Toc toc... "Y'a quelqu'un ?"
Pas de réponse, Rutabaga pousse la porte du commissariat de quartier, remontée comme un ressort de sommier hystérique.
Car Rutabaga, ça fait déjà trois plombes qu'elle a émergé des bras de Morphée, pour aller porter plainte avant de courir pointer au bureau à l'heure. Bus, Métro et tramway... C'est pire que le Camel Trophy alors qu'à vol de poulet, le commissariat est à deux kilomètres de la maison. Rutabaga est saisie d'une subite envie de faire entendre sa voix de soprano survolté à Monsieur Mappy, qui semble toujours indiquer des temps de trajet calculés de nuit, un 15 août, jour de finale de Coupe du Monde !
Enfin, après deux heures dans les transports en commun la tête coincée entre la capuche d'un basketteur et l'écharpe en poils de renard d'une mamie édentée, le salut est proche. Rutabaga pose un oeil assuré sur les deux gardiens de la paix en service ce matin là au poste. Petit sourire avenant pour amadouer les bêtes, explications
détaillées sur les circonstances du drame, regard interrogateur pour obtenir un semblant de bonne volonté compatissante.... Alleluia, en deux minutes chrono, Rutabaga obtient le précieux sésame : la copie du PV de police. Y'a plus qu'à se carapater au bureau avant que Cruella ne pointe son nez et constate le crime de lèse-majesté : douze minutes de retard. Les GO en uniforme se font aimables : "Pour repartir, prenez la rue Victor Hugo puis le boulevard De Gaulle et ..." Rutabaga traverse tout à coup un grand moment de solitude intellectuelle, qui vire illico en folie paranoïaque. "Ben, j'ai plus de voiture, vous savez, je dois prendre le métro et le bus." "Ah bon, vous n'avez pas le permis ?" Les yeux comme des soucoupe, Rutabaga tourne les talons, une larme de désespoir noir au coin de l'oeil. La condition humaine est vraiment trop cruelle !










