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Publié le 19/10/2009 à 05:14
Par savaneafric
 Affiche biennale de Lyon 2009 Créée en 1991 par le Ministère de la Culture et la ville de Lyon (2,5 millions d’habitants) et gérée par l'association des biennales, qui la réalise en alternance avec la Biennale de la danse, la Biennale de Lyon est devenue au fil du temps l'un des plus grands rendez-vous européens (et peut être internationaux) de l'art contemporain. Elle attire de plus en plus de public, accueillant jusqu’à 140 000 visiteurs en 2007.
Parmi les 150 Biennales existantes dans le monde, celle de Lyon est la seule qui existe en France.
A l’instar des  structures fortement historiques et charpentées tel que La Documenta, la Biennale de Venise, ou Münster, la Biennale de Lyon peut conforter largement sa présence internationale en affirmant sa volonté de penser en terme global et de pluriculturalisme, tout en accroissant encore la qualité des liens tissés avec son public et avec sa proche géographie.
L'art contemporain attire aujourd'hui de grosses fortunes, des collectionneurs, des entreprises. Il attire également énormément de jeunes avec l'arrivée de la vidéo, de l'interactivité et d'Internet.
"La Biennale de Lyon tourne à un peu plus de 4,5 millions d'euros de budget. Cet investissement dans la culture permet un retour économique correspondant à 2,5 fois la mise de départ. Ca se concrétise dans l'hôtellerie, en image de marque, en échanges marchands, en entreprises du tertiaire" (Thierry Raspail directeur de la Biennale et du Musée d’Art Contemporain de Lyon).
La concentration d'œuvres d'art sur un espace de réflexion et de proposition en fait de la Biennale de Lyon l'une des fêtes les plus populaires et les plus représentatives de la création contemporaine.
La dixième édition de la Biennale d'art contemporain de Lyon (du 16 septembre au 3 janvier 2010)  préparée dans l'urgence suite à la défection de la première commissaire Catherine David présente un programme qui se veut être engagé, avec une ouverture à des formes d'art plurielles qui dépassent le simple rapport à l'œuvre.
Ce parti pris reflète l'intérêt que porte depuis longtemps le commissaire concepteur de la Biennale de Lyon 2009 Hou Hanru aux effets politiques de l'art. "Pourquoi l'art ?" A quoi peut-il servir, se demande-t-il, quand "tout est spectaculaire, tout est encadré par un carcan de consommation, de superficialité, de marché ou d'institution". "Les sujets comme le rôle de l'art contemporain dans l'espace urbain, celui de la politique culturelle et l'éducation, de la limite entre l'espace public et l'espace individuel m'intéressent depuis très longtemps".
Le chinois Hou Hanru, critique d'art et commissaire de nombreuses manifestations d'art, est Directeur des Expositions au San Francisco Art Institute. Il a assuré le commissariat de nombreuses expositions et biennales dans le monde: à San Francisco, au Luxembourg, à Istanbul; à Venise, à Paris, à Shanghai...
En choisissant, pour cette 10ème édition, le thème "Le Spectacle du quotidien", le commissaire Hou Hanru explique avoir voulu "réinventer l’ordinaire pour en faire quelque chose de spectaculaire et d’unique" et ajoute: "Nous vivons dans la société du spectacle. Malgré ses effets aliénants  sur notre vie et sur nos liens sociaux, elle est l’une des conditions fondamentales de notre existence. Nous percevons le monde et communiquons entre nous par le spectacle".

La Biennale de Lyon est placée cette année sous le signe du X aux multiples facettes typographiques. Un X symbole non seulement de rencontre, mais aussi porteur d'utopies et de convergences. Un X qui marque bien sûr le chiffre de la dixième édition et qui est décliné dans toute la communication de la Biennale.

La Xe Biennale d'art contemporain de Lyon se déploie dans plusieurs lieux de la ville et de sa banlieue: la Sucrière, le Musée d'Art Contemporain(MACLyon), la Fondation Bullukian, l'entrepôt Bichat et tous les lieux Veduta. En dehors de ces lieux, plus de 125 expositions, concerts, spectacles, chorégraphies ou performances sont présentés à Lyon et dans la région Rhône-Alpes pendant la durée de la Biennale. Ces expositions et manifestations sont recensées sous le terme de « Résonance ».
La Biennale lyonnaise a comme particularité de vouloir tisser des liens intenses entre la Biennale, les musées, les artistes et les différentes communautés d'habitants.

