Publié le 18/10/2009
Par savaneafric
Avec un ensemble d’œuvres sur le thème du "spectacle du quotidien", la dixième Biennale de Lyon offre un parcours critique et pertinent du monde d’aujourd’hui. Elle alterne vedettes et noms nouveaux, œuvres vues ailleurs et productions spécifiques, depuis les stars du marché jusqu'à de nombreux collectifs d'artistes dont les oeuvres paraissent peu susceptibles d'être vendues. Parmi les artistes invités (solitaires, duos, collectif), qui mériteraient tous un focus sur leurs œuvres exposées, on peut sélectionner les oeucres suivantes:
 Adel ABDESSEMED, Vue d'ensemble, 2009 - Photo : Blaise Adilon - Adel ABDESSEMED, Head on, 2007-2009 (Néon blanc).
Pourquoi la vidéo d’un pied chaussé écrasant brutalement une canette de Coca-Cola, se répétant en boucle de quelques secondes sur un petit écran, laisse-t-elle une telle trace dans la mémoire ? Singulièrement en effet, c’est cette œuvre d’Adel Abdessemed, l’un des jeunes artistes phares de la scène contemporaine, qui s’impose dans cette Biennale de Lyon. Les œuvres de cet artiste ont un fort impact émotionnel et visuel, provoqué par une violence sourde et une puissance d’expression, de transgression et de dérision salutaires. Avec la série de photographies exposée et accompagnée de deux vidéos, Abdessemed réinvente le monde et sa violence animale. L’artiste brouille les frontières entre art et vie privée, entre représentation de soi et animalité. "Foot On" et "Talk is Cheap" ont un impact démesuré dans nos consciences.
 C. MOTTA, Grapffiti Cuts (Papier découpé, lumière, structure en bois) - O. RESSLER, What Is Democracy?Installation vidéo(image extraite)
Des graffitis découpés dans le noir, des lettres qui surgissent de la lumière : l’œuvre de Carlos Motta (colombien vivant à N Y), "Untitled (Graffiti Cuts)" présente des slogans politiques écrits à même les murs en lettres de feu. Graffitis, auxquels on ne jette d’habitude qu’un regard distrait, ou désabusé, prennent une force nouvelle lorsqu’ils sont placés sur les murs d’un musée. Son œuvre documentaire "The Good Life" Interroge le concept même de démocratie, un des concepts les plus piégés et les plus ambigus (« Et la démocratie, d’une certaine manière dans l’usage qui en fait par les pouvoirs est bien, aussi, un spectacle »). Une bonne vingtaine d’écrans diffusent les entretiens réalisés avec des passants dans les rues de douze villes d’Amérique latine. De l’art ou du documentaire ? De même, il y a plus de prétention que de profondeur chez l'Autrichien Oliver Ressler, qui demande : "Qu'est-ce que la démocratie ?" à des citoyens d'Etats démocratiques. Son œuvre tente de "brouiller les frontières entre l’art et l’activisme avec des projets portant autant sur le capitalisme mondial que sur la haine raciale ou les modes de vie alternatifs".
Jompet KUSWIDANANTO, Java's Machine -Photo : Blaise Adilon Shilpa GUPTA, Untitled (Portail mobile en métal)
Spectacle encore que ce régiment d’une armée morte de l’artiste indonésien Jompet Kuswidananto. Ses soldats fantômes portent des uniformes de la garde royale indonésienne. Ils n’ont pas de corps, leurs uniformes habillent du vide. Ils battent régulièrement du tambour, animés par un dispositif électronique. Ils sont dérisoires. «La vie, elle ressemble à ces soldats sans armes, qu’on avait habillés pour un autre destin», écrivait Aragon. "Combien d’armées fantômes hantent encore les consciences des peuples comme autant de complots contre la paix ? L’installation de Jompet Kuswidananto est-elle une soldatesque mascarade, humoristique ou tragique" ? L’indienne Shilpa Gupta pose un regard troublant sur la globalisation et ses avancées technologiques dans des installations interactives tel que ce portail dont les mouvements progressifs finissent par détruire un mur. Son œuvre cherche par tous les moyens à briser ses liens pour se frayer coûte que coûte un passage à travers les murs à 360 degrés, soit deux fois sa capacité de mouvement normal. Un portail dont le mouvement incessant contraint le spectateur à se déplacer lui aussi s’il veut échapper à ses coups de boutoir.
 F. ATAY, Theorists, Vidéo couleur, son, 3' 34" - Photo : Blaise Adilon J. DURHAM, Regarde, Cameras vidéo et échafaudage en acier.
Fikret Atay réalise des vidéos qui sont autant de petites vignettes de la vie quotidienne de Batman, cité kurde localisée à proximité de la frontière turco-iraquienne. Caméra au poing, l’artiste filme les habitants alors qu’ils exécutent des danses traditionnelles, jouent à la guerre, apprennent des leçons à l’école…Son style direct donne à ses ouvres une spontanéité sensible et un aspect à la fois réaliste et mystérieux. Le sculpteur américain Jimmie Durham a exposé dans le monde entier : entre autres Biennale du Whitney, Documenta IX, ICA London, Exit Art, Musée d’art contemporain d’Anvers, Biennale de Venise. Depuis son retour en Europe en 1994, son œuvre s’est concentrée sur la relation à l’architecture, la monumentalité et les fictions nationalistes.Sa première œuvre, créée pour la Biennale, est composée d’un échafaudage et de caméras de surveillance, un étrange dispositif : qui construit quoi, qui surveille qui ? Plus loin dans l’exposition, Durham expose Thinking of You ("en pensant à toi"): un perchoir surmonté d’un vautour d’aluminium. Altière, la silhouette de l’oiseau de proie se découpe dans la lumière et joue plus sûrement que toutes les caméras du monde le rôle de gardien d’un ordre établi.
