Zoé : Bravo, voilà des articles nuancés et complet sur un sujet trop souvent traité avec des clichés... merci, cette lecture m'a fait du bien
isa : pas facile surtout de s'avouer à soi même un non désir d'enfant
Louise : pour le moins inhabituelle me fait beaucoup réfléchir.
Louise : Bonjour Psyché, ton blog est extrêmemnt intéressant ! J'entends aujourd'hui qu'une femme de 59 ans va bientôt être mère. j'avoue que cette situation
amar : etre ou ne pas étre mère
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Publié le 02/05/2009 à 18:16
Par psyche
Les situations ne se ressemblent jamais tout à fait, même si au fond, les femmes sont toujours en équilibre entre les deux plateaux d’une balance : un plateau sur lequel repose une physiologie irréfutable marchant main dans la main avec "l’horloge", et l’autre dans lequel pèsent divers ingrédients tels que : décisions, accidents, opportunités, rêves, pragmatisme, inquiétudes, rencontres, culture, famille, carrière, etc. Il y a des balances dont un plateau est si lourd que le destin semble alors tracé. Mais un jour, contre toute attente, la tendance s’inverse. Je parle des femmes qui ont longtemps soutenu qu’elles n’auraient jamais d’enfant et qui, un jour, ont tout de même choisi d’en faire. Je souhaite citer deux exemples de ce revirement, car ils ne sont pas liés à la pression de la famille ou de la société.
 Mathilde et la rencontre qui va tout bouleverser ....
À l’époque, Mathilde a 20 ans. Elle affiche et assume la fait qu’elle ne veut pas d’enfant. Ses amies lui disent : "tu es jeune et tu as bien le temps de changer d’avis". Mais elle s’en moque, son choix est d’axer sa vie sur sa carrière. À vingt trois ans, elle devient gérante d’un magasin. Elle y rencontre son adjointe, qui, après quelques années de stérilité, vient d’accoucher grâce à la fécondation in vitro. Pendant plusieurs mois, Mathilde, ne sachant rien du calvaire et du désespoir que vient de vivre cette femme, lui parle de son non-désir d’enfant. L’adjointe est abasourdie de constater qu’une femme, si jeune de surcroît, puisse si farouchement ne pas vouloir pas d’enfant. Du fait de ses propres difficultés à tomber enceinte de façon naturelle, elle avait lu Freud et s’intéressait à la psychanalyse. Ainsi va-t-elle amener Mathilde à parler de son histoire, de la relation qu’elle a eue avec sa mère. Une mère "à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession", mais en réalité maltraitante et manipulatrice, qui la frappait, en l’absence de témoin, sans même éveiller les soupçons d’un père trop préoccupé par sa carrière. Régulièrement, entre deux clientes, Mathilde se livre, face à cette "inconnue". Elle se raconte, sa collègue pose des questions, émet un avis, sans jugement ni condamnation. Mathilde s’interroge. Entre temps, elle emménage avec un jeune homme qui n’est pas gêné par son choix de ne pas vouloir d’enfant. Entre les deux femmes, trois années de conversations passent, autour des sujets de la maternité et de l’éducation. En apparence, rien ne semble dévier Mathilde de son choix, jusqu’au jour où la collègue lui dit : "Vous savez que si vous avez des enfants, vous ne ressemblerez pas à votre mère ?! Je suis convaincue que vous feriez une excellente mère !". Ces simples mots explosent comme un détonateur : pour la toute première fois de sa vie, Mathilde s’imagine mère. Avant cela, ce n’était pas concevable. Elle arrête la pilule très vite. Elle conclura sur ces mots : "la relation nulle que j’ai eu avec ma mère a fait que je ne voulais pas d’enfant, le modèle de couple nul que j’ai vu a fait que je ne voulais pas me marier. Pendant trois années, cette collègue m’a fait faire une thérapie sans le savoir, sans même le vouloir. Elle n’a jamais cherché à me convaincre, du moins consciemment, elle me faisait juste parler. Elle a changé ma vie car en lui parlant, j’ai pris conscience des raisons pour lesquelles je ne voulais ni me marier, ni faire des enfants".
À 42 ans, elle est mariée à cet homme d’autrefois, qui est le père de ses filles. Avec le recul, elle dit être heureuse d’avoir eu ses enfants, avec lesquels elle a entretenu des rapports qu’elle qualifie de forts et qui n’ont rien de commun avec les liens qui l’unissent à sa propre mère. Tout cela, grâce à une rencontre qui a rendu réalisable l’inconcevable.