C'est dans le cadre du programme inédit de création/sensibilisation/dialogue conçu par « Veduta », et à la manière d’un forum permanent que des banlieues de Lyon dits « sensibles » comme le Grand Parc Miribel Jonage, Vaulx-en-Velin, Décines, Vénissieux, et Villeurbanne,..accueillent des « résidences » d’artistes, des expositions, colloques, conférences, spectacles, et mobilisent les collaborations les plus diverses sur les lieux « de tous les jours »: marchés, quartiers, centre d’art, théâtres, stade nautique, artothèques, offrant la possibilité de rencontrer l’art sous ses formes les plus diverses.

Les artistes s’installent alors dans ces quartiers et partagent le quotidien des habitants. C’est avec eux qu'ils produiront des œuvres hybrides (qui durent dans le temps) qui seront ensuite exposées dans les différents lieux de la Biennale.

Les œuvres de prés de 70 plasticiens venus du monde entier (huit de Chine) sont exposées. Trente-cinq productions/créations inédites ont été spécialement réalisées par les artistes pour cette Biennale. Parmi les invités, Il y a des artistes conceptuels, mais aussi des artistes qui travaillent dans la rue.
Les œuvres sont réparties autour des 4 piliers de la Biennale :
« La magie des choses ou la réinvention du quotidien » s’intéresse plus particulièrement aux artistes qui transmuent « magiquement » les objets, situations et environnements du quotidien en nouvelles visions esthétiques ou en formes inédites chargées de sens novateur.
« Eloge de la dérive » est inspiré par la pratique situationniste de la dérive. Les artistes des différentes régions du monde investissent, interrogent et interviennent, selon diverses modalités et stratégies, sur les espaces urbains, en particulier les rues, afin de résister à l’ordre et aux contraintes habituelles.
Avec « Un autre monde est possible », il s’agit de rendre compte d’initiatives d’artistes et d’activistes sociaux du monde entier qui expriment de façon aussi énergique que critique leur engagement à relever le grand défi qui consisterait à militer pour une vie et un monde meilleurs.
La section « Vivons ensemble », installée principalement au MACLyon, veut transformer le Musée en un forum ouvert de dialogue et d’échange avec la ville et les communautés qui l’habitent. Simultanément un certain nombre de pièces provenant de la collection du musée sont présentées afin de mettre en avant la mémoire du site en tant qu’expérience vivante.
 
La Biennale de Lyon 2009 essaye de définir le rôle de l’art, interroge la relation entre l’art et notre réalité, notre société de consommation, nos rapports humains dans la société, la mondialisation : comment les artistes peuvent-ils développer à nouveau des idées critiques, créatives, nouvelles, subversives au sein même de la société du spectacle dans laquelle nous vivons ?
"C’est en s’engageant sur la question du quotidien que l’art contemporain peut retrouver son rôle social de force critique  et permettre à l’imagination de faire des propositions pour un monde meilleur".
Cette Biennale se veut être un antidote aux réflexes soporifiques qui voudraient qu’en période de « crise » on s’enferme dans l’oubli du monde. Elle essaye de montrer qu’il est possible de créer de nouveaux rapports au monde.  En effet, l’art doit, pour continuer de vivre, créer des réseaux de sens. C'est en cela que la notion de "multitude" est importante.
Pour en savoir plus: www.biennaledelyon.com
Publié le 18/10/2009 à 07:17
Par savaneafric
Avec un ensemble d’œuvres sur le thème du "spectacle du quotidien", la dixième Biennale de Lyon offre un parcours critique et pertinent du monde d’aujourd’hui. Elle alterne vedettes et noms nouveaux, œuvres vues ailleurs et productions spécifiques, depuis les stars du marché jusqu'à de nombreux collectifs d'artistes dont les oeuvres paraissent peu susceptibles d'être vendues. Parmi les artistes invités (solitaires, duos, collectif), qui mériteraient tous un focus sur leurs œuvres exposées, on peut sélectionner les oeucres suivantes:

       Adel ABDESSEMED, Vue d'ensemble, 2009    -     Photo : Blaise Adilon     -    Adel ABDESSEMED, Head on, 2007-2009 (Néon blanc).

