qu’elle approche la limite d’âge, on peut supposer qu’elle aurait naturellement gouverné la décision de cette femme. Or c’est sous la pression de sa mère et surtout de sa gynécologue qu’elle a choisi de poursuivre la grossesse. Pour conclure, je dirais donc que ce n’est pas l’horloge biologique qui prédétermine le destin des femmes. D’ailleurs, si l’on prend la peine de vérifier la définition de cette expression dans le petit Robert, voici ce qu’on lit : Horloge interne ou biologique : ensemble des mécanismes biochimiques et physiologiques qui maintiennent, chez l'homme et l'animal, une répartition rythmique de l'activité de l'organisme.
D’une part, on le voit, cette horloge n’est pas spécifique à l’espèce humaine, d’autre part, elle régit l’ensemble des interactions physico-chimiques, qui ne se limitent pas aux seules sécrétions liées à la libido et aux hormones distillées par les appareils reproducteurs.
Alors, après trente-cinq ans, n’est-ce pas plutôt la pression qui fait agir ou réagir une femme ? Ou la peur de vieillir seule ? Ou encore ce que pourrait penser l’entourage ?
Publié le 01/05/2009 à 19:37
Par psyche
Un autre concept largement véhiculée est celui d’un instinct dit maternel. Je l’exprime ainsi car je le compare volontiers à l’intuition dite féminine. En ce sens que, ni l’un ni l’autre ne me semblent propres aux femmes. Il n’y a pas, selon moi, des comportements propres et spécifiques aux seules femmes ou aux seuls hommes. On a tous, un jour, entendu parler d’une femme qui met au monde un enfant, mais n’éprouve pas, à son égard, des sentiments de tendresse et d'amour, ce que certains disent venir de l’instinct maternel.
Le petit Robert définit l’instinct comme :
Une "tendance innée et puissante, commune à tous les êtres vivants ou à tous les individus d'une même espèce" ou encore une "tendance innée à des actes déterminés (selon les espèces), exécutés parfaitement sans expérience préalable et subordonnés à des conditions de milieu" .
Or on le voit, si dans le règne animal, on peut parler d’instinct, chez l’Homme, que je distingue de l’animal, ce qui reste d’instinct se trouve peut-être dans la recherche du sein pour téter, dans l’élimination des déchets, dans l’alternance sommeil/éveil. Pour le reste, s’il y a des réflexes liés à l’éducation reçue, il y a dans ses comportements bien moins de "nature" que de "culture". Les femelles mammifères d’une espèce s’accouplent avec les mâles (sauf exception). En revanche, pour les humains, les couples se forment sur des critères conscients et inconscients, et même si on ne peut expliquer pourquoi un couple fait un, deux, trois enfants ou plus, il en a le choix, comme il a le choix de ne pas en vouloir et de s’y tenir, malgré l’environnement et malgré la nature elle-même. Peut-être y a-t-il de l’instinct en nous, lorsque nous volons au secours d’une personne en danger ou lorsque nous cherchons à fuir face à un adversaire agressif, mais nous restons des êtres humains, et, de ce fait, nous nous distinguons des autres mammifères. Donc je ne peux penser que la décision de faire un enfant procède de l’instinct. L’instinct maternel est, pour ma part, une expression abusive, et je rejoins Victor Hugo qui disait : "l'instinct maternel est divinement animal, la mère n’est plus une femme, elle est femelle". Nourrir, protéger, prendre soin de sa progéniture : chez l’animal, ces actes sont innés, pour la survie de l’espèce : la femelle met bat, lèche le nouveau-né et parfois avale le placenta pour que son odeur n’attire pas les prédateurs. L’une cache ses petits dans un terrier. L’autre s’éloigne du nid pour chercher les insectes de la prochaine béquée.