Publié le 02/05/2009 à 18:21
Par psyche
Voici un autre revirement tout à fait différent du précédent :
C’est le cas de Nora, 28 ans, métisse de père zaïrois et de mère blanche. Elle a eu, elle aussi, une image du couple déplorable. Cependant, si elle n’a jamais voulu d’enfant, c’est moins pour cette raison-là que parce qu’elle ne les supporte pas du tout. Elle avoue même avoir déchiqueté une poupée parlante, lorsqu’elle avait cinq ans, car ce cadeau l’avait insupportée. Voici d’ailleurs comment elle parle des enfants, je la cite sans changer les termes : - Je ne peux pas les blairer ! Ça pue, ça braille ! Elle trouve les enfants d’aujourd’hui mal élevés et carrément insupportables. L’entretien commence bien, d’autant qu’elle essaye justement de tomber enceinte. Une de ses amies a bien eu un enfant, à 30 ans passés, et Mathilde se rassure en voyant qu’elle l’éduque "bien", mais elle résiste. Son amie lui répète souvent : "tu verras, quand tu auras le tien, ce sera différent". Mais Nora est une vraie réfractaire : plus on lui met la pression, plus elle est rebelle et provocatrice. Elle continue : - Je travaille dans un magasin et quand des femmes rentrent avec leurs mômes, je les regarde méchamment (les enfants) pour les dissuader de m’approcher et ça marche ! Elle sait qu’elle effraie ces bambins, mais elle n’a pas le moindre remords. Côté personnel, elle est en couple depuis quelques années avec un compagnon qui ne voulait pas non plus d’enfant. N’ayant alors pas revu son père depuis dix ans, suite à un conflit familial, il ne parvenait pas à s’imaginer comme père à son tour. - D’instinct, pense-t-elle, il ne voulait pas reproduire le schéma d’une séparation prématurée. Revenons donc à son histoire. Un jour, elle arrête de prendre la pilule pour vérifier que les soucis de santé qu'elle a, mineurs mais chroniques, ne viennent pas des hormones. Persuadés que dix années de pilule l’avaient rendue provisoirement inapte à tomber enceinte pour un bon moment, son ami et elle ne prennent aucune précaution. Au premier rapport sans protection aucune, à son grand désespoir, elle tombe enceinte. Elle avorte dès que possible. Cette grossesse interrompue a déclenché en elle le souhait de faire un enfant avec son ami. Pourtant, dans son esprit, rien n’a changé, elle n’a toujours pas le souhait de concevoir un enfant, mais désormais l’envie est là. Pour expliquer ce paradoxe, elle en conclut que c’est vraisemblablement hormonal, et elle compare cela à une envie de fraises contre laquelle on ne peut pas lutter. Pour elle, la première grossesse a déclenché quelque chose sur le plan hormonal.
Nora est aujourd’hui maman et heureuse de l'être !!
Publié le 02/05/2009 à 18:24
Par psyche
Ces deux femmes ont ardemment et sincèrement brandi la bannière de la liberté d’être femme sans être mère, pour un jour, contre toute attente, passer de l’autre côté du miroir, sans préméditation aucune, tout naturellement. Pourtant, toutes les deux étaient "fières" de ne pas vouloir d’enfant, avant d’en faire. Elles le revendiquaient, en parlaient sans tabous et, qui plus est, faisaient partie de celles qui l’assumaient parfaitement.
À la question de savoir si elles avaient senti des pressions de l’entourage, presque toutes les femmes interrogées ont répondu "non".
Seules ces deux femmes ont avoué que l’entourage avait eu tendance à vouloir les convaincre que ce non-désir était passager, que la femme était faite pour devenir mère, qu’elles étaient encore trop jeunes pour arrêter leur décision définitivement. Si Mathilde le revendiquait uniquement auprès de ses amies, sans hargne ni bravade, Nora provoquait tout le monde sur ce terrain-là, y compris les collègues de travail. C’était un jeu pour elle de dire à des jeunes mères ou des femmes essayant de tomber enceinte que les enfants étaient puants et pénibles et d’argumenter en faveur de la non-maternité, à grands coups d’arguments subjectifs et provocateurs. Forcément plus radicale que les autres dans son positionnement, elle a attiré à elle des réponses tout aussi radicales, engageant volontiers des joutes verbales sur la question.
Personne ne peut dire ce qui se serait passé dans leur vie, si Mathilde n’avait pas rencontré cette collègue et si Nora n’était pas tombée enceinte une première fois. Mais on peut se risquer à penser que pour Mathilde, le choix venait d’une peur de reproduire les mêmes erreurs que sa mère, et que cette crainte avait pris toute la place et dominait le reste. Une fois "psychologiquement" délivrée de cette peur, elle s’est sentie "apte à la maternité". Nora a eu besoin d’un déclanchement physiologique. Cela laisse perplexe, puisque, que le catalyseur fut psychologique ou biologique, dans les deux cas, il a agi en faveur de la reproduction et donc de la survie de l’espèce.
Ces deux femmes, en rentrant dans la "norme", se sont entendu dire par leurs amies : "tu vois, tu étais trop jeune pour prendre cette décision, finalement, toi aussi, tu as eu ce désir d’être mère". Cette question de l’acception des femmes sans enfant par l’entourage et en particulier par les autres femmes, les mères, me paraît, au fond, tout à fait culturelle.
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