Pourquoi la vidéo d’un pied chaussé écrasant brutalement une canette de Coca-Cola, se répétant en boucle de quelques secondes sur un petit écran, laisse-t-elle une telle trace dans la mémoire ? Singulièrement en effet, c’est cette œuvre d’Adel Abdessemed, l’un des jeunes artistes phares de la scène contemporaine, qui s’impose dans cette Biennale de Lyon. Les œuvres de cet artiste ont un fort impact émotionnel et visuel, provoqué par une violence sourde et une puissance d’expression, de transgression et de dérision salutaires.

Avec la série de photographies exposée et accompagnée de deux vidéos, Abdessemed réinvente le monde et sa violence animale. L’artiste brouille les frontières entre art et vie privée, entre représentation de soi et animalité. "Foot On" et "Talk is Cheap" ont un impact démesuré dans nos consciences.

C. MOTTA, Grapffiti Cuts (Papier découpé, lumière, structure en bois) - O. RESSLER, What Is Democracy?Installation vidéo(image extraite)

Des graffitis découpés dans le noir, des lettres qui surgissent de la lumière : l’œuvre de Carlos Motta (colombien vivant à N Y), "Untitled (Graffiti Cuts)" présente des slogans politiques écrits à même les murs en lettres de feu. Graffitis, auxquels on ne jette d’habitude qu’un regard distrait, ou désabusé, prennent une force nouvelle lorsqu’ils sont placés sur les murs d’un musée.
Son œuvre documentaire "The Good Life" Interroge le concept même de démocratie, un des concepts les plus piégés et les plus ambigus (« Et la démocratie, d’une certaine manière dans l’usage qui en fait par les pouvoirs est bien, aussi, un spectacle »). Une bonne vingtaine d’écrans diffusent les entretiens réalisés avec des passants dans les rues de douze villes d’Amérique latine. De l’art ou du documentaire ?
De même, il y a plus de prétention que de profondeur chez l'Autrichien Oliver Ressler, qui demande : "Qu'est-ce que la démocratie ?" à des citoyens d'Etats démocratiques. Son œuvre tente de "brouiller les frontières entre l’art et l’activisme avec des projets portant autant sur le capitalisme mondial que sur la haine raciale ou les modes de vie alternatifs".
     
      Jompet KUSWIDANANTO, Java's Machine   -Photo : Blaise Adilon                        
Shilpa GUPTA, Untitled (Portail mobile en métal) 

Spectacle encore que ce régiment d’une armée morte de l’artiste indonésien Jompet Kuswidananto. Ses soldats fantômes portent des uniformes de la garde royale indonésienne. Ils n’ont pas de corps, leurs uniformes habillent du vide. Ils battent régulièrement du tambour, animés par un dispositif électronique. Ils sont dérisoires. «La vie, elle ressemble à ces soldats sans armes, qu’on avait habillés pour un autre destin», écrivait Aragon. "Combien d’armées fantômes hantent encore les consciences des peuples comme autant de complots contre la paix ? L’installation de Jompet Kuswidananto est-elle une soldatesque mascarade, humoristique ou tragique" ?
L’indienne Shilpa Gupta pose un regard troublant sur la globalisation et ses avancées technologiques dans des installations interactives tel que ce portail dont les mouvements progressifs finissent par détruire un mur. Son œuvre cherche par tous les moyens à briser ses liens pour se frayer coûte que coûte un passage à travers les murs à 360 degrés, soit deux fois sa capacité de mouvement normal. Un portail dont le mouvement incessant contraint le spectateur à se déplacer lui aussi s’il veut échapper à ses coups de boutoir.

  F. ATAY, Theorists, Vidéo couleur, son, 3' 34"  - Photo : Blaise Adilon       J. DURHAM, Regarde, Cameras vidéo et échafaudage en acier.

Fikret Atay réalise des vidéos qui sont autant de petites vignettes de la vie quotidienne de Batman, cité kurde localisée à proximité de la frontière turco-iraquienne. Caméra au poing, l’artiste filme les habitants alors qu’ils exécutent des danses traditionnelles, jouent à la guerre, apprennent des leçons à l’école…Son style direct donne à ses ouvres une spontanéité sensible et un aspect à la fois réaliste et mystérieux.
Le sculpteur américain Jimmie Durham a exposé dans le monde entier : entre autres Biennale du Whitney, Documenta IX, ICA London, Exit Art, Musée d’art contemporain d’Anvers, Biennale de Venise. Depuis son retour en Europe en 1994, son œuvre s’est concentrée sur la relation à l’architecture, la monumentalité et les fictions nationalistes.Sa première œuvre, créée pour la Biennale, est composée d’un échafaudage et de caméras de surveillance, un étrange dispositif : qui construit quoi, qui surveille qui ? Plus loin dans l’exposition, Durham expose Thinking of You ("en pensant à toi"): un perchoir surmonté d’un vautour d’aluminium. Altière, la silhouette de l’oiseau de proie se découpe dans la lumière et joue plus sûrement que toutes les caméras du monde le rôle de gardien d’un ordre établi.

