Ce qui m’intrigue le plus dans les situations personnelles est la question du libre arbitre. Autrement dit la volonté libre, non contrainte. Dans les deux populations de femmes (avec ou sans enfant) le mot est souvent lâché : "j’ai choisi de faire/ne pas faire un enfant" ! Je ne peux m’empêcher de me poser la question de ce choix, quand je pense notamment à l’une de mes amies qui me disait un jour "à l’âge de 28 ans , il faut absolument que j’ai fait un enfant" !! "Pourquoi 28 ans ? pourquoi pas 32 ?" Elle ne sut que répondre. Environ deux ans plus tard, elle a rencontré un jeune homme dont elle est tombée enceinte au bout de trois mois de vie commune, elle avait 28 ans et demi ! De son point de vue, elle avait choisi. Je me suis posée la question.
Il y a tant de raisons différentes de faire "le choix" d’avoir des enfants ! Des raisons plutôt émotionnelles, telles que : ‘je voudrais le faire pour faire plaisir à ma grand-mère’, ou ‘avant que mon père ne décède’, ou des motifs pragmatiques tels que ‘désormais, j’ai un travail, un mari, un appartement assez vaste’. Chacune ses motifs à faire des enfants.
Dans tous les cas, une grossesse est toujours légitimée, les causes avancées allant du plus rationnel au plus incongru. Si elle survient par "accident", décider de la mener à son terme n’a rien de fortuit.
Toutes les situations sont donc dans la nature ! Il faudrait un livre par situation pour explorer ces choix, tout existe en la matière, jusqu’aux méthodes de procréation assistée, pour aider les femmes à tomber enceintes, quand cette même nature ne répond pas.
Par ailleurs, il y a les autres femmes, celles qui traverseront leur vie sans avoir fait ou concrétiser ce choix. Il en est de même pour elles, chacune ses motifs à ne pas faire d’enfants. Les injonctions à ne pas donner la vie sont parfois profondément ancrées dans les méandres de l’histoire de la femme, souvent inaccessibles, obscurs, invisibles. Ne serait-ce que pour cette simple raison, il me semble important de faire passer un message d’ouverture et de respect à l’égard de ce choix. Qu’on le perçoive comme un "vrai" choix, un "faux" choix, ce choix appartient à la femme dans son histoire familiale, et personne ne devrait avoir à y redire.
Parlant de respect, justement, les femmes qui, elles, ont des enfants, sont-elles respectées ? Combien de fois ne vivent-elles pas certaines souffrances, en serrant les dents, pour ne pas ternir leur image de mère idéale auprès des autres ou à leurs propres yeux ? Ont-elles le droit de se plaindre ? Devenant mères, ont-elles encore le droit d’être femmes ? Ont-elles le droit d’exprimer un regret, de déléguer, de souffler, sans prendre le risque qu’on leur rappelle qu’elles ont eu le choix, qu’elles l’ont fait et qu’il leur faut assumer ?