 Jie Chang YANG, Underground flowers - Photo : Zacharie Roy Barry McGEE, Vue d'ensemble - Photo : Blaise Adilon L’œuvre "Underground Flowers" de Yang Jiechang est composée de 3 000 reproductions de têtes de mort et d’os humains en porcelaine peinte en bleu et blanc. Cette oeuvre est une réflexion sur le temps qui passe et sur la cruauté des régimes politiques. Tout au long de la Biennale, des centaines d’ossements sont vendus au public, en contrepartie d’un don minimum de 15 euros à l’association Entretemps, qui s’occupe d’hébergement d’urgence à Lyon et dans sa périphérie. L'ironie et le rire ont ainsi leur place: l’américain Barry McGee met en scène une superposition de tagueurs, une juxtaposition de camionnettes défoncées et un mannequin qui se tape la tête contre le mur, un bric-à-brac et un foutoir de la réalité et de notre environnement. Son œuvre, délibérément ouverte à la culture de la rue, explose naturellement au visage du spectateur.
 HeHe, My Friends all drive Porsches Vidéo - Photo: Blaise Adilon. D. PERJOVSCHI, The Everyday Drawing 1, Dessins. Photo: Blaise Adilo Le rire de la farce avec la vidéo "Mes amis conduisent tous des Porsche", du collectif HeHe, où une petite voiture télécommandée dégageant une épaisse fumée colorée se faufile parmi ses grandes sœurs et perturbe le trafic routier d’une ville. Avec un minimum de moyens, cette œuvre permet de visualiser certaines de nos préoccupations quotidiennes (pollution, consommation…) dans lesquels nous sommes tous impliqués. Des œuvres a priori dérangeantes, comme celle du Roumain Dan Perjovschi, qui écrit à la craie blanche sur un mur noir des petits slogans insurgés ou dénonciateurs et y dessine des images mordantes (à la fois caricature, provocation et détournement) inspirés par l'actualité tant artistique que politique: en quelques lignes et une poignée de mots, l’artiste pointe les grandes questions du monde: partage des richesses, mondialisation, marché de l’art ou réchauffement climatique. La fragilité des dessins de l’artiste ajoute à la volatilité naturelle du regard qu’il pose sur la société contemporaine.
 LIN Yilin, One Day, Vidéo, son, 5’ 24’’ Agnès VARDA, La Cabane de Cinéma. Photo: Blaise Adilon Le chinois Lin Yilin, présente "One Day", une nouvelle action dans la rue qui dénonce l’absurdité des relations humaines dans la société urbaine. Pour lui, "ces absurdités se déroulent chaque jour sous nos yeux". La Belge Agnès Varda, qui se dit elle-même «vieille cinéaste et jeune plasticienne», construit maintenant des "cabanes" gigantesques :"La Cabane de plage" est pensée comme une cabine de pêcheurs, et comme une cabine de projection pour son film un peu idyllique : "La Mer Méditerranée, avec deux r et un n, entre Sète et Adge". "La Cabane aux portraits" abrite des portraits d’hommes et de femmes sur leurs lieux de travail et de vie. "La Cabane de cinéma", enfin, est entièrement construite avec des pellicules de film avec Deneuve et Picccoli en tout petit visages gros plans.
 XIJING MEN, I love Xijing-the Daily Life of Xijing President SARKIS, L'ouverture, 2002 - Photo: Blaise Adilon Le collectif Xijing men, composés de trois artistes issus de trois nations (Chine, Corée, Japon) qui ont longtemps entretenu des rapports radicaux d’hostilité, a inventé une mini-nation potentielle Xijing ("Capitale de l’Ouest") qui se déplace au gré des expositions avec les appartements de son président… Au musée d’art contemporain, la grande installation intitulée "L’Ouverture" du Turque Sarkis, grande figure internationale, qui occupe tout un étage où des journaux du monde entier sont effeuillés au sol par le vent d’une énorme tuyauterie au milieu des néons… Des milliers d’informations renouvelées chaque semaine…L’œuvre de Sarkis est tout entière consacrée à l’ouverture au Monde et à l’Autre. A suivre..
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« Qu'est-ce qu'un arbre sans sa racine ? Qu'est-ce qu'un fleuve sans sa source ? Qu'est-ce qu'un peuple sans son passé ?» s'interrogeait Victor Hugo dans «les Pyrénées ».
Savanafric : Merci beaucoup pour ces petits mots. Mon blog n'est ni personnel, ni professionnel. Il est plutôt informatif, culturel et humanitaire.
rubis : de jour en jour j'appréécie de plus en plus ton blog il est particulier on ne s'en lasse pas merci
BlackSquad : merci pour ce passage tres réaliste de ce qu'il ce passe chez nos freres et soeurs de gaza
Marydousse : bravo pour les merveilleux mômes !!
savaneafrc : en Omicron, tus fotos son muy magníficas, muy bellas...
savaneafri : bienvenue à tous mes nouveaux amis (es)
aimetr : les voyages safari c'est un rêve pour moi, quertion d'argent !!!!
naturecom : merci pour ces"chattes poupées" et ce single bien choisi de ce groupe international de l'année 2008 !
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