     Jie Chang YANG, Underground flowers  - Photo : Zacharie Roy                     Barry McGEE, Vue d'ensemble      Photo : Blaise Adilon
L’œuvre "Underground Flowers" de Yang Jiechang est composée de 3 000 reproductions de têtes de mort et d’os humains en porcelaine peinte en bleu et blanc. Cette oeuvre est une réflexion sur le temps qui passe et sur la cruauté des régimes politiques. Tout au long de la Biennale, des centaines d’ossements sont vendus au public, en contrepartie d’un don minimum de 15 euros à l’association Entretemps, qui s’occupe d’hébergement d’urgence à Lyon et dans sa périphérie.
L'ironie et le rire ont ainsi leur place: l’américain Barry McGee met en scène une superposition de tagueurs, une juxtaposition de camionnettes défoncées et un mannequin qui se tape la tête contre le mur, un bric-à-brac et un foutoir de la réalité et de notre environnement. Son œuvre, délibérément ouverte à la culture de la rue, explose naturellement au visage du spectateur.

    HeHe, My Friends all drive Porsches Vidéo - Photo: Blaise Adilon.    D. PERJOVSCHI, The Everyday Drawing 1, Dessins. Photo: Blaise Adilo
Le rire de la farce avec la vidéo "Mes amis conduisent tous des Porsche", du collectif HeHe, où une petite voiture télécommandée dégageant une épaisse fumée colorée se faufile parmi ses grandes sœurs et perturbe le trafic routier d’une ville. Avec un minimum de moyens, cette œuvre permet de visualiser certaines de nos préoccupations quotidiennes (pollution, consommation…) dans lesquels nous sommes tous impliqués.
Des œuvres a priori dérangeantes, comme celle du Roumain Dan Perjovschi, qui écrit à la craie blanche sur un mur noir des petits slogans insurgés ou dénonciateurs et y dessine des images mordantes (à la fois caricature, provocation et détournement) inspirés par l'actualité tant artistique que politique: en quelques lignes et une poignée de mots, l’artiste pointe les grandes questions du monde: partage des richesses, mondialisation, marché de l’art ou réchauffement climatique. La fragilité des dessins de l’artiste ajoute à la volatilité naturelle du regard qu’il pose sur la société contemporaine.

                        LIN Yilin, One Day, Vidéo, son, 5’ 24’’                                Agnès VARDA, La Cabane de Cinéma.   Photo: Blaise Adilon
Le chinois Lin Yilin, présente "One Day", une nouvelle action dans la rue qui dénonce l’absurdité des relations humaines dans la société urbaine. Pour lui, "ces absurdités se déroulent chaque jour sous nos yeux".
La Belge
Agnès Varda, qui se dit elle-même «vieille cinéaste et jeune plasticienne», construit maintenant des "cabanes" gigantesques :"La Cabane de plage" est pensée comme une cabine de pêcheurs, et comme une cabine de projection pour son film un peu idyllique : "La Mer Méditerranée, avec deux r et un n, entre Sète et Adge". "La Cabane aux portraits" abrite des portraits d’hommes et de femmes sur leurs lieux de travail et de vie. "La Cabane de cinéma", enfin, est entièrement construite avec des pellicules de film avec Deneuve et Picccoli en tout petit visages gros plans.