Même si on décidait que l’instinct maternel, chez l’Homme, consistait à : - Aimer d’emblée son enfant (ou au moins dans les premières semaines après sa naissance), - Le nourrir, - Le protéger et - En prendre soin physiquement, émotionnellement, matériellement, Alors, déjà, je dirais qu’il n’y a pas d’instinct maternel. Il y a les mères qui savent aimer leur(s) enfant(s), et celles, qui, parce que leur amour est enfoui, inexprimé, n’y parviennent pas. Après mes interviews, j’ai été plus que jamais convaincue que l’instinct maternel n’existait pas, pour avoir entendu une jeune femme me dire le dégoût qu’elle éprouvait envers les enfants : voici comment elle en parlait : “ Un môme, ça gueule, ça bouffe, ça chie, bref, ça m’a toujours répugnée ! Je les fusille même du regard pour ne pas qu’ils m’approchent !”. Comme quoi, entre ‘être une femme’ et ‘avoir l’instinct maternel’, l'étendue s’apparente à un gouffre. Les experts qui se sont d’ailleurs penchés sur la question de savoir ce que ressent une mère à la naissance de son bébé se contredisent. Il apparaît que cela varie d’une femme à l’autre, d’un enfant à l’autre. Il semblerait pourtant que plus de 80 000 femmes, chaque année, n’éprouvent pas cet amour supposé, alors remplacé par de la honte, du silence, et de la culpabilité. Elles ressentent un terrible désarroi parce qu’elle ne parviennent pas à se connecter à l’amour qu’elles sont "censées" ressentir. Ce décalage inavoué laisse ces mères souvent désorientées. L’amour maternel bloqué, cadenassé, provisoirement ou à vie, montre bien que l'instinct maternel ne peut être mis en avant comme la panacée. En matière de sentiment, d’instinct ou d’amour maternel, on rencontre, là encore, tous les cas de figures. Les femmes qui disent n’avoir pas cet "instinct maternel" n’ont pas une vie sans amour, elles ont juste une vie sans enfant.
Mères aimantes, mères moins aimantes, sentiment maternel exacerbé ou inexistant, tout existe là encore… S’agissant simplement de l’instinct maternel, ou de l’amour maternel, les mères respectives des femmes interviewées n’ont pas eu pour elles cet amour nourrissant, ou bien il a été trop peu manifesté. Dans certains cas, c’est une raison nécessaire et suffisante pour ne pas vouloir d’enfant, soi-même. "Comment donner à son enfant ce que l’on n’a pas connu, ce que l’on n’a pas reçu ?" C’est d’ailleurs la question posée par beaucoup de femmes perdues, qui sont devenues mères alors qu’enfant, elles avaient perdu leur mère, ou qu’elles n’avaient pas reçu d’elle la moindre manifestation d’amour ou de chaleur.
Il est possible aussi que la médicalisation à outrance des accouchements ne favorise pas le déclanchement de cet élan de la mère pour son nouveau-né. Le bébé, ôté au ventre maternel, est nettoyé, aseptisé, débarrassé de toute odeur et restitué à sa mère après ce brutal arrachement. La part de l’acquis, et de l’inné, reste une éternelle source de débats, car au fond, ce qui se joue entre la mère et l’enfant est subtil, invisible, les échanges passent par les regards, par le sein, par le toucher, l’odorat, autant de déclencheurs inattendus pour les mères. J’ai en mémoire le témoignage d’une mère de trois enfants qui me disait : "quand j’allais voir mes enfants, à la pouponnière, ils étaient là, au milieu des autres, je les regardais, sans ressentir pour eux quelque chose de différent des enfants d’à côté. C’est quand chacun de mes enfants fut contre moi, pour lui donner le sein, que j’ai créé un lien avec lui, différent du lien avec les autres enfants."
Je dirais, pour conclure ce paragraphe, que l’on n’a pas le droit de mettre l’instinct maternel en avant pour exiger d’une femme l’impossible (faire un enfant) ou pour en faire un monstre (si elle est mère mais qu’elle n’éprouve pas cet amour maternel). Jusqu’où pourrions-nous aller au nom de l’instinct ? Réduire une femme à ses instincts maternels, ne serait-ce pas comme réduire un homme à ses instincts de chasseur. La femme à l’allaitement et l’homme à sa caverne ?