          XIJING MEN, I love Xijing-the Daily Life of Xijing President                              SARKIS, L'ouverture, 2002       - Photo: Blaise Adilon
Le collectif Xijing men, composés de trois artistes issus de trois nations (Chine, Corée, Japon) qui ont longtemps entretenu des rapports radicaux d’hostilité, a inventé une mini-nation potentielle Xijing ("Capitale de l’Ouest") qui se déplace au gré des expositions avec les appartements de son président…
Au musée d’art contemporain, la grande installation intitulée "L’Ouverture" du Turque Sarkis, grande figure internationale, qui occupe tout un étage où des journaux du monde entier sont effeuillés au sol par le vent d’une énorme tuyauterie au milieu des néons… Des milliers d’informations renouvelées chaque semaine…L’œuvre de Sarkis est tout entière consacrée à l’ouverture au Monde et à l’Autre.
A suivre..
Publié le 17/10/2009 à 07:45
Par savaneafric

       SOCIETE REALISTE, EU Green card lottery : the lagos file, détail                 Espace UN NOUS, 2009, Installation     - Photo: Blaise Adilon
Un autre collectif, plus grave, qui a pour nom Société Réaliste, a pastiché la loterie organisée annuellement par le gouvernement américain pour obtenir une green card, un permis de travail permettant l'émigration aux Etats-Unis.
Ce collectif, qui développe des projets liés au design politique, à l’économie expérimentale, à l’ergonomie territoriale et au conseil en ingénierie sociale, interroge cet état de fait en suggérant d’inverser le flux de l’immigration en réclamant une carte verte permettant de fuir vers l’Europe. Le projet a rapidement été débordé par un afflux de demandes en provenance des pays du Tiers-Monde, des candidats qui croyaient l'offre réelle!
Collectif toujours, plus informel, Un Nous qui interroge régulièrement les notions de rencontre et d’échange. Un Nous renoue avec l'architecture utopique, sous forme de maquettes d’étudiants et projets abandonnés qui auraient dû disparaître à l’issue des études aux écoles supérieures d’architecture. Une œuvre composée d’un volume rectangulaire percé de fenêtres en plexi coloré qui permettent de voir une ville utopique constituée de différents fragments. Des affiches et travaux graphiques ajoutent aux murs des avertissements et des interrogations: "Le peuple manque", "Artistes, encore un effort". ("Des efforts, on en réclamerait à certains artistes qui tombent dans le danger inhérent à la thématique politique !").

Ceren OYKUT, Tsunami, Peinture murale - Photo: Blaise Adilon.         Latifa ECHAKHCH, Linoleum gravé, installation au sol, 100m2

Le tsunami de dessins muraux de la Turque Ceren Oykut, "Please, Help Yourself" est un enchevêtrement de plusieurs dessins racontant une histoire qui s’achève en apocalypse. À mi-chemin entre la BD, la fresque et la décoration murale, le soin apporté à chaque personnage manifeste une grande maîtrise où se mêlent culture populaire et culture savante. Ceren Oykut puise ses images dans le chaos subtil de la vie quotidienne d’ d’Istanbul aux flux continus et aux contrastes exacerbés. L’artiste s’intéresse avant tout aux "petits", à ceux qui frôlent l’exclusion: vendeurs de journaux, sniffeurs de colle, chômeurs ou animaux errants.
Les linoléums posés au sol et gravés de la Marocaine Latifa Echakhch, interrogent les zones de contacts induits par la coexistence de différentes cultures au sein d’un même territoire. Utilisant des matériaux délibérément modestes mais toujours chargés d’affect, l’artiste joue avec certains symboles et traditions du Maroc et de la France où elle vit. Les dessins de l’artiste au sol incluent aussi les logos de différents bailleurs sociaux et autres images associées à l’habitat modéré. 

    B. ABIDI, Karachi, 6 photographies duratrans -Photo: Blaise Adilon      Hoy Cheong WONG, Days of Our Lives, Photographie numérique
Les photos prises à la tombée du jour à Karachi par la Pakistanaise Bani Abidi
illustrent la façon dont des citoyens ordinaires parviennent à détourner la rue pour en faire un espace domestique. Une réappropriation fragile mais flagrante de l’espace public. Les autres photos, dessins et film racontent  avec humour les injonctions et l’irruption, sous ses formes les plus évidentes ou les plus discrètes, du pouvoir gentiment ridiculisé.
L’œuvre "Days of your lives" (jours de nos vies) du Malaisien Hoy Cheong WONG reprend des activités domestiques quotidiennes (lecture, détente, la pauvreté ou la guerre..) avec des modèles issus d’origines diverses (Nigérians, Iraniens, Turcs, Birmans...). Son œuvre sonde la complexité des appartenances culturelles. "En racontant sa propre histoire ou en s’appropriant des personnages célèbres de l’imaginaire fantasmatique de la vie ordinaire, ou bien les récits fictifs, l’artiste met en scène les tensions culturelles et les préjugés qui sont à l’oeuvre dans nos mondes post-coloniaux".
L’irlandais Alan Bulfin propose une vidéo à la limite du supportable, mais d'autant plus efficace qu'elle met en scène l’agression physique d’une personne filmée à l’aide d’un téléphone portable, et où toutes les ficelles du cinéma amateur sont utilisées et démontées.

P. REYES, Palas Por Pistolas, Installation vidéo.  - Photo: Balise Adilon         M. FATMI, Ghosting, bandes magnétiques, 5 photocopieurs

L’oeuvre Palas Por Pistolas de Pedro Reyes provient des suites d’un programme lancé à l’initiative de l’artiste par le gouvernement mexicain, consistant à "déposer" les armes en circulation illégale pour éradiquer, ou tout au moins limiter leur usage. L’artiste a ainsi fondu le métal provenant de 1527 armes pour réaliser autant de pelles qui servent ensuite à planter des arbres partout où l’œuvre est exposée, grâce au concours de différentes associations.
L’œuvre "Ghosting" de de mounir fatmi confrontent des mondes culturels qui se superposent plus qu’ils ne s’affrontent sans jamais vraiment se rencontrer. La question de la duplication des mémoires, de leur usure, et par conséquent du bégaiement des transmissions culturelles et mentales est au cœur de cette œuvre. Le visiteur est invité à utiliser les photocopieurs, mais que conservent-ils de ce jeu ? Une image vide ? La trace vaine d’un rectangle de papier ? Comment aujourd’hui construit-on une mémoire, comment s’écrit l’histoire ?

       Eko NUGROHO, L'arc en ciel sous la pierre.                      Eulàlia VALLDOSERA, La cocina (the kitchen).        - Photo: Blaise Adilon

L’indonésien Eko Nugroho accueilli en résidence à Vaulx-en-Velin, réalise une pièce intitulée "L’Arc-en-ciel sous la pierre". À partir des questions posées par les jeunes (portant sur l’identité, la marginalité, la précarité, l’amour, l’espoir) il écrit des dialogues, réalise des marionnettes collectives, convoque DJs, rappeurs et danseuses hip hop. Le théâtre d’ombre d’Eko Nugroho combine les contes d’Orient et la réalité sociale de l’Occident avec le folklore de Guignol et le "Wayang Kulit". "En Indonésie, dit l’artiste, les personnages du "Wayang Kulit" sont destinés à vivre chacun un rôle spécifique. Les personnages que j’ai conçus avec la communauté de Vaulx-en-Velin sont libres d’assumer des rôles multiples, bons ou mauvais, d’humeur légère ou sévère."
Dans ses installations, l’Espagnole Eulàlia Valldosera crée une constellation de moments centrés sur le corps, l’intimité domestique et les objets du quotidien. Les archétypes féminins ont une place centrale dans son œuvre, qui dissèque et interroge l’environnement familial, la maternité, les fluides corporels ou le regard masculin.

   Mingwei LEE, The Moving Garden.  - Photo: Blaise Adilon.              Qingyuan LIU, Only city, Gravure sur bois, poster et boîtes lumineuses

The Moving Garden ("Le jardin en mouvement") du Taïwanais Mingwei LEE crée une situation qui modifie les relations de l’échange (le plus souvent) marchand en nous demandant d’offrir des fleurs, un simple geste pour démontrer le vrai sens de la création.
L’œuvre "The Only City" du Chinois LIU Qingyuan associé avec le collectif YAH Lab est une véritable métaphore de la ville contemporaine. Elle présente d’un côté 60 enseignes lumineuses réalisées à partir de gravures sur bois. Une diversion ironique des modes de consommation du paysage  urbain et se présente sous la forme d’une rue commerçante chinoise.
 