Publié le 01/05/2009 à 19:40
Par psyche
Il n’est pas aisé de déterminer ce qui pousse une femme à avoir un enfant ou non. Quoiqu’il en soit, la nature ne fait pas tout : le bassin accueillant et le système hormonal dont elle dispose ne suffisent pas à la contraindre. Et si la nature ne remplit pas sa fonction, cela enlève-t-il quelque chose à la femme ? Un statut dans la société ? (Notons qu’une louve reste une louve même si elle n’est pas la louve alpha, la seule louve habilitée à procréer) Sa féminité ?
Pour ma part, je ne saurais expliquer ce qu’est la "féminité". Je parlerais plus volontiers de valeurs féminines, du Yin.
 Pour les chinois , "l'univers, c'est l'oscillation des deux énergies Yang et Yin, et leurs vicissitudes". Le Yang et le Yin, par leurs actions et interactions, sont à l'origine de l'existence de toute chose, chacune portant en elle un germe de Yang et de Yin, et n’étant rien d'autre qu'une parcelle de ces deux forces primaires de la Nature.
L'homme est Yang, et la femme Yin : on dit que celle-ci a une qualité cosmique Yin et que celui-là a une qualité cosmique Yang. Mais aucune chose ne possède que du Yin ou du Yang. En effet, le Yin et le Yang sont inséparables.
Les proportions de ces deux forces, dans chaque chose, ne sont pratiquement jamais égales, car le Yin et le Yang sont perpétuellement en mouvement l'un aux dépens de l'autre, cela signifie qu'il existe des choses plus Yang que Yin. C'est d'ailleurs pour cette raison que les concepteurs de la cosmogonie chinoise ont classé un grand nombre de choses suivant leur nature à prédominance Yang ou Yin, la femme étant classée Yin. Mais elle reste à la fois Yin et Yang, La contradiction n'est qu'apparente, car le Yang et le Yin existent toujours de manière relative. La femme est Yin par rapport à l'homme, qui est Yang ; mais elle est Yang par rapport à l'animal, qui est Yin. Dans le corps même de la femme, les organes pleins (le foie par exemple) sont Yang, alors que les organes creux (l'estomac par exemple) sont Yin. Dans un même organe Yang ou Yin, certaines parties et les artères sont Yang, tandis que certaines autres parties et les veines sont Yin. Dans le sang, les globules rouges sont Yang, et les globules blancs sont Yin. Etc. Une chose est donc considérée comme Yang ou Yin non dans l'absolu, mais uniquement par rapport à une autre chose.
En somme, il existe bien des critères de classification de choses dans la catégorie Yin ou la catégorie Yang. Pour citer un autre exemple : la montagne est Yang du point de vue géologique en raison de sa masse et de sa forme ; mais elle est Yin du point de vue climatique en raison de l'humidité, des nuages et des neiges qu'elle abrite.
Cette incursion dans un concept totalement étranger aux occidentaux, permet de relativiser l’idée qu’une femme ne peut être une femme, dans sa féminité, qu’après avoir enfanté. Au regard de cette conception chinoise, ce serait impensable. De plus, elle reviendrait à dire, par ailleurs, qu’un homme ne peut être un homme, dans sa virilité, qu’après avoir bâti sa maison. Cette vision dichotomique revient à séparer, là où les chinois incluent.
En tout cas, ce que les orientaux nomment la qualité Yin serait, globalement, ce que nous appelons la féminité. Or, les qualités yin d’une personne ne se lisent pas sur son état civil. À la lumière de la cosmogonie chinoise, est-il possible d’imaginer que c’est un manque de Yin chez certaines femmes, qui les conduit naturellement à ne pas faire d’enfant ?
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