                      TAMA ~ project "side effects", Side Specific.                                                       RIGO 23, Gauche Droite.   - Photo: Blaise Adilon
Le collectif T.A.M.A. - Project "Side Effect" étudie depuis des années la situation des Roms en Europe. Cette oeuvre collective est menée parallèlement à un projet interdisciplinaire financé par l’UE impliquant l’Italie, le Royaume-Uni, la Grèce et la Roumanie. Si les Roms (gitans, tziganes…) sont reconnus comme ethnie à part entière par l’UE, ils n’en demeurent pas moins le peuple face auquel les préjugés et les stéréotypes demeurent les plus vivaces.
En résidence au Grand Parc Miribel Jonage (Lyon, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Décines, Meyzieu, Jonage, Jons), le collectif néerlandais Bik Van der Pol décide de concevoir une plateforme/plongeoir qui accueillera les baigneurs. La scène est filmée depuis la plage. Très vite, le ponton est pris d’assaut (il n’y a pas de plongeoir sur cette plage) et la caméra est oubliée. Mais suffit-il d'installer un ponton-plongeoir sur un plan d'eau, à la plus grande joie des enfants, pour faire œuvre, comme semble le croire ce collectif néerlandais?
"Gauche, droite". Les peintures murales  réalisées par le Portugais Rigo 23 sur les silos extérieurs de la Sucrière sont des affirmations anodines que chacun appréhendera à l’aune de sa propre expérience. Elles ne nous imposent aucune décision.

              Pedro CABRITA REIS, Les dormeurs. Photo: Blaise Adilon                               S. DEJODE et B. LACOMBE, Off the wall -Ph: Zacharie Roy

Impossible de ne pas citer également l’œuvre au néon en 3 dimensions du Portugais Pedro Cabrita Reis. Cet artiste explore les relations entre l’art, l’espace et l’architecture. Ses sculptures et installations subliment des matériaux industriels et autres éléments de construction standardisés qui sont à la fois familiers et triviaux. Les réminiscences que suscitent ces matériaux rendent le réel infiniment fragile et génèrent ainsi une véritable alchimie du quotidien.
Entre réalisme et utopie, l’œuvre«in situ» intitulée "Floating Land" de Sophie Dejode et Bertrand Lacombe déréalise son environnement. Il s’agit d’une façade en bois, à la fois féerique et guerrière  qui renferme un espace labyrinthique modulable. Conçue comme une sorte de micro-nation errante, "Floating Land" fabrique des espaces de vie et de création qui se modifient au fil de ses déplacements et selon les désirs et projets de ses résidents… Ces derniers sont choisis par Dejode et Lacombe, qui court-circuitent par là même le rôle de l’institution en tant qu’autorité artistique !
Pour la Biennale 2009, Huang Yong Ping réinstalle «Tête d’Or», œuvre conçue lors de l’exposition "Le Moine et le Démon" au MACLyon en 2004. Construite sur le toit du Musée et surplombant ainsi le Parc de la Tête d’Or de Lyon qui lui fait face, l’œuvre est la reproduction à l’or fin d’un pavillon de la dynastie Song. Les feuilles d’or du pavillon font le lien avec une légende urbaine qui veut qu’en 1853, un colon Juif ait enterré dans le Parc de la Tête d’Or le moulage en or de la tête du Christ."
Les événements les plus importants sont ces petites choses qui arrivent dans la rue"
, disait l'artiste Fluxus George Brecht, mort en 2008 et dont les œuvres dispersées dans les salles font office de fil rouge pour la visite. Son aphorisme pourrait résumer la meilleure part de cette Biennale.
Source: www.biennaledelyon.com
A suivre...
Publié le 04/10/2009 à 07:50
Par savaneafric
Virtual Media Area: Along the River During the Ching-ming Festival
Promenade le long du fleuve le jour de la Fête Qingming (Qingming shang he tu)

"Along the River During the Ching-ming Festival" is one of most famous paintings in the National Palace Museum's collection. 
© National Palace Museum
" Promenade le long du fleuve le jour de la Fête
Ching-ming " est un des plus célèbres tableaux dans la collection peinture du Musée National du Palais à Taipei. Il a été exposé au musée de Shanghai et au musée d’art de Hong Kong l’année dernière.
Cette œuvre est basée sur un rouleau horizontal, encre et couleurs sur soie, 35,6 x 1152,8 cm.
C’est une fresque méticuleuse qui représente des centaines de personnages, des maisons et des scènes de vie quotidiennes en fournissant une magnifique "représentation portrait" des époques de prospérité et d'abondance des sociétés chinoises le long du Fleuve Bian dans la ville de Kaifeng pendant les dynasties des Ming et des Qing (Ch’ing).
Ce tableau chef-d'œuvre a été peint (première version) au début du 12ème siècle par l’artiste Chang Sung Tse-Duan. Il représente la vie quotidienne à Kaifeng, capitale de la dynastie des Song du Nord (960-1126).
Ce thème est devenu populaire à travers les générations et le tableau a été maintes fois repris (repeint). Les collections du Musée National du Palais comprennent sept versions différentes. Dans chaque version, le style pictural et la représentation de la vie quotidienne sont bien caractéristiques de l'époque du rouleau.

Promenade le long du fleuve le jour de la Fête Qingming (Qingming shang he tu)        © National Palace Museum
L’œuvre la plus célèbre et la plus fascinante est celle réalisée en 1736 grâce à la collaboration de cinq peintres de la cour impériale de la dynastie Qing (Ch'ing Dynasty: 1644-1911): Chen Mei, Sun Hu, Jin Kun, Dai Hong et Cheng Zhidao.
"Ce rouleau mêle le style des versions plus anciennes aux illustrations de la vie quotidienne sous les Ming et les Qing. L'atmosphère de fête est rendue par la représentation d'un spectacle théâtral, de tours montrant des singes, d'acrobates et de performances d'arts martiaux.
La perfection du trait et la beauté des couleurs font de ce rouleau un remarquable exemple de la peinture de cour sous la dynastie Qing. Cette version ne rappelle en rien l'ancienne dynastie Song, mais elle offre beaucoup de détails pittoresques sur la fin des Ming et le début des Qing. Le style reflète également l'influence des techniques picturales occidentales qui étaient à l'époque en vogue à la cour. Les architectures et les rues, par exemple, sont rendues en perspective occidentale. On remarque même quelques édifices de style occidental. Les ponts et les architectures ont été tracés à la règle. Les personnages sont délicatement représentés, avec de nombreux détails" (source : Site du Musée National du Palais) 
Pour visualiser Virtual Media Area - Along the River During the Ching-ming Festival :
Prenez votre temps et promenez vous dans ce long tableau. Contrôlez la vitesse de déplacement avec votre souris et n'oubliez pas d'augmenter légèrement le son.
Vous verrez le fleuve, le pont d’arc en ciel, des scènes de jeux traditionnels, des spectacles, des cérémonies, des défilés, des bâtiments, des peintres, etc.
Vous verrez surtout apparaitre 3 cadres blancs: un véritable enchantement !
Tapez à la porte et voire quel amusement il y a dans le palais !
Tapez sur la croupe du cheval pour se diriger vers la ville !
Tapez sur le bout du bateau pour naviguer !
Bonne visite !
 
Publié le 09/08/2009 à 02:57
Par savaneafric

A l’instar de la 53è Biennale d’art contemporain de Venise qui a accueillie pour la première fois un pavillon palestinien (en 2009); L’Institut du Monde Arabe à Paris met l’art contemporain palestinien à l’honneur, jusqu’au 22 novembre, dans le cadre de son exposition « Palestine : la création dans tous ses états ».

IMA

Cette exposition, inscrite dans le prolongement de l’exposition « Artistes palestiniens contemporains » de 1997, rassemble les ouvres de la plupart des créateurs– artistes locaux, de Palestine, ou issus de la diaspora – et qui consiste à "tenter d’identifier, à travers le prisme d’une situation historique complexe et à l’aune d’un terrible destin, les éléments épars d’une esthétique palestinienne".
"L’exposition d’aujourd’hui diffère de celle d’hier en cela surtout qu’elle met en scène la différence des sexes, des générations, des techniques qui sont ceux des créateurs contemporains palestiniens".
Cette exposition est caractérisée par l’importante présence des femmes-artistes, les œuvres des "grands anciens" (tel que le peintre Kamal Boullata), et des artistes-vidéastes "travaillant sur la notion de la trace (Emily Jacir), du déplacement (Taysir Batniji, Larissa Sansour, Sherif Waked) ou de la mémoire (Khalil Rabah), comme autant de marques indélébiles infligées par l’usurpation suprême". 

La commissaire de l’exposition Mona Khadinzar, explique la démarche de l’exposition à travers un Porte folio paru dans lemonde.fr


Pour plus d’informations visiter le site de l’exposition

Lire aussi l’article de  Cristianne Rodrigues (et Voir le zoomorama) sur le site:

http://www.rue89.com/zoomorama/2009/06/25/a-lima-les-poignantes-creations-de-lart-contemporain-palestinien

Avant de vous plonger dans chacune des œuvres, suivez les conseils de Cristianne Rodrigues, à gauche de la page du site.

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